Edmée De Xhavée

J'ai lu.... "Deux cafés sans sucre"
de Franck Pélissier

par Edmée De Xhavée

J’ai relu Deux cafés sans sucre de Franck Pelissier.

Relu, car lors de la première lecture, deux sensations se sont opposées. Bien écrit. Très bien, même. Mais le héros… quel salaud ! Oh, il n’est pas un vrai salaud, pas un irréductible, mais il est juste ce genre d’homme à propos duquel mères et meilleures amies crient casse-cou à qui s’est fourvoyée dans sa vie.

Parce qu’on sait qu’un jour ou l’autre, il y aura des valises faites en larmes et des portes qu’on claque. Du charme, il en a ce héros, aussi crier n’a pas servi à grand-chose pour sa compagne. Ni à l’autre … Car il a le cœur entre deux femmes dès le début du livre.

Mais comme il n’y avait pas que cette histoire d’homme qui n’a pas su dire qu’il aimait quand il en était temps et le hurle vingt ans trop tard, j’ai laissé reposer la chose, ai respiré un bon coup, et je l’ai relu.

C’est un tout bon livre, avec un fond sonore remarquable, si bien planté que l’on croit entendre la respiration du jazz : son du saxo, effluves de bière, rires épars ça et là, les solo majestueux, la sueur qui parle de nuit qui s’avance, de plaisir, d’amis.
On voit la lumière or et bleue qui borde les contours d’un joueur de trompette, et la fumée de cigarette ondoie comme un brouillard d’Avallon. Franck nous décrit tout ça d’un jet spontané et précis. On s’y croit, on y est.

Et on suit Marc, la vie qu’il se résume sans pitié pour lui-même. Bien remplie, mais soudain si vide lorsqu’il revoit Mary, l’amie de jeunesse.

L’amie. « Il y a forcément un moment où l’intimité prend le dessus, se fraie un chemin, et où les sourires cèdent la place aux caresses. Cet instant fatidique où les corps s’enflamment, où les amis deviennent amants. Et comme les amants ne peuvent jamais redevenir vraiment des amis, le jeu est risqué. On se retrouve sur le fil du rasoir et on sait bien qu’on ne pourra pas tenir longtemps dans cette inconfortable posture. Soit on tombe d’un côté, soit de l’autre. Dans les deux cas, on n’en sort pas indemne ».

Sa souffrance est sincère, tout comme sa confusion effrayée. Il crâne, à force d’autodérision et d’excès, mais son bluff est noyé d’amertume. Il semble qu’il se regarde dans le miroir et ne voit personne.

Beaucoup d’humour, l’humour amer de Marc, l’humour plus décidé de l’auteur aussi. C’est intense, sincère, et finalement, nous avons tous connu des Marc et des Mary. Peut-être même en avons-nous été.

Je l’ai lu il y a un an et demi. Et j’ai eu envie de le relire. Je ne l’ai pas regretté.