Bob Boutique

J'ai lu.... "E16"
de Christine Brunet

par Bob Boutique

Autant vous prévenir d’ emblée, je suis incapable de parler objectivement de Christine Brunet !

Un, parce que je suis fan et deux, parce que nous avons l’insigne honneur, Poussin et moi, de la connaître personnellement. Mais je vous promets néanmoins de rester honnête.

Christine est une auteur de thrillers. Point. Ne la comparez pas à Mauriac, Yourcenar ou tout autre écrivain respecté et respectable… elle, son truc c’est le roman d’aventure à l’américaine, avec des dialogues vivants, des phrases courtes et bien balancées et une intrigue qui vous prend à la gorge dès la seconde page du livre, vu que la première est généralement blanche.

Tout ça à du 200 à l’heure, avec des sauts de puce des Iles sous le Vent à Londres, en passant par la Suisse, la France etc… en fait, vous pouvez suivre son histoire sur Google-earth et même Google-street car toutes les descriptions de villes, rues et autres quartiers interlopes sont d’une exactitude de GPS.

Elle m’a dit un jour, dans une interview d’ ACTU-tv que nous réalisions sur un volcan d’ Auvergne ( je vous jure que c’est la vérité ) que la réalisation d’un livre lui prenait généralement six mois, deux pour écrire et quatre pour se documenter. Voilà l’ explication.

Bref, c’est du James Bond ou du Largo Winch, sauf qu’ici l’ héros est une héroïne qui passe vraiment de très mauvais quart d’heures là où Bond se relève avec une mèche qui dépasse. Ajoutez à ça qu’elle aime comme une folle un mec qui est, soit la pire crapule qu’on puisse imaginer, soit l’aventurier le plus craquant et trouble qu’une commissaire de police puisse rencontrer dans ses enquêtes… et vous comprendrez pourquoi un Brunet n’a rien à voir avec les thrillers classiques.

En fait, ça fait quatre bouquins que ce « je t’aime, moi non plus » dure et la pauvre Axelle de Montferny ( c’est son nom, enfin un de ses noms, vais quand même pas vous dévoiler le scénario ) n’arrive pas à se décider. Les grandes amours sont parfois les plus contrariées.

Non, je ne vais pas vous raconter l’ histoire d’ E16. Ca bouge tout le temps, on croit avoir compris puis tout bascule et on repart à zéro. Et comme ça jusqu’à la fin, avec un bluff magistral en milieu de récit et une dernière entourloupe à la dernière page, comme d’hab. Car Christine s’arrange toujours pour vous appâter et vous inciter à attendre le prochain livre. C’est de bonne guerre.

Sachez seulement que ça se passe en haut lieu, entre le FSE, une sorte de CIA européenne que dirige le grand amour d’ Axelle, Nils Sheridan, un ancien de l’ IRA et le SPIE qui est la police des polices ou si vous préférez les bœufs carottes du FSE , dont la Boss n’est autre que... notre femme commissaire.

Alors quand les émissaires de la Commission européenne viennent trouver Axelle pour lui demander d’enquêter sur son ancien amant… on sent que ça va faire des étincelles. D’autant plus qu’on reproche à ce charmant garçon du traffic de drogue et des assassinats en cascade, des collègues de son service, quelques dealers et une petite dizaine de jeunes femmes…

Ca fait beaucoup pour un seul homme et Axelle se demande si on n’ a pas tendu un piège à son ex grand chéri ? Mais qui, pourquoi, comment ? Et la voilà partie à la poursuite d’ une vérité qui ressemble à un puzzle composé de petits cartons ronds et carrés. Ce qui lui prendra 201 pages.

Mais quelle misère ! La pauvrette devra descendre dans les égouts de Londres pour répondre à ces questions, patauger dans la merde et découvrir des horreurs qui me font penser que l’auteure ne doit pas être tout à fait saine d’ esprit ou mériterait au minimum une analyse approfondie auprès d’un praticien expérimenté.

Soit. Elle en sortira ( car c’est la règle du jeu et qu’on aura encore besoin d’elle dans les romans à venir ) mais dans un état que je vous laisserai découvrir .

Vous n’avez rien, compris ? C’est normal, je dirais même que c’est le but . Vous traîner d’une page à l’autre, la langue pendante, avec en musique de fond le fameux Zorro d’ Henri Salvador : « Et après ? Et après ? Axelle est arrivée…. »

Dans ce genre de bouquins l’action passe avant la littérature. Des paragraphes courts, des chapitres qui s’entrechoquent et des dialogues percutants. Si vous ne jurez que par « Le Petit Prince », oubliez… Pourtant ne vous y trompez pas.

Christine Brunet est une vraie écrivaine qui arrive à vous croquer un décor en cinq lignes tellement justes qu’on voit, comme dans un film. Un petit aperçu ?
« le vaste terrain occupé par l’entreprise de démantèlement et de réfection de petit tonnages était vide et morne sous le soleil bas de fin de jour. Des tas de ferrailles, des Algeco tout au fond, un bateau en attente de carénage et, dans l’eau, plus près, la carcasse à moitié rongée par la rouille d’un bateau militaire décapé. Un peu plus loin, un ponton déglingué, des piquets en fer disséminés sur les berges inondées, des affleurements de vase… »

Ben et E16 alors ? C’est dans le livre. Y’a qu’à lire.

Voilà j’ai adoré, me suis bien amusé et attend le suivant.