J'ai lu.... "De l'autre côté de la rivière, Sibylla""
de Edmée De Xhavée

par Anne Renault


A peine venais-je de refermer le livre que je l'ai rouvert aux premières pages – retour de ce long flash-back – pour le plaisir d'y retrouver tous les personnages du roman, qui, après lecture, s'étaient en quelque sorte « remplis » de leur histoire et apparaissaient dans toute leur densité, construite touche par touche au fil du livre.

Ce très beau texte, second roman d'Edmée de Xhavée, est, suivant les traces du premier, « Les romanichels », une saga familiale. Il nous entraîne dans les méandres de la vie d'Emma, de son frère Jean, mais aussi de celles et ceux qui vont les approcher, de façon durable ou éphémère.

« Et Sibylla ? », me direz-vous, celle qui attend « de l'autre côté de la rivière » ? Eh bien, Sibylla, l'on pourrait dire que c'est le personnage majeur du roman, puisqu'elle en est la narratrice. Et cependant elle apparaît simplement ici ou là, toujours pour aider, protéger, aimer. Présence supérieure, tutélaire, qui, au-delà même de la mort, continue à veiller sur les enfants dont elle a été – pour leur sauvegarde et peut-être leur survie – la gouvernante.

Sibylla, grand ange de l'amour, qui donne au roman une dimension spirituelle, même si elle se manifeste d'une façon toute charnelle, par la délicate odeur de sa poudre de riz...

Au début de l'histoire, une « faute », c'est ainsi que l'on nomme, dans la bonne société de la région liégeoise, comme dans tout milieu conventionnel et bourgeois, l'abandon de son mari et de ses enfants par une épouse et une mère. Et la faute, comme il convient, sera punie, car l'histoire scandaleuse finit mal.

C'est alors que commence celle de ses deux enfants, Emma et Jean, qui se retrouvent emprisonnés dans l'austère maison des grands-parents maternels, les Dupage, et livrés à leur tante Marie, femme frustrée et persécutrice, dont la méchanceté inventive aurait pu les détruire, n'eût été la protection constante que leur apporte Sibylla.

Le destin des enfants se construit cependant dans l'isolement et la souffrance, que l'affection inaltérable qui les lie vient cependant tempérer.

De mariage catastrophique en instabilité affective, voilà Emma et Jean bien mal engagés dans leur vie d'adultes. A cela s'ajoute pour Emma le pire deuil qui soit, celui de son enfant.

Mais « Sibylla, de l'autre côté de la rivière » est un roman sur l'amour triomphant. Il gît, caché, attendant son heure, et remporte la partie, apportant apaisement et bonheur.

Autour d'Emma et de Jean, gravite une galerie de personnages, charmants ou grotesques, bons ou mauvais, tous hauts en couleur et parés de la vérité de la vie.

« Sibylla, de l'autre côté de la rivière », un roman sur l'amour, mais aussi sur la mort , dont Edmée de Xhavée nous offre une image étonnamment sereine et poétique, dans la très belle métaphore de cette qui rivière que l'on franchit tous un jour.

Mais sur « l'autre côté », point de néant, aucun règlement de comptes. Une figure bienveillante, accueillante nous attend et nous aide au passage. Ainsi ce grand-père, qui accueille son petit-fils, JC, par cet émouvant « Viens, mu pti fi, n'aie pas peur, je te rattraperai ».

Quant à l'écriture, Edmée de xhavée a l'art peu commun de mélanger acuité psychologique et fantaisie, réflexion profonde et détails gracieux, sensualité et humour.

J'ai été passionnée par ce livre, par la richesse de ses personnages, par l'entrelacement des récits. Et je sais aussi que ne s'effacera pas de ma mémoire l'image radieuse de Sibylla et que moi aussi, sans doute, dans les moments de doute ou d'inquiétude, je chercherai les effluves de sa poudre de riz...