"2401" de Bob Boutique

une lecture d' Alain Magerotte


De prime abord, je n’aime pas ce qu’on appelle communément en littérature, une «brique». Cette mode consistant (c’est le cas de le dire) à sortir des romans de 500 pages et (bien) plus nous vient tout droit des USA.

J’estime (peut-être à tort) que tout peut être raconté en 250 pages… bref, on ne va pas y passer la nuit.

Quand j’ai pris connaissance de la sortie du premier gros roman de Bob, je me suis précipité pour l’acheter et cela, malgré le nombre de pages (448, fallait se les manger en évitant l’indigestion. Heureusement, j’ai toujours une boîte de pastilles Rennie à la maison).

Faut dire que je partais avec un à priori des plus favorables étant donné que je possède l’intégrale de l’œuvre du plus célèbre épicier, heu non, du plus célèbre libraire de Bruxelles et de sa périphérie. Deux tomes de contes bizarres jouissifs et un petit roman, «Les dix petites négresses», très drôle.

Au départ, ce roman devait s’intituler «Comme Jésus sur la croooa», mais sur la couverture, je lis : 2401 policier/thriller. J’aurais ajouté «fantastique» parce qu’il y en a dans cette histoire. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de faire un parallèle avec ce cinéaste canadien, David Cronenberg, dont une partie de l’œuvre (la première) mettait en scène des personnages aux corps martyrisés, mutilés ou dégradés par la naissance ou par quelques diaboliques expériences scientifiques («Frissons», «Rage», «La mouche»…).

Vous l’aurez deviné, je suis un fan de Cronenberg que j’ai eu l’occasion de voir en chair, en os et sans mutilation à l’occasion du Festival du Film Fantastique qui se tient à Bruxelles depuis 1983.

Là, j’arrête… paraît qu’il ne faut pas trop en dire… difficile quand on veut parler d’un bouquin, soit… respectons la demande de l’auteur.

Alors, voilà ce que l’on peut divulguer :
L’histoire commence à Chamy, petite entité d’une centaine d’âmes dont 7 sont persécutées par un Corbeau. Des victimes ciblées au passé «pas très net». Des meurtres, des enquêtes… l’histoire est en marche (bien que les personnages circulent en voiture, c’est plus pratique et plus rapide), elle passe par la Hollande et atterrit en Suisse du côté de Sion que semble bien connaître l’auteur.

Comme le souligne avec justesse Christine Brunet (la reine du polar «sérieux»), nous ne sommes pas en présence des traditionnels flics américains. Ici, les policiers sont belges, hollandais et suisses.

Rien ne manque à la panoplie de ce genre de récit : les fausses pistes, le traître (ou la taupe) qui finit par se racheter, le flic bourru au grand cœur (surnommé le bouledogue), la jeune inspectrice audacieuse, une impossible (?) histoire d’amour, le professeur machiavélique ou naïf, le flic pourri, les… stop ! Je n’en dirai pas davantage.

Tout cela est saupoudré par le style gouailleur de Bob Boutique. Il n’hésite pas à s’adresser au lecteur. Pour éviter une description, il invite celui-ci à consulter telle œuvre. Des remarques personnelles (très drôles) jalonnent le récit. Bref, on sent que l’auteur s’amuse et invite le lecteur à en faire autant. Exercice facile pour ce dernier. Car, oui, je me suis bien amusé à la lecture de ce roman.

A part les détails informatiques, par trop pointus, tout le reste coule de source et nous donne envie de poursuivre la lecture jusqu’au bout.

Une fois le bouquin terminé, il arrive ce qui doit arriver : devoir subir l’attente insoutenable avant la sortie du prochain livre du plus célèbre pharmacien, heu non, du plus célèbre libraire de Bruxelles et de sa périphérie.

Alain Magerotte