François Martini

J'ai lu.... "Léna, une rencontre"
de Claude Colson

par François Martini



Claude Colson, connu comme Monilet sur les forums, est rien de moins que l'inventeur d'un genre romanesque nouveau : le roman « à la Monilet », composé d'une nouvelle, d'un recueil de poèmes et d'extraits de journal intime. Monilet est poète, ce qui me gêne beaucoup pour commenter ses livres, mais j'ai promis un commentaire de Lena, le voici.

Lena est le second roman « à la Monilet » de l'auteur, et de l'histoire de la littérature sans doute. Le genre n'est certainement pas abouti, mais posséder cet ovni romanesque est une bonne chose : il est extrêmement original et, si l'on pouvait dire cela du précédent, je crois que Lena est plus maîtrisé que Saisons d'une passion, le premier du genre. [NDLR : voir Le Bibliothécaire 4/2009]

Dans les deux cas, c'est un roman immobile : l'aventure amoureuse est terminée au moment où débute le récit. Tout est dit dans le ton du souvenir et du regret, parfois du désespoir. L'art de Claude Colson tient dans la justesse d'un langage précieux, dans le choix de mots exquis, dans l'exploration systématique de la détresse morale de l'amoureux abandonné.

L'ensemble est très proche de, par exemple, Les tourments du jeune Werther. Quand on sait que Claude Colson est féru de littérature allemande, ce n'est pas si surprenant. Il y a du Sturm und Drang chez cet homme-là.

Lena a l'avantage sur Saisons de proposer quelques éclaircies dans un paysage amoureux très sombre. Claude Colson traite de l'ensemble de la liaison entre le narrateur et son amie d'un temps. On peut errer dans ce livre, sans le lire dans l'ordre, et passer sans cesse du court récit d'introduction aux pages du journal, puis aux poèmes. Trois éclairages différents, trois manières, et, toujours, une maîtrise admirable de la langue.

C'est comme une douceur amère. Tim Burton, le cinéaste, disait, dans une interview, à propos de Charlie et la chocolaterie, qu'il n'aimait pas ce qui était trop sucré et qu'il préférait un peu d'amertume en tout. Ici aussi, les goûts sont intimements mêlés. Les titres des poèmes sont éloquents : Rage impuissante, suivie d'Un baiser, ou Ivresse, puis Retenue, puis Misère, puis La fin.

J'espère quant à moi que Claude Colson finira par éponger ses tourments amoureux et adaptera sa manière unique de roman en triptyque à d'autres sujets. Allez, poète, écris-nous un roman d'espionnage « à la Monilet !