Bob Boutique

J'ai lu.... "Errances" de Daniel Stir

par Bob Boutique



Je vous avais promis de parler de Daniel Stir, décédé voici peu des suites d’une longue maladie. C’est ainsi qu’on dit généralement pour ne pas prononcer ce putain de nom de merde qu’est le cancer !

Daniel, je l’avais vu à différentes reprises lors d’une séance de dédicaces ou à l’ occasion du Festival des Contes de Surice. Impossible de le rater, avec sa longue chevelure sombre, sa barbe hirsute et sa démarche bizarre, un peu voûtée. Est-ce pour cette raison que je n’ai pas osé ou pris la peine de l’aborder ? En tous les cas, je m’en veux et c’est un peu pour cela que j’ai tenu à lire une de ses œuvres. Comprenne qui pourra.

« Errances » est un bel objet ( 200 pages – 17.40€ editeur : Chloe des Lys ), bien imprimé, avec une couverture attirante dont on regrettera cependant qu’on ait repris la même cliché pour le verso. Le pitch est clair, mais on aurait pu joindre une courte biographie à côté de la photo de l’auteur. Pas d’adresse mail ni de site, mais je doute que le personnage en ait jamais eus.

Attention ! Ce n’est pas un roman mais un recueil de trois pièces de théâtre qui sauf erreur n’ont jamais été jouées.
« Errances » est la première et là je pose immédiatement la question : une pièce de théâtre est-elle écrite pour être lue ? Non, à l’évidence. C’est fait pour être joué, vu et entendu. Mais bon… pour qu’un producteur accepte un beau jour de financer et monter une pièce, il faut bien qu’il la lise au préalable. Alors tant qu’à faire, autant que ce soit dans un bouquin.

Soit. Mais est-ce agréable à lire ? hé bien je vais vous étonner, mais c’est assez facile. D’autant plus que l’auteur commence par décrire avec minutie ses personnages, leurs liens de parenté, leur allure, les vêtements qu’ils portent et poursuit avec toute une série de considérations techniques précisant très clairement les décors, la lumière et même les musiques qui accompagnent le spectacle.

Et c’est vivant, bien enlevé et relativement moderne. Je ne sais pas pourquoi, mais j’imaginais un style plus ampoulé et littéraire. Comme quoi on se fait très vite des caricatures.

L’histoire ? Une famille de gitans s’est installée avec ses roulottes sur un parking isolé à proximité d’un village, dont les habitants ne voient pas ces nouveaux arrivants d’un très bon œil. Classique. Le patriarche de la tribu, qui constitue le personnage central de la pièce et ressemble furieusement à Daniel Stir lui-même, essaie d’arrondir les angles, ce qui ne va pas sans peine. Car on déplore différents vols dans la région. Nos gitans n’y sont pour rien, mais les soupçons se portent sur eux et le camp reçoit bientôt la visite du garde-champêtre, de l’assistante sociale de la commune, d’une espèce de journaliste etc…

Je ne vais pas vous raconter ici les péripéties par le menu. Mais je ne vous cache pas que j’ai été tout à fait désarçonné, en constatant qu’à l’ instant même où l’action commençait à se développer et l’ intérêt à titiller … que la pièce se terminait. La tribu lève la camp et décide d’errer plus loin. Time. Je me suis même demandé si les deux autres pièces du livre ne formaient pas la suite de ce qui ne constituait qu’un premier acte. Non. Le rideau tombe, on rallume les lampes dans la salle et chacun attend dans son fauteuil une suite qui semble évidente, mais ne viendra pas.

Bref, ça ressemble fort à une œuvre inachevée et le fait qu’elle n’ait jamais été interprétée ne me permet pas de tirer d’autre conclusion. Sinon que, vu le nombre de personnages ( une vingtaine et même un groupe d’enfants ), il est peu probable que Daniel Stir ait trouvé facilement un promoteur prêt à investir dans une telle œuvre.

Pourtant, le texte des dialogues coule de source. Il sonne vrai, naturel et l’action ne ralentit pas un instant. Elle s’arrête, c’est tout. Le talent est ( était ) donc là. Mais nous ne saurons jamais jusqu’où il aurait pu mener cet auteur discret, étrange et qui, semble t-il, n’a jamais connu d’autre occupation ( profession ? ) que celle d’écrivain. Avec toutes les restrictions financières que cela implique, lorsqu’on a pas eu la chance d’être célèbre.

Je regrette. J’aurais aimé en savoir plus. C’est trop tard. La page est tournée.