Bob Boutique

J'ai lu.... "De bric et de broc"
de Philippe Cohen

par Bob Boutique



Je voudrais tenter aujourd’hui un exercice bien difficile, pour moi en tous les cas : parler d’un auteur qui m’a réellement intéressé, mais dont le livre m’est apparu comme une véritable calamité ! J’explique bien sur.

Vous savez que je n’ai pas l’habitude de critiquer une œuvre littéraire. Pour la simple raison qu’ un avis est toujours subjectif et qu’un livre est le plus souvent le résultat d’une somme de souffrance, de rêves et d’espoirs qui mérite le respect. Si je n’aime pas, je n’en parle pas. C’est aussi simple.

Avec ‘De bric et de broc’ je suis coincé. Mais laissez-moi d’abord vous raconter une histoire.

J’ai rencontré Philippe Cohen en mai dernier, à la foire du livre de Schaerbeek, où je faisais le pitre, comme d’habitude, histoire d’oublier qu’on ne vend pratiquement rien dans ces manifestations et qu’il vaut mieux contre mauvaise fortune faire bon cœur. Soit.

Philippe est un homme discret, très discret, trop discret, participait pour la première fois à une séance de dédicaces et se demandait sans doute avec consternation si j’étais vraiment un auteur ? Il était assis à une chaise de moi et je dois vous avouer que je n’ai même pas pris la peine de saisir son livre en main… comme un papillon attiré par la lumière, j’avais le regard tourné vers celles et ceux qui faisaient du bruit.

Puis le temps passa.

Un jour que je vaquais dans ma librairie, Philippe est entré , toujours aussi modeste et effacé, pour me demander si je voulais bien accepter un dépôt ( quatre livres ), car il ne vendait pas beaucoup. Bien sur, lui dis-je en déposant les ouvrages sur un coin de mon bureau, où je les oubliai aussi vite, occupé sans doute par 36 autres problèmes.

Deux semaines plus, lorsqu’il repassa ( à pas feutrés ) pour prendre des nouvelles, ils étaient toujours à la même place. Et là, je m’en voulu, car mon attitude était précisément celle que nous regrettons chez certains libraires peu ouverts et pas toujours collaborants !

Après son départ et des explications embrouillées, je pris donc ‘De bric et de broc’ en main et le retournai pour lire ce que l’éditeur en pensait. Rien. Pas une ligne. Un peu surpris, j’ouvris alors le livre et tirai des yeux comme des ronds de flan ! L’ouvrage ( une centaine de feuillets ) était imprimé uniquement du côté droit et la typographie passait d’un caractère maigre à une police grasse à partir de la page 56 ! Les distances entre les paragraphes variaient constamment, les titres des différents contes étaient coupés sans raison… bref, c’était tout au plus une mauvaise maquette. Littéralement INVENDABLE.

Comment une telle erreur a-t-elle pu se produire chez l’imprimeur Corelab ? Et comment CDL, pourtant en progrès constant, a-t-elle pu laisser passer une telle aberration ? Et comment l’auteur, néophyte bien sur, a-t-il pu se contenter d’un travail aussi bâclé ?

Tournai la Page avait lieu ce même week-end et je pris le livre avec moi pour le montrer au boss, qui lui aussi, tomba des nues, et décida aussi vite de tout recommencer à zéro.

C’est alors ( et alors seulement) que, piqué par la curiosité, je me mis à lire quelques lignes, histoire de voir si le contenu était aussi raté que l’emballage.

Nous étions sur l’autoroute. Poussin conduisait et je m’étonnai de constater en terminant la première page, que l’auteur avait réussi en quelques lignes simples et efficaces à mettre une situation en place, décrire un personnage et lancer une histoire drôle dont on n’avait qu’une envie, connaître la suite. J’en fis part à mon épouse, qui me proposa alors de lire à haute voix.

Le premier conte, intitulé ‘Les aventures sulfureuse d’Hippolyte Legros’, passa comme une lettre à la poste. Seize pages ( donc huit à lire ) écrites dans une langage parlé d’ une fluidité étonnante. Pas un mot de trop, un français un peu surrané mais d’une correction exemplaire et une conclusion en forme de pirouette. Non pas une morale sentencieuse, ou la dernière phrase qui tue, que beaucoup d’auteurs à la mode essaient d’imaginer, pour faire comme au cinéma… mais une finale… comment dire… comme un gentilhomme qui se retire en marche arrière, en brassant l’air devant lui avec son chapeau à plume.

Croyez le ou non, nous avions parcouru les trois quarts du livre, en arrivant à Bruxelles : autant d’histoires drôles, autant d’images d’Epinal que j’imagine fort bien racontées au petit peuple par un arlequin hilaire sur un tréteau de rue. Autant de contes ( et là j’insiste pour les spécialistes du genre tels Dominique Brynaert ou Louis Delville…) qui tous peuvent être interprétés tels quels, sans autre adaptation.

Vous voulez quelques exemples ? Il y a cet fonctionnaire consciencieux et éteint qui noue un pacte avec le diable, ou cette lune qui sort d’un cadre pour rejoindre la vraie dans la nuit, ou encore ce artiste de rue qui peint une vieille femme en jolie fille et la transforme au fur et à mesure que son pinceau glisse sur la toile… Il y a même un conte érotique, très soft rassurez-vous, qui m’a moins marqué !

En fait, ce livre est une sorte de tableau naïf dans lequel des messieurs très comme il faut, essaient péniblement de suborner des femmes distantes et frivoles. Un univers de dérision ( dirais-je à la Brassens ? ) où personne n’est épargné : magistrat, baronne, lettré, auteur raté, joueur de poker, architecte maladroit… tous aimeraient bien se dévergonder un jour ou deux en enfer, mais sans rater le paradis !

Et dire que selon Philippe Cohen, son autre livre ‘ En quêtes’ serait meilleur !

0 sur 10 à Chloe des Lys pour cette réalisation. Mais 10/10 pour avoir une nouvelle fois découvert un vrai talent et lui avoir mit le pied à l’étrier. Bon, dans ce cas-ci, on l’a poussé un peu fort et le pauvre est passé, tête en avant, de l’autre côté du cheval. Mais ce n’est pas trop grave. On va recommencer et cette fois-ci, juré-craché, ce sera un bel objet. Un superbe petit bouquin que je vous recommande.