Alain Magerotte

J'ai lu.... "Une saison"
de Barbe Perrin

par Alain Magerotte



Une saison d’enfer ou une saison en enfer pour Lyn ?

Dans le premier cas (expression chère aux journaleux sportifs pour relater les bons résultats successifs d’un athlète), ce serait grâce sa rencontre avec le beau et ténébreux Stélios. Dans le second cas (chère à Arthur Rimbaud), ce serait plutôt à cause de sa vie aux côtés de Domi depuis le terrible accident, survenu à Villiers-le-Bel, qui a fortement amoindri ce dernier…

Voilà un roman drôlement bien fichu. Dans un premier temps, l’auteure nous raconte l’escapade sur une île Grecque (Nissos) de Lyn et de ses deux copines, Peggy et Garda. Trois nanas en goguette avec leurs réflexions sur la vie, sur les hommes et un coup de foudre pour un bel autochtone.

Mais on sent qu’un fardeau pèse sur les épaules de l’héroïne. Ce tableau enchanteur ne le restera pas… il va perdre de sa luminosité, il va se faire plus sombre. On apprend que malgré sa cécité, Domi en a fait voir de toutes les couleurs à Lyn, l’obligeant, au sommet de sa «folie» à la soustraire à un «jeu» à la limite de la perversité. La perversion est même atteinte avec le coup de l’escargot.

Donc Lyn n’en peut plus et décide de quitter Domi, ex lanceur de couteaux et indic de la police dans une affaire de trafic d’êtres humains. Cela ne se fera pas sans casse… une bouteille de vodka en l’occurrence.

La jeune femme quitte Paris et va se jeter dans les bras du bel autochtone, Stélios. Les deux amants vivent d’amour et d’eau fraîche jusqu’au jour où se pointe Kostas, le frère de Stélios. Un frère séducteur que Lyn avait croisé furtivement dans un bistrot à Paris. Cette rencontre, en fait, n’était pas le fruit du hasard.

Là, l’affaire se corse comme dirait Laetitia Casta (il n’y a pas que Napoléon et Tino Rossi). Nous passons carrément de l’histoire d’amour au thriller. Car, il existe un lien entre l’accident de Villiers-le-Bel et les hellènes «brothers».

Vous aurez compris qu’il est hors de question de vous en dire davantage au niveau de la trame. Ce serait très regrettable pour un livre que je vous conseille chaudement comme ce soleil qui inonde l’île de Nissos.

Mais, ce n’est pas fini. Je vous soumets à présent deux extraits qui mettent bien en valeur la haute qualité d’écriture de Barbe :

"Il est des moments où le meilleur pourrait devenir le pire, parce qu’on hésite. Parce qu’on se sent, non pas au bord du gouffre, mais de deux. En équilibre sur le fil de la crête entre ces deux abîmes. Entre le funeste et le céleste, les profondeurs de l’une n’ayant d’égal que les sommets de l’autre. N’est-ce pas paradoxal, d’atteindre des sommets en se jetant dans le vide ?...é

éLe suivant est un vrai tire-larmes (et ce n’est pas péjoratif) qui me conforte dans l’idée de ne JAMAIS consommer de gibier. Quand la balle l’atteint, en plein poitrail, elle ne tombe pas tout de suite. Comme si le coup, en la prenant par surprise, la figeait avant de lui enlever sa majesté. Stélios a baissé son arme. Il voit comme les pattes du cerf plient sous lui, refusant la dernière course que son cerveau imagine encore. Stélios commence à s’approcher doucement et voit, dans les yeux de son dix-cors, l’effarement d’être achevé ainsi, un jour de septembre où il faisait si bon vivre…"


Alors, Barbe, à quand le prochain roman ?... Vite, vite, vite…