J'ai actuellement quatre auteurs à vous proposer. Il vous suffit de cliquer sur le titre de votre choix, pour atteindre sa page, avec quelques infos sur cet(te) ami(e) et son oeuvre. Bonne lecture.

Les manies du docteur Steiner de Dominique Leruth
L'ange de Micheline Boland
Au bout du désir de Micheline Boland
A bout de Céline Marseaut
Week-end d'un indécis, de Edmée De Xhavée
Au delà, une ile, de Edmée De Xhavée



Dominique Leruth

Un petit conte cruel pour mal dormir
Les manies du docteur Steiner

( cliquez sur le titre pour lire le conte )


Un commentaire...

Un livre, c’est aussi un objet, un bloc de papier qu’on tourne dans la main, qu’on dérame, qu’on feuillette et dont on admire (ou pas) la couverture. Dans le cas qui nous occupe, elle est superbe, peut-être l’une des plus jolies que j’aie vues à ce jour chez Chloe des Lys. Purement subjectif, objecterez-vous ? C’est vrai. Mais pour moi elle est belle et s’il n’y avait pas ce codebar qui manque au verso avec son numéro ISBN et le grammage encore un peu faible de l’enveloppe, je dirais qu’elle vaut largement tout ce qui sort actuellement chez les grands éditeurs.

Ceci dit, le contenant reste quand même primordial. Onze contes dont je retiendrai d’abord l’extrême variété. On ne risque pas de tomber dans la monotonie, car on passe en l’espace de 250 pages par tous les genres : du quasi théâtre autour d’une table de jeu, au conte froid et cruel, en passant par un roman historique en pleine révolution française, de la science fiction, de l’érotisme, du thriller avec un docteur qui me fait penser à Landru, une évasion poétique et même une aventure pour ados plus si ados que ça…

Je me suis bien amusé. Je me suis aussi posé quelques questions quant à l’état mental de l’auteur pour qui rien, ni personne n’échappe à un œil plus acéré qu’une lame de rasoir. Je la soupçonne d’abriter au fond de ses caves, des choses innommables… à moins bien sur qu’elle ne soit plus simplement dotée d’une imagination délirante.

Dominique Leruth ne respecte rien. Ni les humains, dont aucun ou aucune n’est vraiment sympathique, ni les objets, qui sous sa plume se mettent à vivre, de façon aberrante. Qu’il s’agisse d’une pendule jalouse, d’une chaise sanguinaire… lisez. Vous comprendrez.

Dans ces contes pour mal dormir, les hommes sont cons, coincés, brutaux et les femmes hypocrites, cruelles et dévergondées. Même les enfants sont effrayants, tout particulièrement les petites filles à la bouche boudeuse et aux jolis yeux glacés. Et enfin partout, entre les pages et les chapitres, le diable qui danse la guigue et la couleur rouge et vermillon du sang.

Les histoires ? Etranges, intrigantes. Un exemple ? Une bonne femme se promène dans un parc et croise un couple aux yeux absents avec un landau vide. Pus loin, elle rencontre un autre couple avec un autre landau, toujours aussi vide. Puis encore un. Et encore un… la suite dans le bouquin. Il y a même un conte auquel je n’ai rien compris. Je l’ai relu deux fois et toujours rien ! Une histoire de brume qui m’a complètement brouillé le cerveau.

C’est un bon bouquin, énervant mais bien écrit, bien ficelé et noir, très noir. Dans le monde de Dominique Leruth, il n’y a pas d’innocents. Tout le monde sera damné, lecteurs et lectrices y compris.



Micheline Boland

Nouvelles à travers les saisons
L'ange

( cliquez sur le titre pour lire le conte )


Un commentaire...

Micheline Boland, c’est un peu l’académicienne de Chloe des Lys. La liste de ses œuvres, prix et autres ateliers exige plus d’un écran d’ordinateur. Elle n’a plus grand-chose à prouver, que ce soit sur le plan du style ou de la construction des phrases. C’est une bonne élève, appliquée et respectueuse de la langue française. Mais est-ce bien important ?

Je vais vous choquer (et titiller au passage mon ami Olivier), mais Proust m’ennuie, Camus m’endort, Anatole France me plonge dans la torpeur… alors que Micheline m’attire, comme un aimant. Et le plus curieux, est que je n’arrive pas à me l’expliquer.

S’il fallait résumer ce recueil de 200 pages, je dirais ‘tout ce qui se touche, se vit et se respire’ (c’est d’elle), avec passion et déraison (c’est de moi.)

Des contes, dont je ne sais toujours pas pourquoi ils courent à travers les saisons, et qui mettent en scène des personnages qui ressemblent à Madame et Monsieur Tout le Monde. Sauf qu’on s’aperçoit très vite que ces gens très comme il faut couvent en secret de sérieuses doses de folie ou de schizophrénie galopantes et presque toujours destructrices.

Micheline, c’est l’écrivaine du détail qui tue, du sentiment qui chancelle et des six sens qui ennivrent. Six ? Voyons voir… il y a la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher… et le cœur bien sur ! Le tout dans une ambiance feutrée et retenue où la tristesse, la nostalgie de l’enfance et la solitude sont omniprésentes, dans une enveloppe (une chape peut-être) de petite bourgeoisie provinciale et de religiosité surannées. La vue. Elle collectionne les miroirs et tout ce qui réfléchit ou grossit ces parties du corps qu’on ne voit jamais : le dos, les reins ou un point noir sur lequel elle fait une fixation.

L’odorat. Il vit la truffe en l’air, émerveillé par les senteurs qui l’environnent, l’encens, les lys, le citron et finit par se suicider avec un sac plastique rempli d’herbes aromatiques… Un texte en feu d’artifice, qu’on jurerait plagié sur le célèbre ‘parfum’ de Süsskind, alors que (j’en suis persuadé) Micheline ne l’a sans doute jamais lu.

Le goût. Elle est amoureuse de la nourriture et le foie gras à la confiture de figue, accompagné d’un petit muscat australien la fait grimper aux murs. Elle fait la connaissance d’un cuisinier, ça va de soi… La suite , calamiteuse bien sur, dans le livre.

Le toucher. Il ou elle (il n’existe malheureusement pas de neutre en français, comme le het flamand) n’est encore qu’une motte d’argile. Puis la main apparaît et se met à chanter sur elle pour la modeler.

Le cœur, toujours incompris, insatisfait et déçu car la passion est insatiable et n’admet que la perfection. Elle est mariée et aime un autre homme qui ne s’ aperçoit même pas qu’elle existe. Ca arrive tous les jours ? Sans doute. Peut-être est-ce pour cela que ce conte me touche tellement.

Et ainsi de suite, dix-neuf fois.

C’est un beau livre, formé de saynètes courtes et enlevées, pas vraiment noires mais toujours grises, croquées au fusain, chargées d’émotion, et voluptueuses. Oui voluptueuses, un adjectif qui va bien avec la mort.

Ca ne se lit pas d’une traite, mais par petits bouts, comme une barre de chocolat qu’on grignote pour faire durer le plaisir.

Nouvelles à travers les passions
Au bout du désir

( cliquez sur le titre pour lire le conte )

Un commentaire...

Je vous ai déjà parlé de Micheline à propos de son premier recueil intitulé ‘Contes à travers les saisons ‘ et dit à l’époque tout le bien que j’en pensais. Lorsque son deuxième livre est sorti à l’occasion de ‘Tournai la Page’, ‘Nouvelles à travers les passions’, je me suis donc précipité dessus, en espérant retrouver les mêmes sensations. Gagné. C’est de la même veine et pourtant différent. Ce qui m’évitera de devoir me répéter.

Première remarque. On nous propose cette fois-ci sur 172 pages, 24 textes qu’on pourrait classer en trois groupes. Des nouvelles classiques ( de loin mes préférées ), quelques récits historiques et enfin des écrits beaucoup plus courts, glanés sans doute dans les ateliers d’écriture auxquels Micheline participe.

Personnellement, c’est dans ses nouvelles traditionnelles, que je me retrouve le mieux. Des histoires simples, presque anodines, dont on se demande si ça vaut la peine d’en parler. Puis l’auteur gratte un peu et derrière les personnages conventionnels, banals, parfois falots, se profile une passion, une douleur, une phobie… bref, une humanité criante qui semble nous rappeler qu’en fin de compte, on est toujours seul.

L’univers n’a pas changé . C’est celui de la petite bourgeoisie hennuyère catholique dans laquelle vit l’auteur. Un milieu où les conventions, le qu’en dira t-on et le ‘ce qui se fait’ tiennent lieu de morale. Un monde étriqué, où tout se passe dans la tête, faute de pouvoir l’exprimer avec emphase. Un milieu coincé, où le péché est vécu comme une calamité, alors qu’il fait peut-être tout simplement partie de la vie.

Et en matière de péchés, elle s’y connaît notre Micheline : qu’il s’agisse de la jalousie, de l’avarice, de l’envie… ou d’handicaps véniels ( je ne trouve pas d’autre mot ) qui vous rendent rêveuse, suiveuse, épieuse, hésitante, influençable, bigotte… lisez : la palette est très large et tous les personnages du livre en sont atteints, d’une façon ou l’autre.

Un exemple ?

C’est une Mémé, une bobonne tout ce qu’il y a de plus traditionnel, avec ses recettes de cuisine, les petits enfants qu’il faut chercher à la sortie de l’école, le mari qui est plutôt gentil… bref, une petite vieille qui n’a pourtant que 53 ans. Et puis un jour… comme ça, sans raison, une impulsion : elle enfile son manteau, court jusqu’à la gare et prend le premier train venu ! Il va à Namur… Peu importe. Elle s’assoit sur une banquette, encore étonnée par son escapade et essaie de faire le point d’une vie bien rangée, sans doute un peu terne.

Puis le remords ou le simple bon sens ? Elle se rend compte qu’elle ne va nulle part, descend à Châtelet et retourne à pieds. Lorsqu’elle rentre à la maison, personne n’a remarqué son absence ou si peu et tout reprend comme avant. Voila, c’est tout. Il ne s’est rien passé. C’est une non-histoire. Sauf que racontée par Micheline, cela tourne à la grande aventure. Le dérisoire devient passionnant et la petite bonne femme une héroïne qu’on voudrait écouter pendant des heures en lui tenant la main. Car (et c’est peut-être la leçon principale, sous-jacente, qu’on retrouve dans ces nouvelles) chacun de nous a droit à la compréhension et ira en fin de compte au paradis. Comme dans la chanson de Polnareff. Enfin, moi, c’est comme ça que je l’interprète.

Pour le reste, est-il utile de rappeler que le style est quasi parfait, le français d’une richesse sans forfanterie, les descriptions imagées avec une acuité toute particulière et le rythme soutenu. On arrive au bout avant de même de comprendre qu’on lit de jolies phrases littéraires.

Encore une fois bravo au comité de lecture de Chloe des Lys qui a su reconnaître un vrai talent.



Céline Marseaut

A croc
A bout

( cliquez sur le titre pour lire le conte )


Un commentaire...

C’est un bel objet ! Une couverture qui accroche avec un titre choc, la photo d’un visage énigmatique, plongé dans l’ombre, avec un filet de sang aux commissures des lèvres, et une phrase assassine qui nous promet le pire. Je cite : « Ils peuvent être un voisin, un parent, un mari ou un inconnu séduisant. La seule issue : fuir ! »

C’est un bon début, même si je regrette un peu que le logo de Chloe des Lys n’apparaisse pas sur cette couverture. Ceci dit, on ne peut pas parler vraiment d’un livre, mais plutôt d’un opuscule, qui comprend une cinquantaine de pages, avec six nouvelles dont on devine qu’elles vont se dérouler dans le monde délicieusement effrayant des vampires.

En quelques lignes, Céline Marseaut nous transporte rapidement d’une situation banale de la vie de tous les jours (quelqu’un qui se lève, le matin… un couple allongé sur une plage…) vers une intrigue qui débouche, on s’en doute dans la panique et l’horreur. Pour notre plus grand frisson de plaisir. Ca va très vite. Une page pour décrire la scène, une autre pour définir le personnage et déjà, la machine s’emballe… On n’a pas le temps de s’embêter.

Un exemple, comme ça, pour la route…

Un jeune étudiant lit tranquillement dans son lit à la tombée du jour, puis s’aperçoit avec étonnement qu’il lit toujours clairement, alors que la pénombre a envahi la pièce. Il est devenu nyctalope… puis survient une rage de dent, terrible. Il fonce dans la salle de bain ou le miroir lui renvoie l’image d’un rictus où pointe deux longues canines… le tout en cinq pages !

Le style ? La langue ? Bon, comme tout ce qui passe le cap du comité de lecture chez Chloe des Lys. Des phrases courtes, incisives, précises qui s’enchaînent comme un scénario de film.

Voila, vous savez tout. Assez en tous les cas pour savoir si vous avez envie de commander ‘A croc’ et le lire.



Edmée De Xhavée

Week-end d'un indécis

( cliquez sur le titre pour lire le conte )


Un commentaire...

Jouïssif ! La dernière nouvelle d’ Edmée m’a littéralement fait exploser de joie, comme à l’époque où j’officiais au foot en tant qu’extérieur droit et marquait de temps à autre un but, le bras levé et le doigt tendu vers le ciel. Yeah !

Ne me demandez pas de détails ( ce serait déflorer le sujet ), mais contentez-vous des trois remarques suivantes : Un, j’ai horreur des menteurs. Deux, j’ai toujours pensé que les femmes comprenaient mille fois mieux les hommes, que les hommes les femmes. Trois, nous les mecs ont fait pas le poids devant ces gonzesses. Sans doute parce qu’elles ont été un jour notre mère. J’explique.

Un mec prétentieux comme un paon qui fait la sphère , lève une gonzesse, lui fait du violon, se fait inviter chez elle et finit par la sauter, après un repas succulent. Dont prix : une bouteille de pinotage du cap. C’est pas cher payé !

Ils passent donc la nuit ensemble et au petit matin ( on est dimanche ) notre preux chevalier se rhabille tranquillement en expliquant à la donzelle qu’il doit partir. Car à vrai dire, il n’est pas vraiment célibataire et qu’une autre l’attend quelque part en s’imaginant dieu sait quoi ! Classe.

Là, cette nouvelle tellement banale qu’on s’endormirait sur place, explose… car Madame De Xhavée de Truc-Machin nous propose trois suites, rien que ça. A nous de choisir… On pourrait laisser courir son imagination : elle fond en larmes, le balance par la fenêtre, ou choisit dans sa penderie un ou deux mecs tout nus pour le remplacer…

Ne comptez pas sur moi pour dévoiler quoi que ce soit, même sous la torture. Mais je choisis à deux mains et à deux pieds, la troisième version d’Edmée, car elle m’a fait hurler de rire et tirer le poing de joie, comme quelqu’un qui réussit un coup exceptionnel. Jouïssif, vous dis-je.

Bon d’accord. C’est un bon scénario… mais le style ?

Je vous ai déjà parlé voici quelques mois d’une autre nouvelle d’Edmée, ‘la piste des Larmes’. C’est toudim. Cette bonne femme pourrait être prof de français, les doigts dans le nez, un peu comme noss’ Christian. Ses descriptions sont photographiques de vérité, son vocabulaire plus riche qu’une mousse au chocolat à la crème fraîche et sa culture tant culinaire, qu’oenologique, musicale etc… suffisante pour vous tenir le crachoir toute une soirée et si ça vous tente.. toute une nuit. D’ailleurs pour être très sincère, je n’ai pas tout compris.

Mais là où elle atteint le top, c’est dans la psychologie de ses personnages. Cette gonzesse, elle voit tout ! Le moindre geste, la moindre mimique, le plus petit faux-semblant est analysé, décortiqué comme une pince de crabe, passé à la loupe, au tamis, soupesé et retourné à l’ intéressé avec humour et ‘on ne me la fait pas’.

Faut se lever très très tôt pour mentir à une nana comme ça. Alors vous pensez… notre pauv’ héros qui enfile son caleçon de grand-père et explique à sa conquête qu’il s’en va mais va revenir le plus vite possible et que de toute façon, sa femme et lui… c’est fini depuis longtemps et patati et patata…

Non. Découvrez par vous-même. Jouïssif.

C’est pas long, ça se lit d’une seule traite, comme on voit un court-métrage de Truffaut et en plus… ça se passe à Bruxelles. Pour une américaine du new-Jersey, faut l’faire.




Edmée De Xhavée

Au delà, une ile
Edmée de Xhavée

( cliquez sur le titre pour lire le conte )