J'ai lu.... "L'Homme à la Chimay Bleue"

de Jean Philippe Querton

par Bob Boutique


Quel livre curieux ! Un homme, la cinquantaine (très) fatiguée, décide d’arrêter de vivre… je n’emploie pas le terme ‘se suicider’ à escient. Car c’est différent. Il a fait le tour et trouve que ça suffit, plus envie, marre. Il a perdu une fille, ne s’en remet pas et tout le reste l’em…

Alors, il vend le peu qui lui reste, vide ses comptes et calcule qu’il lui reste tout juste assez d’argent pour tenir six mois et boire des Chimay bleues jusqu’à ce que son cœur et son foie claquent comme une vieille durite rongée par les intempéries.

Il choisit un village anonyme, le plus pourri qu’il puisse trouver (quelque part au fond des Ardennes, près d’une rivière qui s’appelle l’Excuse ), avec des cafés minables et des gens quelconques, une chambrette monacale à 250 euros par mois et se met à boire. Dix Chimay par jour ( la troisième est la meilleure…) qui le plongent petit à petit dans un état second et le précipitent dans une déchéance qu’il souhaite et lui répugne en même temps. Vomissures, déjections, pisses, crasses, rien ne nous est épargné…

Puis, au moment où on sent la mort approcher, dans la solitude, la réprobation et l’indifférence générale, une ultime attaque cardiaque l’envoie dans un hôpital où il rencontre un ange !

Non, ce n’est pas vraiment un ange, mais lui la voit, l’imagine et la désire (au sens noble, car son sexe n’est plus qu’un appendice de son système urinaire ) comme tel et se demande même s’il ne devrait pas reporter un peu sa mort… car elle a autant besoin de lui que lui d’elle.

La suite, dans ce livre étrange et prenant, dont les 125 pages se lisent d’une seule traite, avec une manière simple et efficace de raconter, un style et un vocabulaire qui nécessite parfois un dictionnaire sous le coude, une observation sans pitié des êtres et un survol de la vie qui me fait penser aux bluesmen américains qui chantent leur difficulté d’ exister.

Personnellement j’aurais préféré un peu plus de dialogues dans cette descente aux enfers, à moins qu’il ne s’agisse au contraire d’une sortie… à chacun d’interpréter selon son vécu. Mais c’est le genre de bouquin qu’on referme, avec un long moment de silence. Le temps de s’en remettre.

Ha oui, j’oubliais ! C’est paru chez Chloe des Lys.