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J'ai lu.... "Suicide dans l'après-midi" d'
Anne renault

Edmée de Xhavée



Une écriture au charme un peu hypnotique, au parfum entêtant. Les vascillements de l’âme humaine y sont nombreux et exposés peu à peu, comme on libérerait une splendide pierre luisante – mais noire – d’un fouillis de papiers de soie multicolores. La mort est voluptueuse, son charme est puissant, ses sortilèges souverains. Dans ces nouvelles si bien écrites elle se donne, se cherche, se reçoit, se souhaite ou s’imagine dans un lent mais implacable cheminement intérieur.

La mort est aussi, toujours, dans l’ombre de la vie, de l’appel des sens, d’un grand appétit de plaisirs et d’émotions. Rien de sinistre dans ces nouvelles, mais l’arôme singulier d’une solitude qui crie et veut se réfugier dans l’inexistence.

Les ambiances sont décrites avec la touche d’un Gustave Flaubert. Et le tumulte intérieur des personnages roule comme le tonnerre, explosant en sensualité parfois, ou en jalousie frôlant le désir de crime sans toujours s’y abandonner. L’intensité des émotions surprend, d’autant que bien des acteurs de ces nouvelles sont des gens comme les autres, semble-t-il. Comme nous. Et nous ne pouvons nous empêcher de nous demander si nous aussi… dans une telle situation de vie, nous …

Je ne désire pas user le plaisir de la découverte en abordant nouvelle par nouvelle et expliquant sa singularité. Toutes sont excellentes et aspirent le lecteur dès les premières lignes vers le dénouement, avec l’attrait d’un voyage dans l’interdit. Mais quelques phrases vous donneront un aperçu de la plume d’Anne Renault :

« Ce qu’il contemple, c’est une belle fille, robuste et simple, au regard sans expression. Elle est debout, tranquille, dans la partie sombre de la rue. Et devant elle, au premier plan, dans la blancheur aveuglante de la lumière, une ombre s’étire. »

« L. est une petite ville banale de Flandres. Les vieux quartiers s’étendent dans une boucle du canal. A l’entour, la campagne est plate, riche et sans beauté. De belles maisons de brique, aux vitraux de couleur s’élèvent au milieu des champs. »

« Le ciel est gris fer. Pas un souffle. Rien ne bouge et il règne une atmosphère d’attente qui énerve. Les hirondelles volent bas et crient en rasant le sol. »


Chacune de ces nouvelles a son intensité et son mystère propres. Chacune est servie d’une écriture forte, de descriptions minutieuses qui conduisent le lecteur à l’apaisement final.