Bob Boutique

J'ai lu.... "Errance chimérique en Ataraxie"
de Anne Soophie Malice

par Bob Boutique

Keskeçaveutdire ? Voila la première question que je me suis posée en prenant ce bouquin en mains. Alors j’ai un peu cherché sur Google et ailleurs ( car il faut toujours vérifier ce qu’on lit sur le net ) pour apprendre enfin que l’ ataraxie c’est la quiétude, l’absence de troubles, de souffrance… mais également l’indifférence. Tout un programme.

C’est un bel ouvrage d’une centaine de pages, avec la photo d’une belle jeune femme que je suppose être l’auteuse ( je suis un grand féministe ), qu’on retrouve par ailleurs au verso avec un nez rouge, ce qui me la rend immédiatement sympathique. Mais pas de biographie ( ce que je trouve dommage ) et en page de garde un long sommaire un peu lourd que personnellement je ne trouve pas très utile et préfèrerais voir à la fin. Mais bon…

Impression très correcte et amusante, car Anne Sophie a mélangé 36 typographies différentes avec des caractères de toutes les tailles, sans doute pour bien affirmer le côté léger, humoristique et parfois un peu fripon de cette errance qu’elle conjugue en une trentaine de poèmes très courts. Mais je ne suis pas dupe. Le petit sac à Malice qui se cache derrière ces crochets n’est pas seulement une personne pleine d’esprit. C’est aussi ( je peux me tromper ) un être déchiré qui rit pour ne pas pleurer. J’y arrive.
D’abord le terme ‘crochet’. Je l’ai découvert sur le site de l’auteuse bien avant qu’elle n’ait publié et tout de suite j’ai été conquis par ces petites phrases assassines qui me font penser aux réflexions pleines de bon sens du chat de Geluck, avec une amertume en plus.

Tenez, je vous donne quelques exemples récents :

‘Les gens censés parlent. Les abrutis gueulent. ‘ ‘Ce que j’aime chez les autres, c’est que justement, ils ne sont pas moi.’ ‘Les hommes préfèrent les blondes, pour se sentir moins cons.’ ‘L’infidèle, l’autre pas.’ Etc…

Si son livre est de la même verve, me suis-je dit, je vais m’amuser. Il l’est. Drôle, désopilant, facile à lire, jamais trop long et… triste. Oui, triste. Mélancolique et parfois même poignant, mais uniquement entre les lignes.

Je vous ai déjà expliqué ici la différence qu’il y a ( selon moi ) entre un écrivain de romans ou de contes et un poète pouet pouet. C’est que le premier se déguise pour raconter son histoire. Même si c’est la sienne, il pourra toujours se cacher derrière son personnage. Le poète, lui, ne peut pas tricher. Qu’il versifie sur la neige en hiver ou les papillons, c’est toujours de lui qu’il parle, de ses sentiments, de son mal ou de sa joie de vivre. Il se dénude. Et s’il ne le fait pas, que ce soit par pudeur ou discrétion, il y a beaucoup de chance pour que son texte rate sa cible.

Quand Anne Sophie écrit avec virtuosité et en se jouant des mots, des crochets à la Prévert du genre ‘un conte de fêlés’, ‘une catastrophe se planque sous un Ferrero rocher’, ‘un couteau P’tit suisse’ etc… on sourit, on rigole et on l’imagine l’œil pétillant. Mais quand on note quelques pages plus loin d’autres lignes plus troubles comme : ‘j’applaudis les poings serrés’… ‘main dans la main avec moi-même’…’une camisole de force8’… ‘le prince Atroce et la princesse Andouille’… ‘ma démesure n’a pas de prix… ‘l’atroce part de moi-même’…‘je suis une vaste blague, un rictus en coin’, ou encore plus interpellant : ‘pas de mari, pas d’enfant, pas d’épaule où poser la tête’…on s’interroge.

Qui est la vraie Madame Malice ? Celle qui rit ou celle qui pleure ? La ‘gavroche videuse de truites’ qui a ‘une vraie tête de pioche’ ou celle qui ‘a un grand nœud à l’estomac’ et ‘suce le temps jusqu’à l’os’ ?

Jai encore noté tout au long de ce recueil l’évocation régulière d’un homme plus âgé, qui pourrait être son père , écoute avec le cœur et regarde avec deux têtes de plus… Quelqu’un qui a des yeux noisettes à croquer, à craquer, fait tanguer son cœur et l’élève au niveau de ses incertitudes et de leurs trois têtes d’intervalle.

Quelqu’un qui pourrait combler sa déchirure et l’emmener vers l’ataraxie, l’indifférence en moins ? Ce n’est pas le propos et ça ne me regarde pas.

Mais quand je vous disais que la poésie est traitresse et impudique…

Je n’écrirai jamais de poèmes. Mais en lirai encore beaucoup, s’ils sont de ce niveau.

Dois-je me répéter et m’étonner une xième fois devant le flair de ce mystérieux comité de lecture qui préside aux destinées de Chloe des Lys et trouve de tels talents ?