Edmée de Xhavée

J'ai lu.... "Le secret des amandiers"
de Chantal Adam

par Edmée De Xhavée


Quand Chantal vous décrit quelque chose de sa généreuse écriture, on voit la lumière, les reflets, les détails comme dans un de ces beaux tableaux de l’ottocento italien.

J’avais adoré de courtes nouvelles d’elle – notamment deux dont le sujet central est Allegra et se passent dans les ruelles de Rome, dans les miroitements du Tibre – et ai donc commandé ce livre, dont l’action cette fois se passe en Espagne.

Allegra est un personnage qu’un évènement précis anime de passion intérieure, une passion qui explose, mais avec une douceur qui sent le basilic et le vin.

Ici, la passion est toute extérieure, et s’exprime par une série de crimes assez effroyables, que la plume habile de Chantal nous explique sans rien nous épargner comme détail ! Un psychopathe, rien de moins, nous fait tourner les pages de ce passionnant récit qui nous emmène dans un coin de l’Espagne que l’auteure connaît bien, et aime sans retenue.

Elle en chante les charmes avec un enthousiasme qui dépasse celui de la touriste et sent l’adoption. Elle observe ce qui fait la véracité d’un décor, et nous en donne les éléments en touches de couleurs :
« Droit devant il n’y avait qu’un bâtiment : El Vascos, un bistrot depuis longtemps laissé à l’abandon, et la mer solitaire, agitée. Il parqua son véhicule sur un bas côté, derrière une carcasse rongée par la rouille et les sels marins. La carcasse d’un tracteur qui avait été d’un beau vert, du même vert foncé que celui de son grand-père. D’un vert qui sublima l’essence de sa mémoire. Il ferma les yeux et laissa voyager ses pensées Il entendait, dans le silence du Fangar, les rires francs du vieil homme alors que le gamin qu’il était semait à la volée les grains de riz dans la rizière en marchant, encore tout endormi, à reculons pour ne pas les écraser ».

Et plus loin, pour ceux dont le palais aime la bénédiction du vin :

« Ils prirent les chemins qui sillonnent au travers du Priorat. Une singulière contrée qui ressemble à un amphithéâtre aux gradins escarpés où la roche schisteuse se débite en feuillets entre les ceps de Grenache et de Carignan. La vieille vigne longtemps délaissée par l’exode semblait heureuse de croître et de s’unir, sur cette terre jalonnée de rocailles, au sang de la Surah et du Cabernet Sauvignon. Les bras s’ouvrant dans l’espace avec une apparence de gobelet, elle rendait grâce à l’indulgence de l’hiver et pleurait joyeusement du bout de ses sarments taillés l’arrivée d’un nouveau printemps ».

Dans ces lieux si bien campés, Chantal nous emmène derrière le commissaire divisionnaire Jaime Esteban, à la suite d’une série de meurtres au prélude érotique suivis de mutilations dans la communauté gay.

Et le coupable n’est, bien entendu, pas celui que l’on pense. De la même manière que ces paysages où le soleil fait chanter la vigne accueille aussi cette succession de cadavres profanés, de sombres secrets se cachent au sein des âmes où on ne les soupçonne pas.

Un livre paru chez Chloé des lys.