Alain Magerotte

J'ai lu.... "L' homme debout"
de Barbe Perrin

par Alain Magerotte



« Il y a quelque chose de pourri dans le monde de la Finance », ainsi aurait pu parler Chèquespeare… Tiens, à propos du dramaturge anglais, il paraîtrait que ce ne serait pas lui le «père de son œuvre» mais un gars qui aurait tout écrit sous ce pseudo.

Par contre, ce qui est vrai, rigoureusement vrai, c’est que Barbe Perrin écrit sous le nom de Barbe Perrin, autrement dit : Barbe Perrin écrivain et Barbe Perrin dans la vie ne font qu’une seule et même personne ! Et ça, fallait le dire !

Comme il faut souligner qu’elle écrit bougrement bien la bougresse. J’avais déjà apprécié SECRET(S) et ABSENCE(S), ses deux premiers romans, j’ai beaucoup aimé L’HOMME DEBOUT.

Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’un homme debout ?... Un type qui n’a pas trouvé de place assise dans le tram ? Que nenni, mon bon Monsieur, c’est beaucoup plus subtil que ça.

Achaire Dambroise (c’est son nom) travaille pour le compte d’un mastodonte de la Finance. Nous sommes ballotés entre New York (maison mère) et Bruxelles (petite succursale belge).

Même si l’action ne se déroule pas à Dallas, l’univers dans lequel évoluent tous ces personnages est impitoyable… Les chefs ont tout compris; pas besoin d’arme compliquée pour faire marcher (courir ?) leur petit monde, la peur suffit. Sans oublier cette bonne vieille méthode consistant à diviser pour régner. Conséquence, on a droit à la panoplie complète de faux-culs, de faux-jetons, de faux-sourires mais de vrais coups de Jarnac.

Afin de ne pas en dire trop mais juste assez pour vous mettre l’eau à la bouche, Achaire, l’homme debout, pose un acte courageux. C’est d’autant plus courageux de la part de ce vieux briscard qui connaît la musique (c’est peut-être déjà lui qui jouait du piano…) et qui sait donc le(s) risque(s) encouru(s).

A part Achaire, il y a d’autres touches d’humanisme dans ce monde implacable (ouf, ça rassure) comme Lili Bols qui en aura peu lorsqu’elle émettra, timidement, son désir de travailler à Bruxelles. Lili et son boy-friend Heiko qui n’est pas très ponctuel (N’aurait plus manqué qu’il s’appelle Seiko…)

Et puis… Et puis… il y a Joske (Jos Vangerven), patron de la petite succursale belge.

Un Joske tiraillé entre deux époques. D’une part, notre homme est ancré dans la réalité d’un présent où l’on ne fait guère de sentiments; d’autre part, on sent Joske attaché (voire imprégné) de l’humanisme d’un grand-père, jadis propriétaire d’une usine de textile. Je ne résiste pas à vous faire goûter à la saveur de la juste pensée dudit grand-père :

"Je donne du travail aux gens et je ne le reprends pas. Reprendre, ça ne se fait pas. Je possède des machines mais je ne possède pas les gens. Les gens viennent chez moi parce que j’ai des machines sur lesquelles ils peuvent travailler… … Mais si je suis propriétaire des murs, je ne suis pas propriétaire des gens, de ce qu’ils sentent dans leurs cœurs, de ce qu’ils pensent dans leurs têtes. Je ne me sens pas le droit de mettre quelqu’un à la porte pour ce qu’il dit, pour ce qu’il pense, car qui suis-je pour juger ?"

Magnifique, non ? On devrait inscrire cela aux frontons des usines, des banques, des multinationales, etc…

Non Joske, t’es pas tout seul, tu vois, tu prends ta retraite et ils sont venus, ils sont tous là… mais ça, c’est une autre chanson, une autre histoire car, ton remplaçant, Jean-Odilon de Rustyne, c’est pas un marrant. Le prototype même de l’arriviste !

Un sale mec ! Tiens, Rustyne, je t’en colle une ! Quoi, t’as rien senti ? M’étonne pas, t’es un insensible. Tu ne perds rien pour attendre, mon salaud, car tu en croiseras d’autres dans ton genre durant ta carrière. C’est tout ce que je te souhaite.

En tout cas, nous n’irons jamais manger des frites ensemble sur la Place Jourdan à Etterbeek même si Barbe décrit si bien (et procure donc l’envie) ces soirées où l’on se laisse bercer par une bise légère transportant les effluves dégagés par la meilleure friterie du pays.

Enfin, je terminerai par cette réflexion de la page 104. On la doit au personnage de Margot qui s’adresse à Achaire : i>"Chef… tu ne trouves pas cela bizarre qu’il faille des chefs ? Des chefs qui te donnent des ordres, qui t’évaluent, te jugent, te gardent ou te foutent à la porte… quand j’ai quitté l’école, je croyais enfin entrer dans un monde où on ne me noterait plus. Un monde sans stylo rouge…"

J’adooooooore ! Comme dirait Gonzague… celui d’Uccle, pas d’Etterbeek.

Ce roman mené tambour battant qui relate donc les relations humaines et professionnelles au sein d’un mastodonte de la Finance est une réussite B.B. (Barbe Perrin). Alors, à quand le prochain ? J’ai hâte de le découvrir.