Bob Boutique

J'ai lu.... "La chapelle électrique"
de Nicolas Vander Straeten

par Bob Boutique


C’est le livre le plus étrange que j’aie lu depuis que je m’intéresse à cette cocotte-minute de Chloe des Lys et peut-être même depuis pas mal de temps. En fait, je ne sais même pas si je l’ai aimé puisque je n’y ai pas compris grand-chose, mais je l’ai dévoré… ça c’est sur ! Il m’a subjugué et j’en sors un peu sonné.

Au début j’ai pensé au Stephen King du Talisman ou de la Tour Noire, puis à des toiles de Delvaux ou Magritte, puis… à du Vander Straeten. C’est tellement curieux que j’en suis encore à me demander si on peut le classer dans un genre quelconque ? De l’onirique peut-être. Je viens de l’inventer.

Mais commençons par le commencement.

Souvenez-vous. Il y a quelques jours, un auteur fort discret sur le forum, Nicolas Vander Straeten, nous proposait d’échanger nos livres invendus. Pourquoi pas, pensai-je ? D’autant plus que son bouquin portait un titre qui sonnait bien à mon oreille : ‘la chapelle électrique’.

Je pris donc contact et lui envoyai mes petits contes le même soir. Quelle ne fut pas ma surprise en le voyant surgir le lendemain dans ma librairie avec son livre en main. Il passait dans le coin… mais, croyez-le ou non, je n’eu même pas le temps de faire mon intéressant qu’il était déjà reparti, comme une ombre. Ce qui m’intrigua encore plus.
L’ouvrage ne paie pas de mine. Cent cinquante pages avec une composition tristounette, une couverture banale et aucune introduction ou commentaire particuliers. On ouvre le livre, découvre le titre et on démarre tout de suite avec le premier chapitre. Plus effacé, tu meurs.

Ca commence dans une gare et ça finit dans une gare…. La même ? Aucune idée. Pour répondre à ce genre de question pourtant simple, il faudrait que je relise le livre. Or faut-il relire un livre ? Ne devrait-on pas le comprendre immédiatement, à défaut de conclure qu’il est mal écrit ?

Oui, sans doute. Sauf, si l’histoire est confuse car l’auteur a voulu qu’elle le soit. Prenons le cas de cette petite fille qui se prénomme Sarah, puis Elodie… elle bavarde a longueur de journée avec un nounours plein de sagesse, mais qui a d’autres moments se transforme en un renard presque pervers ? A moins qu’il ne s’agisse de deux peluches différentes ?

Elle est en vacances dans un hôtel, avec des parents qui semblent sur le point de se séparer ( mais ça non plus, ce n’est pas très certain ) , puis se retrouve quelques pages plus loin, dans une autre ville ( un univers parallèle ? ) dont toutes les maisons sont construites dans une roche noire et où son autre père est un tyran sanguinaire dont le seul nom ‘Mazaccane’ fait trembler.

Ca n’a pas de sens ? Non. Sauf si c’est le rêve délirant d’une gamine en pleine crise de puberté ? Mais ça non plus, on ne le saura pas. Et pendant qu’on s’efforce de trouver un fil conducteur ou même plus fondamentalement, de comprendre qui parle ou de qui on parle, les scènes et les dialogues s’entrechoquent et on tourne les pages éblouï par tant d’incohérence et d’images distortionnées.

Un petit exemple en passant :

« … les passagers montent à bord. Des hommes en bleu de travail encerclent la motrice. Le visage tanné par le vent glacé, ils tirent de leurs bouches édentées des lames de rasoir vierges de toute trace de sang. A l’horizon, le train suspendu à ses caténaires hyperboliques ressemble à une chapelle électrique. » C’est comme un tableau abstrait entrevu dans une exposition, dont on retient une impression, sans savoir si elle plaît ou non.

Et à la fin du livre tout s’emballe. Les flashes se succèdent, comme les fenêtres d’un train qui démarre et défilent devant nos yeux, avec des compartiments contenant chacun un morceau d’existence. Des gens qui rangent des valises, un monsieur en chapeau boule qui allume une cigarette, un contrôleur en uniforme qui consulte sa montre gousset, une grosse dame qui installe un enfant sur une banquette… puis de plus en plus vite jusqu’à mélanger les séquences…

Je vais vous dire. Je n’ai même pas envie de demander à Nicolas Vander Straeten de m’expliquer quoi que ce soit. Un livre, une fois écrit, quitte son auteur comme un enfant quitte ses parents, pour vivre sa propre vie. Tout est dedans.

Moi, j’ai A-DO-RE et vous le livre tel quel.

Amen.