J'ai lu.... "Taches d'Encre" de Martine Dillies-Snaet

par Claude Colson



L'auteur :

Martine Dillies-Snaet est née en 1952 à Ploegsteert, à la porte des Flandres et de la France. Elle habite actuellement le Bizet, est mariée et a deux enfants. Professeur de mathématique, ce sont surtout les mots qu’elle aime et qu’elle a toujours aimé offrir aux hommes et aux femmes qu’elle rencontre.

Ces mots, elle les dépose, les dessine, les fait chanter, cracher, murmurer, hurler, les transformant en cordes de violon afin de mieux nous toucher. Car son but a toujours été celui-là : écrire pour l’autre, écrire à l’autre. Ecrire les mots qui transperceront et feront naître l’émotion. Elle grave les syllabes, les phrases et les silences. Elle s’en sert comme le voleur de nos sentiments afin de briser l’anathème des bruits assourdissants de nos vies.

Et que ce soit avec des poésies assez proches du théâtre comme CARRARE, primé à Douai, ou avec L’APAISEMENT, plus intimiste, c’est avec une profondeur évidente qu’elle nous touche.
Après avoir lu ces poésies, j’avais écrit :

Taches d'encre a occupé une partie de mon retour en train de Bondues car je n'ai pu terminer qu'ultérieurement. On y rencontre une âme et rien n'indiffère. Pour quelques poèmes , j'ai dû les relire plusieurs fois : sens riche.

Je reviens aujourd’hui sur un aspect particulier de cet univers poétique : sa manière de mettre en scène l’homme et spécialement l’homme dans l’amour, cette tentative de Martine pour cerner l’éternel mystère de l’altérité. D’abord elle note que l’homme devient homme par une femme (« Apaisement »), puis – avec justesse – que l’amour fou de l’homme engendre chez lui le désir d’enfant avec la femme aimée (« Bâtir une vie »). Elle croit par ailleurs déceler chez lui la profondeur du manque, qui n’a d’égale que le sien (« Etouffer »).

Tiens, les deux amants auraient-ils quelque chose en commun ? Petite victoire sur la condamnation à être deux, deux différents, comme nous le dit le mythe d’Aristophane.

Surtout, dans beaucoup de poèmes l’auteur insiste sur la quasi impossibilité pour l’homme de formuler l’amour (« Je n’avais pas oublié » « La cadence » « OGM d’ADN »…), l’homme, ce taiseux des sentiments dont on ne peut saisir (pour le comprendre ?) que quelques expressions : voir [ses] yeux [le] troubler (« Oser »), [le] sentir vibrer » (« Pour toi »).

Martine discerne, au-delà des mots ce que peut ressentir un homme qui jamais ne pourra posséder une femme totalement, cette difficulté à admettre l’altérité de l’autre (« Lettre au père…. »). La compréhension passe donc par le corps seul, quand [les] corps se mettent en prière » (« Pour toi »), quand les yeux [de l’homme] se noient dans la tempête de vaques de [l’] ivresse [d’elle] (« Tes yeux couleur émeraude »).

L’homme, fragile, avec sa nécessité du rêve, à vivre comme à donner à vivre « Tenue de lumière »). L’homme enfin qui, lui, a toujours besoin d’être rassuré par des mots (« Je veux que vous m’écriviez »), toujours inquiet de savoir où elle est, qui elle voit (« Cette histoire-là »).

Beaucoup d’amour dans cet effort de compréhension de la part de l’auteur, beaucoup d’émotions passant dans cette langue. N’est-ce pas l’essence, le but de la poésie