Bob Boutique

J'ai lu.... "Trop plein"
de Nadine Groenecke

par Bob Boutique


C’était un jour de flottement. Je lis beaucoup, parfois à tort et à travers, souvent mal, et il ya toujours une pile de bouquins « à découvrir » sur la tour de mon pc… ce jour là, l’envie n’y était pas, mais bon… j’ai commandé, payé et il faut bien rentabiliser. Alors je choisis au hasard sur le tas, un livre dont la couverture me paraît attrayante…

« Trop plein », avec la photo d’un cocktail qui déborde. Je connais cette couverture qui est déjà passée trente-six fois sur ACTU, j’ai rencontré l’écrivaine il y a quelques semaines à Tournai (une jolie femme un peu coincée, ou timide, ou effrayée par mon sans-gêne…) et nombre d’auteurs lui ont rédigé des commentaires élogieux …

Pourquoi pas, me dis-je ? C’est la période creuse de la journée où la porte d’entrée de la librairie sonne un peu moins…Je vais me chercher un Nestea au frigidaire, m’assieds sur un tabouret avec un bic (je griffonne toujours dans les livres que je lis ) et commence comme d’hab par tourner et retourner l’objet d’un œil critique.

Le livre est bien imprimé (rien à redire), je n’aime pas trop la police employée mais bon… 150 pages pour un recueil de 10 nouvelles que Nadine dédie à sa grand-mère. Je me souviens.

Dans l’interview qu’elle m’a accordée pour ACTU-tv elle a longuement explique combien cette femme a compté pour elle… parce qu’elle était toujours là, l’aidait à étudier, à faire ses devoirs, lui cousait ses robes de petite fille… bref, une histoire d’amour vrai qui m’avait touché et qui justifie le titre du livre : « trop plein »… d’émotion. Car cette Mémé est partie après une très longue maladie que Nadine enfant, puis adolescente, puis jeune femme a suivi avec tristesse et désespoir.

La première nouvelle du recueil ‘le crabe’ (le cancer bien sur…) nous décrit cette descente aux enfers. Un texte fort bien écrit, facile, sans prétention qui emploie parfois un vocabulaire étonnant (bon sang ! Ca existe ce mot ?) mais court à l’efficace. On raconte une histoire, on pose les personnages, on décrit l’environnement et en avant… y’a plus qu’à se laisser conduire et verser une petite larme au passage….

J’ espère que le bouquin ne va pas pleurnicher ainsi pendant 150 pages, me dis-je alors, conscient que c’était la partie personnelle de l’ouvrage. Hé bien, pas du tout. Tranquillisez-vous. Après, les histoires sont de vraies histoires inventées, avec des situations qui partent dans tous les sens… cocasses, inattendues, amorales, dégueulasses, crapuleuses (je songe à Wlater), amusantes… avec des héroïnes qui toutes sans exception apparaissent naïves, introverties, peu sures d’elles, incertaines quant à leur physique, exaltées et gaffeuses.

Si j’étais psychologue j’appellerais ça, ‘le phénomène Pinocchio’. Mais cette allusion, seule l’auteure peut la comprendre et je n’ai pas envie ici de m’étendre ( en tout bien, tout honneur ) sur le sujet.

Quelques thèmes en guise de zakouskis. Elodie tombe follement amoureuse d’un nouveau représentant engagé dans l’entreprise où elle travaille… Carole se fait une fête pas possible, car elle va retrouver une amie qu’elle n’a plus vue depuis vingt ans… des émotions encore et toujours…

Cecile est folle de joie. Son marin militaire en Afghanistan va enfin rentrer, après six mois d’absence… Cyrielle rentre le soir dans son appart et trouve sept roses rouges sur la table du salon. Voilà sept ans qu’elle est mariée. Son mari a laissé un mot…

Et bien entendu, par-ci, par là des chutes inattendues qu’on lit en se frappant sur la cuisse : « Merde, elle m’a encore piégée » ! Vous voulez que je vous dise. C’est un très bon livre et je ne m’étonne plus du tout qu’il ait remporté le prix Victor Hugo.

Pour un premier bouquin, c’est une vraie réussite. L’émotion dégouline entre les pages et ce n’est pas désagréable. On ne va pas au cinéma pour voir un Monsieur marcher dans la rue pendant une heure… Mais je regrette un peu que les Pinochiettes de Nadine ne sortent pas de temps en temps gagnantes de leurs aventures. Car on s’y attache à ces petites femmes au fond très simples et gentilles… on voudrait les prendre par la main et leur expliquer que tous les mecs ne sont pas… et que parfois dans la vie, la chance tombe du bon côté.

Non, je ne vais pas dévoiler quoi que ce soit.

Commandez le bouquin et lisez-le. Vous ne le regretterez pas.