Bob Boutique

J'ai lu.... "Orages"
de Céline Gierts

par Bob Boutique


J’hésite… j’hésite… je referme le livre dont la couverture ne m’emballe pas (mais bon, des goûts et des couleurs…) le pousse au bout de la table et l’ observe du coin de l’œil. Un petit bloc de 180 pages tellement bourré de sentiments qu’il devrait gonfler et paraître deux fois plus épais !

J’hésite.

Céline Gierts vient-elle de nous refaire un scénario de « Plus belle la vie » ou est-ce ainsi que les choses se passent quand une femme est amoureuse ?

Je réfléchis avec ma mentalité obtuse de mec un peu borné.

Quand une gonzesse a quelqu’un dans le cœur ou dans la peau, est-ce qu’elle y pense du matin au soir en soupirant comme une ado ? Est-ce qu’elle regarde dix fois par la fenêtre pour voir si éventuellement il ne passerait pas dans le coin ? Est-ce qu’elle élabore 36 stratagèmes pour se trouver ‘par hasard’ sur son chemin ? Est-ce qu’elle imagine encore et encore ce qu’il pourrait faire à l’ instant même ? Est-ce qu’elle espère en languissant que lui aussi pense à elle de la même façon et se morfond à longueur de journée ?

Hé bien OUI.

Même si ça ressemble à une grande symphonie de violons vibrants et larmoyants… OUI. Je crois que c’est ainsi que ça se passe et les mecs ne se rendent pas compte une seconde de la chance incroyable, inimaginable, qu’ils ont d’être aimé par une femme dont ils se souviennent d’abord qu’elle a de jolis seins, des jambes galbées, des yeux de biche, des lèvres comme un bouton de rose et un ventre qui renferme le paradis.

Logiquement j’aurais du arrêter après vingt pages. Pas de foot, pas de chapitres qui déménagent, pas de crime… rien que des sentiments, des émotions, de la confiture quoi… pourtant j’ai tout lu d’une seule traite, en cachette, un peu honteux d’être captivé par cette histoire où il ne se passe rien, sinon un orage mélodramatique que… ben oui… que j’aimerais bien revivre également.

Elle a trente ans, un peu plus, deux enfants en vacances dans la famille, et vient de perdre un mari qu’elle adorait. Le trou est immense, l’absence insupportable et elle erre dans sa villa en essayant de remplir la journée avec de petites tâches ménagères, parce qu’il faut bien faire semblant de vivre.

Puis soudain, elle aperçoit dans la champ qui jouxte le jardin, un jeune homme qui travaille en silence, sans se presser, avec des gestes précis. Il est grand, sans doute beau, à peine vingt ans et elle observe son manège… en fait, il l’attire. Au point qu’elle ose traverser la pelouse et se frayer un chemin dans les blés pour lui apporter une tasse de café.

Il la remercie poliment, lorsque l’orage d’été éclate, soudain, violent, un déluge qui les ramène en courrant à la maison…

La suite ressemble au départ d’un feu de forêt, une étincelle, un peu de fumée, des flammèches qui se répandent sur l’herbe sèche, puis l’embrasement inéluctable d’une passion qui sera peut-être éphémère. Car les enfants reviendront un jour avec la famille et que la vie s’embarrasse fort peu des sentiments.

Vous rendez-vous compte que jamais dans le livre, nous ne connaîtrons les noms des deux amants ni même à quoi ils ressemblent. Elle est jolie certes, mais est-elle blonde, brune, avec un point de beauté sur la joue ? On ne sait pas. Quant à lui, c’est le flou complet puisqu’il n’y a pas le moindre dialogue décrit.

Ainsi en a décidé Madame l’auteur.

Tout se passe dans le cœur, les yeux et l’imagination de l’héroïne qui parle, parle, parle, parle…. et analyse chaque seconde, chaque geste et chaque regard dans le moindre détail.

Le style est fin, élégant et je crois, très élaboré.

« Un rayon de soleil traversant les lamelles du volet projetait une échelle de lumière sur son mur blanc et la réveilla. » (p 33)

« On entendait le bruit de la pluie fouetter les vitres de la fenêtre en y formant de jolis dessins, trajectoires dont la forme était imprévisible. Comme sa vie à présent. Depuis toute petite, elle avait toujours aimé passer de longues heures à regarder la danse improbable que les gouttes formaient sur le verre. » (p 100)

Et puis, il y a une ambiance, un univers où les contrastes entre l’ombre et la lumière prennent toute leur importance, le dessin aussi, l’arôme du café, les épis de blé, les montagnes russes de l’émotion, l’horloge et le temps, interminable lorsqu’il est absent et trop court quand il est présent, et toujours cette impression d’être un pantin accroché à ses fils.

Je ne vous dirai pas comment cela se termine. Ou pas. Personnellement j’ai trouvé ça très classe.

Mais j’hésite.

C’est un livre étrange, vibrant, un livre de femme pour les femmes. Je l’ai lu d’une seule traite. Ne le dites à personne.