J'ai lu.... "Caresses"

de Chantal Baligand

par Bob Boutique


Et me voila reparti pour un commentaire sur la poésie, un genre auquel je ne connais strictement rien et qui le plus souvent me laisse indifférent. Encore que…

Prenons ce petit bouquin d’une cinquantaine de pages, qui a attiré mon regard aux rendez-vous du livre de Mons par sa jolie couverture d’un rose-rouge, sur lequel on a calligraphié en blanc le mot ‘Caresses’. Cela m’a intrigué, d’autant plus que la meuf qui se trouvait derrière était jolie de chez jolie, avec un large sourire Pepsodent.

Moi qui croyais que les powètes et powètesses étaient tous des personnages souffreteux et torturés, je puis vous garantir que Chantal Baligand ne correspond pas du tout à cette image. Alors j’ai acheté son recueil les yeux fermés en me disant qu’un livre, c’est comme un film. Impossible de savoir ce qu’il vaut avant de l’avoir lu. Pas d’à priori.

Première chose. Ce n’est pas de la poésie au sens strict (parfois chiant..) du terme, avec des rimes, des pieds et tout ça. Non. Disons que c’est de la prose poétique. C’est parfois court comme une ritournelle et parfois une véritable petite histoire. Ou plutôt un flash, un instantané, toujours coloré (car Chantal est également peintre) et bourré de senteurs.

Avec des glycines mauves, des magnolias roses, des bruyères parmes ou des jonquilles aux cheveux jaunes et des sensations fauves :
‘Dehors, le vent salé du port dilatait mes narines…’, ‘Dans ta fougue amoureuse, tu as laissé sur ma bouche inassouvie la fleur de sel de ta sueur. Je la garderai précieusement sur mes lèvres pour ma nuit sans toi’. La bonne femme qui me dit un truc pareil, je la suis en enfer.

On trouve deux thèmes dans cet opuscule. L’amour-soleil, joyeux et enivrant : ‘Une respiration calme soulève le torse de mon amoureux. Je sens son cœur battre doucement sous la peau que j’ai griffée de plaisir’ et le jardin. Avec ses asters, ses lilas, ses grives musciennes, son écureuil, le vieux cerisier malade et son bouleau pleureur qui frémit quand elle le touche.

Tout se passe là. Entre le lit défait où les amants écoutent les Doors ou la voix de Jim Morrison qui les ramène sur les chemins de Kérouac et le jardin que traversent les saisons :
‘Bientôt je retrouverai le coussin où tu avais posé ta tête : encore et encore, je le respirerai, m’imprégnant de ton odeur’.
’ Habillé de scintillements mordorés, arlequin d’une saison, il (l’hiver)jette ses confettis de couleurs jusqu’aux brumes matinales’.


J’y connais pas grand-chose, mais c’est caressant et ça coule dans l’oreille comme quelqu’un qui chantonne. Lisez par vous-même. 'C’est à vous de voir' comme dirait Régis Laspalès.

Encore trois choses.

L’ouvrage est joliment illustré par ce que l’auteur appelle des ‘crédits photographiques’ représentant une pomme qui se pèle et finit par se faire croquer de page en page. Le symbole est évident.

Une petite merveille choisie au hasard parmi les vingt récits poétiques, Rencontre :
‘De son jean’s effiloché où apparaissait la dentelle noire de son string, elle sortit une sucette à bout rond. Délicatement, elle enleva la cellophane et fit tourner le bâtonnet entre ses doigts.’
On dirait du Gainsbard.

Une préface à laquelle je n’ai rien pigé, pas un traître mot. Mais ça, ce n’était pas du Baligand.