J'ai lu.... "La Gloire Amoureuse"

de Daniel Plasschaert

par Bob Boutique



Je ne le trouve pas mal cet opuscule de 60 pages, avec sa couverture originale représentant la photo floue et mystérieuse d’une jeune femme qu’on devine nue. On va d’ailleurs la retrouver tout au long des pages, dans des clichés si discrets et brumeux qu’ils pourraient passer pour de l’abstrait.

Soit, ouvrons le bouquin. On y trouve 25 poèmes qui parlent tous de l’amour et de la femme ( à moins que ce ne soit d’ une femme ? ) dans une typographie curieuse mais élégante. Un bouquin assez beau en définitive… tout comme son prix, 14.40 euros !

A mon avis, peu de monde acceptera de dépenser une telle somme pour un livre si mince, sauf bien entendu les amis et ceux ‘qui savent’. Déjà que la poésie est très difficile à faire lire et vendre ! Ca me rappelle les mini recueils que Laurent réalise en format A6, avec une jolie couverture plastique transparente et qu’il réussit à vendre aux alentours des cinq euros ! Voila peut-être la bonne formule ?

Ce n’est qu’une idée, comme ça… je ne suis pas éditeur et n’ai aucune envie de le devenir. Pas fou.
L’auteur ? C’ est Dan, et Dan c’est… un personnage. Un physique de bluesman à la Joe Cocker, un excellent guitariste, un peintre qui vend ( uniquement des plantes et des légumes ), un écrivain, un gars un peu bourru, torturé peut-être, discret, qui parle trop peu de ce qu’il fait et en tous les cas l’exact contraire de l’avatar qu’il vous propose sur le forum avec son ‘amiral Danofsky’, cette espèce d’éphèbe romantique en chapeau buse.

Ha ! J’oubliais… c’est aussi un poète. Un vrai de vrai. Enfin, je le crois.

J’ai lu attentivement sa ‘Gloire amoureuse’ et très sincèrement j’ai été subjugué par ces textes, emporté . Ce n’est pas un critère m’ objecterez vous, puisque tout le monde sait que je n’y connais rien et que même une chanson de Frédéric François est capable de m’ arracher des larmes !

Peut-être. Disons que c’est précisément parce que je n’y connais rien, que je peux commenter sans risquer de me désavouer ou de tomber d’un quelconque socle d’intellectuel. La plupart des poèmes passent au dessus de mon crâne comme un vol d’étourneaux piailleurs. C’ est vrai. Mais ceux de Dan m’émeuvent. C’est comme ça. J’ai envie de les apprendre par cœur ou de les mettre en musique, ce qui me paraît périlleux car ce sont vers libres.

Quelques exemples :

‘… le pendule de cuivre dans son balancement de chaises renversées.’ ‘L’ espace s’évanouit. Et l’angle de la pièce replié dans ses yeux, se souvient d’une présence.’ ‘Immobile sur le lac supérieur de la pensée, il écarte le ciel saigné à blanc comme un trou laissé vide.’

Et ces mots que l’auteur a choisis pour titrer son livre : ‘… des serpents surgissent de l’antique gloire amoureuse.’

En lisant ces poèmes, j’ai eu l’impression d’entrer dans la cathédrale gothique, en ruines, du cerveau de l’ amiral.

Pourquoi gothique ? Parce qu’ à longueur de pages des mots comme temple, guerrier, réceptacle, autel, adversaire, serment, masque, sentinelle, dieu de bronze, tour, marbre, pilier etc… reviennent régulièrement. Comme si l’existence était un combat, le quotidien une sorte de marais ‘Sous la surface l’air est saturé de mauvais rêves’, le monde une nuit sans fin. Pas une seule fois, je n’ai noté les mots ‘soleil’ ou ‘lumière’.Tout se passe dans l’ombre, dans des caves et la clarté ne s’immisce que par les soupiraux.

Pourquoi en ruines ? Parce qu’il se dégage de ces odes un profond sentiment de solitude et l’image d’un être non pas écrasé, mais fatigué par la vie, un personnage qui se présente volontiers comme un joueur et rêve un amour déchu… ou déçu… ou égaré… ou impossible. ‘A quoi bon pleurer encore, tu t’en iras comme je m’en suis allé.’

Cette ‘Gloire amoureuse’ est en fin de compte peu glorieuse mais Daniel Plasschaert nous prévient sur la page de garde de son recueil :

‘Le visage de Dieu m’est caché, la beauté m’est voilée, Alors pourquoi voudriez –vous que je sois heureux aujourd’hui’.

Je referme le recueil et glisse un CD dans l’appareil. Un disque de blues.