Christian Van Moer

J'ai lu.... "Si je ne t'écris pas" suivi de "Sur quels chemins ?"
de Nathalie D. Druant (éditions Chloe des Lys)

par Christian Van Moer


Ce recueil de Nathalie D. Druant présente une cinquantaine de pages très aérées, offrant au lecteur des textes poétiques le plus souvent très courts, mais toujours riches et délicats. Des petits poèmes en prose commençant par « Je » : de la poésie lyrique, donc.

SI JE NE T’ÉCRIS PAS :

« De ma fenêtre sur le monde, je t’écris toujours. »

Vers qui résume l’ensemble avec bonheur.
Où qu’elle se trouve en effet, au coin de l’âtre, au jardin, à la campagne, sur terre ou dans les nuages, dans la nuit ou le soleil éclatant, Nathalie D. Druant écrit à l’heureux élu de son cœur. Mais la plupart du temps, elle ne révèle que le lieu d’où elle expédie ses billets doux. Ses textes sont plutôt des faveurs ? vous savez, ces ravissantes bandelettes de couleurs dont jadis les amoureuses enrubannaient leurs tendres missives.
Nul besoin d’en connaître le contenu pour en respirer le doux parfum d’amour. Cette pluie de commencements de lettre (« Je t’écris de… ») nous en dit suffisamment pour que l’on découvre une femme éprise, pleine de sensibilité, de pudeur, de rêve, de mélancolie parfois.
Tout chez elle est messager d’Amour. Depuis « la mouette silence qui caresse le soleil de ses ailes circonflexes », « l’alouette qui se perd en cherchant son miroir dans le ciel si bleu », jusqu’au « vol des hirondelles se posant sur un silence de musique qui retient son souffle » ou encore « les elfes, les fées et les lutins qui vivent sous la mousse », « le vent qui déplace les dunes », « le sage camélia », « la vague qui roule »… Il nous faut attendre la fin et le poème qui donne son titre au recueil pour que le tendre amour soit clairement formulé :

« Si je ne t’écris pas
Si je ne te dis pas
Que je t’aime

Où pourras-tu le lire

Dans mes yeux sur ma peau
Dans ma voix qui se tait

Si je ne t’écris pas
(Les mots sont si fragiles)
Si je ne le dis pas
(L’aveu est difficile)

Où pourras-tu le lire
Et quand je serai morte
Le sauras-tu jamais
Allons aide-moi un peu
M’aimes-tu toi aussi… »

SUR QUELS CHEMINS ? :

« Je marche donc je suis. »

Je vous laisse apprécier :

« Je marche sur un chemin de printemps qui hésite encore un peu entre givre et jonquille. »
Sous le regard de « ses vieilles pierres scellées :
Libre, elle est libre, pensent-elles…
Comme elles se trompent ! »

« J’y croise des sourires, des grimaces joyeuses… et tant de déchirures, tant de chagrins lourds… Seul un arc-en-ciel peut nous rendre le jour. »

« De la pointe de mon crayon, je marche sur le papier… Comme un pied sur le sable, j’y laisse quelques traces que le temps effacera comme la vague au jusant. »

« Je marche vers demain », « Je marche dans ma tête, « Je marche dans la musique », « Je marche vers l’ami ».

« La pente fleurie glisse vers la haie claire derrière laquelle glougloute un timide ruisseau printanier, frais comme une glace à peine fondue. », « Je marche entre les flaques d’eau, petits miroirs du ciel. »

« Je marche et je danse à l’intérieur. », « Jusqu’où aller sans avoir peur ? »

« Petite fille, tu rêves.
Vois comme ces allées t’ont menée loin.
Vois comme tu ne les as pas quittées. »

Charmant, non ?
La technique utilisée ici par Nathalie est la même que pour les poèmes du recueil précédent. Toujours le même début : « Je marche… ». Mais les pensées, quelquefois moroses, ont remplacé les tendres faveurs.

… Qu’ajouterais-je ? Que c’est bien écrit, dans un français impeccable, aux tons pastel. Sur des portées musicales, un rythme envoûtant, agrémenté de quelques soupirs.

… Bravo, Nathalie, c’est de la belle poésie : de petits bijoux finement ciselés.