Josy Malet-Praud

J'ai lu.... "Je ne suis personne"
de Laurence L

par Josy Malet-Praud


On ne lit pas ce livre par hasard. La quatrième de couverture est explicite. Elle ne laisse place à aucun doute, aucune confusion des genres :

« Cette histoire d’inceste, j’ai eu besoin de l’écrire pour tous ceux qui ne comprennent pas, pour qu’on ne puisse plus fermer les yeux. Je deviens quelqu’un à mesure que je me confie à vous, et j’ose espérer que désormais, la marque brûlante de l’inceste se heurtera à votre vigilance ».

Le lecteur sait à quoi s’en tenir : Laurence L. ne lui propose pas un séjour dans « La petite maison dans la prairie »…Il a encore le choix de renoncer. Pour ma part et autant que possible, je choisis toujours de voir les choses en face, de regarder le monde dans les yeux, tel qu’il est, et de ne pas me contenter des seules représentations qui me conviendraient le mieux, celles qui rassurent. Un temps pour l’univers espéré, un temps pour l’univers dans ses réalités. Une façon d’être qui peut parfaitement ne pas être partagée.

Contrairement à mes habitudes, je reste en arrêt devant les touches de mon clavier… Commenter un roman de fiction, des nouvelles …c’est une chose. S’autoriser l’autopsie d’un tel récit en est une autre.

Aussi, pas –d’exercice de style- ici, pas d’analyse personnelle du fond et de la forme, rien de ce qui fait l’ordinaire d’une fiche de lecture. Parce que cette histoire est celle d’une femme en chair et en os et que cette femme, c’est l’auteur.

Ce qu’elle a subi, vécu, ce qu’elle a décrit, écrit, ne peut être dit que par elle. Il n’y a pas de place pour la discussion, la négociation, la critique littéraire même constructive. Comme pour tous les drames de l’existence, tous ceux qui marquent la chair et l’esprit, qui pèsent si lourdement sur les épaules des victimes, seule l’intéressée est en mesure d’en parler.

Qui se permettrait de juger ou de discuter des événements dramatiques qu’il n’a pas vécus ? Pas moi.

Laurence L livre son histoire, en révèle les tenants et les aboutissants, démonte le phénomène, met à jour les rouages, les engrenages du système, confie ses sentiments et ses émotions, affirme ses convictions et sa détermination.

Laurence L donne un grand coup de pied dans les portes bien verrouillées derrière lesquelles il ne faudrait surtout pas se cacher. Elle le fait pour elle, pour les siens, mais pas seulement. Elle le fait pour tous ceux qui acceptent de voir le monde autrement qu’à travers le petit bout de la lorgnette, et pour tous ceux aussi qui, directement ou indirectement, pourraient être, sont ou seront pris dans la toile d’araignée de l’intolérable, inacceptable, insupportable épidémie silencieuse qu’est l’inceste.

Savoir, c’est aussi se donner une chance de comprendre. Comprendre, c’est pouvoir s’élever, s’opposer, …se réveiller afin de pouvoir couper l’herbe sous les pieds du cauchemar. Plus largement, c’est donner une chance à -l’Autre- de n’être pas détruit…ou si c’est déjà fait, de pouvoir se remettre debout et parvenir à grandir, à construire…

L’empathie ne vous est pas étrangère ? Dignité, Humanité, Respect ne sont pas pour vous des concepts associés à des coquilles vides ? Suivez l’auteur, elle (L.) vous guidera sur le chemin de la compréhension, de la réflexion, sans tabou, sans vous laisser vous voiler la face, sans céder aux convenances. Elle vous dira ce qu’il faut que vous sachiez.

Un grand merci à cette auteur pour sa générosité, son courage, sa sincérité. J’espère que son livre sera lu, au-delà du petit cercle de ses amis et de ses proches. Comme elle le suggère elle-même, - Je ne suis personne- est en effet, j’en suis convaincue, d’utilité publique. Et c’est aussi l’œuvre de … - Quelqu’un -