Bob Boutique

J'ai lu.... "L'Eternité pour Moi" de Jean Vigne

par Bob Boutique



Hé bien, je me suis bien amusé ! Autant qu’ à la lecture de l’autre ouvrage de Jean Vigne, ‘Pensées Noires’ dont je vous ai parlé il ya un an. C’est de la même veine. Le premier était plus dans le film d’horreur et celui-ci plus dans l’action, une espèce de mélange de Jules Verne pour le style et de la Planète des singes pour le récit. Mais on reste dans le même canevas.

Ca se passe à Grenoble, avec des savants fous et des flics un peu perdus ( ici une fliquette ), ça démarre dès la première page à du 100 à l’ heure, comme dans les thrillers américains et on joue avec le spatio-temporel, style : je suis tombé dans un trou noir et me retrouve quelque part ailleurs.

Mais parlons d’abord de l’objet.

260 pages. Une couverture qui accroche ( suffit de voir l’habillage de ce forum réalisé par le même Jean pour comprendre ), des photos surexposées entre les chapitres, comme des dessins à l’encre de chine, une typo soignée. Rien à redire.
Je n’ai trouvé que deux fautes d’orthographe. Une à la page 87 (‘têtu’ au lieu de ‘têtue’) et l’autre à la page 94 (‘plongez’ au lieu de ‘plongé’). Mais je me dépêche d’ajouter que je suis plutôt nul en la matière. Puisque je fais corriger mes propres textes par ma copine Anaïs, qui s’arrache les cheveux parce que je réédite constamment les mêmes erreurs et ce, malgré ses longues explications grammaticales. Soupir.

Petit regret : pas de biographie, pas de photo de l’auteur ni de relevé des autres livres déjà parus… autant d’infos pourtant utiles, surtout si on sait que l’ami Jean a déjà 19 romans, pas tous publiés, dans ses tiroirs.

Autre petite mise en garde. Tout comme chez Chantal Adam et Alexandre Dumas, il y a toujours beaucoup de monde dans les œuvres de Jean Vigne. Neuf personnages rien qu’à la page 34 ! Il est donc prudent de prendre des notes, au risque de ne plus savoir qui est qui. Soit.

Ceci étant dit, l’histoire démarre au quart de tour.

Quatre spéléos descendent dans une grotte du Vercors et découvrent, emmuré dans une coulée de glace qui date de 10.000 ans, le corps congelé d’un humain. Jusque là, c’est intéressant mais pas exceptionnel. Sauf si on ajoute que le mec porte au poignet… une montre swatch !

Au même moment, un professeur grenoblois qui effectue au Synchrotron des expériences de physique quantique, est pris à partie par une mystérieuse secte de cagoulards qui n’hésite pas à assassiner son assistant pour empêcher ces scientifiques de jouer avec le temps !

Et tout ça aboutit sur le bureau d’une jeune lieutenante de police, la jolie Amandine, qui deviendra rapidement l’héroïne centrale du bouquin et disparaîtra en cours d’enquête avec le prof dans un vecteur spatio-temporel. Un grand flash qui les téléporte dans le passé, en 500 avant Jésus-Christ, à une époque où Grenoble n’était encore qu’un village celte du nom de Cularo. Rien que ça !

Mais il y a autre chose qui m’interpelle. Jean Vigne réussit ce tour de force, qui consiste pour un auteur masculin à se glisser dans la peau d’une gonzesse et à la faire vivre, parler, s’habiller etc… comme si c’était écrit par une femme ! Et c’est crédible. Personnellement ça me sidère, car j’en serais tout à fait incapable.

‘L’ Eternité pour moi’ s’articule donc en deux parties, de longueur plus ou moins égales. L’enquête policière et ses développements qui se déroule à notre époque. Puis, après le grand saut vers le passé, un récit historique tout aussi passionnant qui rejoindra le premier à la fin du roman et expliquera tout.

Ah la là. Je me suis bien amusé et ai lu le tout d’une seule traite, comme au ciné. En me retenant, pour aller faire pipi après la séance.

En fait, ce livre me fait songer à ces auteurs américains ( et depuis peu aussi quelques français : Musso, Grangé, Chattam ) qui écrivent comme on rédige un scénario de film, avec des découpages nerveux, des descriptions courtes et dynamiques, de nombreuses références à l’actualité, une connaissance pointue et bien documentée de leurs sujets ( la spéléo, la civilisation gauloise… ) et des dialogues vivants. Chaque chapitre invitant le lecteur à poursuivre immédiatement la lecture du suivant, au risque de plonger dans une profonde dépression.

Autre trait caractéristique du genre: les histoires multiples qui se déroulent en même temps et dont le puzzle, on le devine, nous mène droit vers un dénouement en forme d’apocalypse ou de happy end ? pas moyen de le savoir avant de lire les dernières pages.

Je précise ‘dernières’ au pluriel, car il m’ a semblé qu’à la fin l’auteur avait bien du mal à terminer, comme s’il n’arrivait plus à se séparer de ses héros. Personnellement, j’aurais clôturé dix pages plus tôt. Mais bon… là, je pinaille.