"Gamma GTY, un roman à l'eau de vie" de Jérôme Burlandiny

Interview inédite pour expliquer l'anonymat et l'usage du pseudo)

Jérôme Burlandiny, qui êtes-vous ?
Je serais tenté de vous répondre : "Je m'appelle Jérôme, et je suis un alcoolique". En fait , Jérôme Burlandiny est un pseudonyme.

Pourquoi ne pas avoir publié "Gamma-GT" sous votre vrai nom ?
Simplement afin de respecter l'anonymat, tradition essentielle des "Alcooliques Anonymes" dont je fais partie. L'anonymat permet au malade alcoolique abstinent de se protéger des jugements malveillants à l'égard de sa maladie, que d'aucuns jugent, et considèrent toujours comme "honteuse". De plus, il protège aussi le mouvement contre d'éventuels dérapages publics d'un de ses membres.
Bill W., co-fondateur du Mouvement, écrivait : « Le mot “anonyme” est pour nous d’une immense portée spirituelle. Il nous rappelle, subtilement, mais avec force, que nous devons toujours faire passer les principes avant les personnalités, que nous avons renoncé à la glorification personnelle en public, que notre mouvement non seulement prêche, mais pratique réellement l’humilité et la modestie. »

Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?
Un premier janvier, à 7 h 30 du matin, après mon deuxième réveillon de nouvel an "à l'eau", je me sentais tellement bien que j'ai eu envie de partager ce bien-être.
Je me suis mis d'abord à raconter mon parcours dans la boisson. En remontant à mes premières expériences. Dès l'enfance.
J'avais envie de laisser la trace de cette longue pente douce, de cette lente descente vers le point de nonretour.

Mais ce n'était pas de la fiction …
Non, c'était purement autobiographique. Comme un reportage fidèle. Ce n'était pas destiné à une publication. Mais simplement une histoire que je voulais sortir de moi. Une forme d'exorcisme. Et en même temps un témoignage. Pour que mes proches, ma descendance en fait, sache peut-être un jour comment j'en étais arrivé là.
C'était en 2008. Petit à petit, tous les deux ou trois mois je reprenais ce texte en y ajoutant un chapitre. Je n'avais pas d'autre dead line que celle de mon envie. De plus, j'avais dans un coin de la tête la réflexion d'un ami qui avait été témoin de mon "problème". De la souffrance à la renaissance grâce aux AA. Il m'avait dit : "Un jour tu devrais écrire tout ça. Ça pourrait aider des gens…".
Tout doucement je me suis trouvé devant un petit tas de pages. Nous étions en mai 2012 ! Je suis un vrai lent...

Comment ces notes autobiographiques sont-elles devenues un roman ?
J'avais imaginé une nouvelle où deux alcooliques se retrouvaient près des bulles à verres où ils liquidaient leurs "cadavres". Je trouvais que c'était un bon début, mais je n'avais pas creusé le sujet. Foi de glandeur nature...
Un jour ma fille m'a raconté l'histoire d'une vieille célibataire qui, pour accueillir des chatons, avait rénové sa vieille maison bordélique. Ce fut le déclic, je l'ai transformée en alcoolique qui vidait sa cave pour faire de la place à deux chatons. Et en se débarrassant de ses "vidanges", elle rencontre un alcoolique qui fait la même chose. Les autres personnages ont déboulé spontanément dans leur histoire.
La suite fut plus rapide. Chaque matin, de six à neuf, j'écrivais un petit chapitre. Alternant la fiction et la biographie.

Vous sous-titrez Gamma-GT, "un roman à l'eau de vie"…
Parce que, bien que centré sur la maladie mortelle qu'est l'alcoolisme, il déborde sur l'amitié et la renaissance. Des hommes, des femmes, qui sont devenus dépendants de l'alcool, quelle que soit sa forme, et qui décident un jour qu'il est temps d'en sortir.
Certains y parviennent avec l'aide des Alcooliques Anonymes, d'autres n'ont pas la bonne volonté de se laisser aider et sombrent corps et biens.
Le roman, lourdement autobiographique, raconte les souffrances des malades alcooliques, mais aussi l'amitié rencontrée au sein de cette association fraternelle et riche de toute sa diversité humaine. Je ne voulais pas faire un documentaire sur les AA, non plus sur l'alcoolisme. Encore moins un tract propagandiste pour AA. Ce livre n'est pas non plus un plaidoyer anti-alcool. Vivre et laisser vivre. C'est simplement une preuve de plus qu'il y a moyen de stabiliser cette maladie honteuse. Simplement en ne prenant pas le premier verre, un jour à la fois, et en se réunissant avec d'autres alcooliques.

Vos personnages existent-ils ?
Je crois qu'en assistant à des réunions AA, en Belgique, ou ailleurs, on finirait par les rencontrer. En fait, les traits des caractères sont communs à beaucoup de malades alcooliques. Un peu de moi, un peu des autres. Personne ne s'y reconnaîtra. Tout le monde s'y retrouvera.
Les gens du roman sont des puzzles, ils n'existent pas tout en étant potentiellement réels.

Certains vous reprochent le fait qu'il ne se passe rien dans votre livre…
Ce n'est pas un thriller. Quoique… En effet, du début à la fin, tout est question de vie ou de mort. Il est vrai que pour un lecteur qui n'est pas confronté au problème, les alcooliques sont avant tout des gens sans volonté et qui n'ont que ce qu'ils méritent.
Si l'on ne ressent pas cette fragilité de l'équilibre inhérent à l'abstinence et le risque permanent de la rechute potentielle, et souvent mortelle, c'est que j'ai raté ce livre.
De plus, c'est un livre sans fin, comme cette maladie incurable que seule l'abstinence permet de stabiliser.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Résumé du Livre :

Ce roman n'est qu'un roman.

Les personnages qui s'y promènent marchent encore, ou ont longtemps marché, sur le fil tendu de l'alcool. Comme des équilibristes sans filet.
Un fil qui les reliait à leurs rêves d'un monde où ils semblaient pouvoir mieux vivre.
Un fil qui est devenu leur cocon et leur nasse.
Un fil qui les relie entre eux aujourd'hui.
L'auteur, Jérôme Burlandiny, les a composés trait à trait, en y mettant certains des siens.
Jérôme Burlanduny est un pseudonyme choisi par l'auteur pour respecter l'anonymat, ce pilier fondateur des AA.

Si ces séquences de vie ont pour contexte le mouvement des Alcooliques Anonymes, le roman ne se veut pas un documentaire, ni un plaidoyer pro-AA, ni anti-alcool.
Simplement une fiction, avec des histoires de naufrages, de renaissance, d'amitiés, de rechutes, ...
Une histoire sans véritable fin, puisque la maladie alcoolique est incurable.
Rose-Marie : quinquagénaire célibataire et son penchant pour le porto.
Serge : le buveur socialement correct devenu accro à son insu.
Jacques : le narrateur, sage en apparence, qui détaille son parcours depuis l'enfance.
Louise : mère divorcée qui veut récupérer affectivement son ado de fille.

Des fils qui se croisent, se nouent, s'éloignent et brisent. Des espoirs qui naissent, s'enracinent ou s'évaporent.

Extrait du Livre :

" Pour la troisième fois, Louise tente de se noircir les cils avec sa brosse à mascara. Lors des deux autres tentatives, elle s'en est mis un peu partout autour de l'oeil. Sa main tremblait trop fort. Ce n'est pas la première fois que cela se produit. Faut dire qu'hier, elle n'y est pas allée au compte-goutte. La bouteille de vodka vide, couchée au pied du canapé est là pour en témoigner. Il a suffit d'un coup de téléphone de son ex, lui annonçant que sa fille ne viendrait pas dimanche, pour déclencher la cascade. Encore un week-end seule.

« Je suis bonne à quoi... ? »

Presque nue devant sa glace, elle se sourit tristement :
« Cherche pas ton string, ma grosse. Tu l'as sur toi ! ».
C'est vrai que le tableau n'était pas fort alléchant. La solitude et l'anorexie font rarement la fête ensemble. Le slip sexy, elle l'avait acheté la semaine dernière dans le but avoué d'une rencontre improbable.
« En plus, ça m'a coûté la peau des fesses pour peau de balle. »
Elle présenta son verso au miroir. « Et en parlant de peau des fesses, ma grosse… Y a vraiment pas un côté pour rattraper l'autre.» La pesante graisse. Le muscle avachi.
« Qui aurait envie de déshabiller un engin pareil ? Faudrait vraiment avoir 2,5 grammes dans le sang ! »
Elle enleva le triangle de dentelle noire et ses tendeurs dorés. Ramassa la bouteille vide. La laissa tomber dans la poubelle et ouvrit le frigo. "

Auteur : Jérôme BURLANDINY
Titre : Gamma GT
Editeur : Editions Chloé des Lys
ISBN : 978-2-87459-861-6
Prix : 29,90€
Le poids 497 g
Nbre de pages 212