Kate Milie

J'ai lu.... "En quête de sens" de Christel Marchal

par Kate Milie


Elle a tout fait elle-même, une cover qui respire le jardin secret et le mystère (une statue est cachée derrière les fougères), de jolies cartes de visite où une énigmatique petite fille vous regarde droit dans les yeux, les dessins du livre.

Elle a reçu d’un grand écrivain (Benoît Coppée) une éblouissante préface de deux pages ! Bigre, comment escribiller une p’tite note de lecture quand Monsieur Coppée déclare : « Il y a du Rimbaud, dans la poésie de Christel Marchal (...) Il y a du van Gogh, dans les couleurs de Christel Marchal (...) Des grandes références ? Et pourquoi pas...

Pour parler de la plume de Christel Marchal, moi, je ne trouve pas d’autres références ». Gloups, comment poursuivre ?

Alors, j’entre dans la bulle d’Agathe. Je regarde sa maman qui tourbillonne sur un parking gris, métallique. Je vois une trépidante petite voiture jaune qui fait signe à tout le monde. Et l’aventure, un road movie dans Bruxelles, commence.

Le flic de l’histoire qui carbure au p’tit noir bien serré râle sec : « A dix jours des vacances ! Courir après une gamine débile et sa mère suicidaire ! ». Mais c’est quoi cette nana à la bagnole jaune qui kidnappe son propre enfant d’une institution ? Elle a une arme ! Il faut ramener la fillette saine et sauve à l’institution.

« La petite voiture hoquète sa petite colère, noire », pas question de se laisser attraper ! Hop, au hasard, je saute dans une page. Quel bonheur, c’est la page du cuberdon vendu dans des bocaux antiques par une vieille dame au chignon en barbe à papa. Dans leur fuite, la maman désespérée et la fillette ont fait une halte gourmande. Tandis que la petite voiture jaune attend devant la porte, vlà que moi, lectrice qui se demande le cœur haletant comment va finir l’histoire, j’ai envie de babeluttes à la violette et de calissons.

C’est qu’elle pollinise les mots Christel Marchal. Ses phrases sont pleines de couleurs et d’images mais aussi de goûts et de saveurs. Le flic de l’histoire va d’ailleurs craquer. Le p’tit noir serré a beau le doper, il craque. « Non ! Je ne peux pas les abandonner ! La pire arme humaine est l’indifférence. Je ne peux pas être indifférent à Agathe, à Louise ».

Et la folle poursuite dans Bruxelles continue de plus belle. Agathe dessine et sème ses indices là où elle veut, quand elle veut. Leo avale ses petits noirs serrés à toute vitesse et dessin après dessin arpente les parcs, les cimetières, les rues, les stations de métro. Du parc Josaphat au Château de la Hulpe, de Tomberg à De Brouckère, du cimetière de Laeken au Jardin botanique, elle en fait des kilomètres la bagnole jaune.

Ce magnifique livre qui rend hommage à une petite fille artiste, entre « autiste » et « artiste », il n’y a qu’une lettre de différence est aussi un passionnant jeu de piste dans la ville. Et moi, j’aimerais bien trouver le magasin où Christel Marchal achète ses cuberdons...