Bob Boutique

J'ai lu.... "Nouvelles à travers les Saisons" de Micheline Boland

par Bob Boutique


Micheline Boland, c’est un peu l’académicienne de Chloe des Lys. La liste de ses œuvres, prix et autres ateliers exige plus d’un écran d’ordinateur. Elle n’a plus grand-chose à prouver, que ce soit sur le plan du style ou de la construction des phrases. C’est une bonne élève, appliquée et respectueuse de la langue française. Mais est-ce bien important ?

Je vais vous choquer (et titiller au passage mon ami Olivier), mais Proust m’ennuie, Camus m’endort, Anatole France me plonge dans la torpeur… alors que Micheline m’attire, comme un aimant. Et le plus curieux, est que je n’arrive pas à me l’expliquer.

S’il fallait résumer ce recueil de 200 pages, je dirais ‘tout ce qui se touche, se vit et se respire’ (c’est d’elle), avec passion et déraison (c’est de moi.)

Des contes, dont je ne sais toujours pas pourquoi ils courent à travers les saisons, et qui mettent en scène des personnages qui ressemblent à Madame et Monsieur Tout le Monde.
Sauf qu’on s’aperçoit très vite que ces gens très comme il faut couvent en secret de sérieuses doses de folie ou de schizophrénie galopantes et presque toujours destructrices.

Micheline, c’est l’écrivaine du détail qui tue, du sentiment qui chancelle et des six sens qui enivrent. Six ? Voyons voir… il y a la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher… et le cœur bien sur ! Le tout dans une ambiance feutrée et retenue où la tristesse, la nostalgie de l’enfance et la solitude sont omniprésentes, dans une enveloppe (une chape peut-être) de petite bourgeoisie provinciale et de religiosité surannées.

La vue. Elle collectionne les miroirs et tout ce qui réfléchit ou grossit ces parties du corps qu’on ne voit jamais : le dos, les reins ou un point noir sur lequel elle fait une fixation.

L’odorat. Il vit la truffe en l’air, émerveillé par les senteurs qui l’environnent, l’encens, les lys, le citron et finit par se suicider avec un sac plastique rempli d’herbes aromatiques… Un texte en feu d’artifice, qu’on jurerait plagié sur le célèbre ‘parfum’ de Süsskind, alors que (j’en suis persuadé) Micheline ne l’a sans doute jamais lu.

Le goût. Elle est amoureuse de la nourriture et le foie gras à la confiture de figue, accompagné d’un petit muscat australien la fait grimper aux murs. Elle fait la connaissance d’un cuisinier, ça va de soi… La suite , calamiteuse bien sur, dans le livre.

Le toucher. Il ou elle (il n’existe malheureusement pas de neutre en français, comme le het flamand) n’est encore qu’une motte d’argile. Puis la main apparaît et se met à chanter sur elle pour la modeler.

Le cœur, toujours incompris, insatisfait et déçu car la passion est insatiable et n’admet que la perfection. Elle est mariée et aime un autre homme qui ne s’ aperçoit même pas qu’elle existe. Ca arrive tous les jours ? Sans doute. Peut-être est-ce pour cela que ce conte me touche tellement.

Et ainsi de suite, dix-neuf fois.

C’est un beau livre, formé de saynètes courtes et enlevées, pas vraiment noires mais toujours grises, croquées au fusain, chargées d’émotion, et voluptueuses. Oui voluptueuses, un adjectif qui va bien avec la mort.

Ca ne se lit pas d’une traite, mais par petits bouts, comme une barre de chocolat qu’on grignote pour faire durer le plaisir