Alain Magerotte

J'ai lu.... "Contes Bizarres II" de
Bob Boutique

par Alain Magerotte

Il était une fois… : « S.L.C. Salut les copains »

A présent, sur le même tempo : « L.A.C.T.U. C’est l’Actu »

Ça « cloppe » comme on dit et à d’autres niveaux également, jugez plutôt :

S.L.C. faisait la part belle à une génération de chanteurs… L’Actu fait la part belle à une génération d’auteurs. S.L.C. avait l’oncle Dan (Daniel Fillipacchi), L’Actu a l’oncle Bob (Bob Boutique).

Mais si l’oncle Dan n’a jamais écrit de contes bizarres, l’oncle Bob en est a son deuxième opus.

Ah, on peut dire qu’on l’attendait, celui-là ! Tout en se demandant si ce second recueil aurait la même saveur que le premier. Un doute balayé dès les premières lignes du premier conte. L’auteur a gardé toute sa verve et son côté complètement déjanté.

Sans plus attendre, passons en revue ces onze contes bizarres :

IL ÉTAIT UNE FOIS : Quand un pépé rencontre une pépée et qu’il met le doigt où il ne faut pas…

MA PETITE CHÉRIE : Vous vous souvenez de la version française de « Chantilly Lace » (Chantilly lace and a pretty face and a pony tail…) du Big Bopper par Luis Mariano ? Cela s’appelait « Ma petite chérie »… et bien, ça n’a rien à voir…

UNE ÂME SIMPLE : La fille du diable est belle à damner un saint ou un ange… enfin, pas tout à fait, d’autant que l’ange en question (Hermione de son nom) use d’un subterfuge…

SANGRIA : Un bon conseil quand vous roulez, ne buvez pas et ne fumez pas !… SURTOUT, ne fumez pas !…

LA BÊTE : Curieuse petite bonne femme, cette Aurélie… et ce Jaak qui a tout pour plaire et qui… à noter le don d’observation aiguisé de l’auteur lorsqu’il décrit l’altercation avec quatre loubards venus de France…

MENTEURS OU VÉRITEURS : Roméo et Juliette au 18ème siècle made in USA ?… made in Ireland ?… made in Holland ?… made in Bob Boutique tout simplement…

MONSIEUR ALBERT : Alors, « La vengeance est un plat qui se mange froid » ?… Ou « Tout vient à point pour qui sait attendre » ?… Mmmm, plutôt la première option !

L’ÉCUREUIL : Et dire que j’avais l’intention de faire du jogging pour retrouver la forme et éliminer les formes… tant pis, je me lance… euh, j’espère qu’il n’y a pas d’écureuil dans le coin…

TIQUETIQUE : ou « l’arroseuse arrosée »…

L’IDIOTE : Bob nous prend par la main et nous fait pénétrer dans une société loufoque, «impensable», mais il nous raconte cela avec force détail et une truculence telle qu’on le suit et, au bout du compte, on est convaincu que «tout cela est plausible»… fort quand même…

LA LIGNE ROUGE : Joseph est cocu et, contrairement à Serge Lama, il le prend mal. Il décide de se venger. Non pas en butant l’amant de sa femme mais en draguant «la première venue». Il y arrive (amusant le parcours du dragueur, du vécu ?) mais cela se termine mal… Et puis, il y a ce clin d’œil à une auteure de CDL… l’héroïne lit un bouquin de Michou Loband… vous avez trouvé ?... Il s’agit de Micheline Boland, bien sûr…

Et là, je ne résiste pas… je ne résiste pas à l’envie et au plaisir de vous livrer quelques extraits qui sont révélateurs de l’ensemble de l’œuvre :

« Elle pétait sur une musique de Mozart et sortait des toilettes en laissant derrière elle des parfums de vanille et de jasmin tandis que la chasse d’eau se prenait un court instant pour un petit torrent de montagne. » (UNE ÂME SIMPLE)

« C’est plein de rouquins en casquette de base-ball et de blondes en jeans et t-shirts moulants qui écoutent du hip-hop sur des minis CD pendus en collier. Ça ment parfois, ça dit parfois la vérité mais le plus souvent… ça s’en fout royalement, pardon… républiquement. Au même titre que l’auteur de ces lignes. » (MENTEURS ET VÉRITEURS)

« Et Le petit gros fonce, les larmes aux yeux et le trouillomètre à zéro. Au même moment, Grosnez apparaît au bout du couloir avec son long tablier gris et ses godasses d’instit sous payé. » (MONSIEUR ALBERT)

« Il lui aurait bien cassé la gueule, mais le bellâtre mesurait deux têtes de plus que lui et la jouait fine. En la faisant rire avec des blagues à double sens et en lui choisissant les meilleures brochettes sur le gril. Bref, le genre parfumé, à vous faire un enfant dans le dos. » (LA LIGNE ROUGE)

Ecriture vive, colorée… ça part de tous les côtés, dans tous les sens, c’est délicieusement dingue. Bob est sans pitié pour ses personnages qu’il malmène, qu’il ridiculise, qu’il tiraille, qu’il flingue, et peu importe si ceux-ci sont beaux ou gros, intelligents ou laids, grands ou cons, minces ou petits… euh, je me mélange un peu les pinceaux, à vous de rectifier, merci…

Et arriva ce qui devait arriver…

Après avoir rangé ces Contes bizarres N° 2 dans ma bibliothèque (à côté du premier tome, bien entendu), je suis soudainement interpellé par une question existentielle, oui Madame, parfaitement, UNE QUESTION EXISTENTIELLE !... Encore combien de fois dormir avant la parution des Contes Bizarres N° 3 ?