Oriane Marie M

J'ai lu.... "Black Out"
de Florian Houdart

par Oriane Marie M



Black-Out, c'est un grand bol de pétrole que le médecin vous prescrit avec un voyage dans les souterrains, conseillés pour ne pas vous remettre trop vite d'aplomb. Ca pue et ça fait du bien.

Au bout d'un moment, on n'arrive plus à suivre le fil du récit parce qu'une main plaquée or (mais seulement plaquée !) le coupe. Le mic-mac socio-apocalyptique (ô dramatique dirait Tryo) atteint le summum de l'absurdité humaine, et ça, c'est un signe que le roman a été écrit par Florian Houdart, alias Flo, pour les infirmes. Un premier roman, et déjà une signature, un style ? Allons donc !

Mais ma p'tite dame, mon bon m'sieur, vous ne le connaissez point comme je vous vois : Florian excelle, comme bien des artistes, à la fois dans les personnages qui lui ressemblent le moins, et dans les anecdotes personnelles qu'il vous crache aux yeux entre deux mots, à l'aide d'un cynisme bon à faire pâlir notre Grand Jacques national.

Monsieur Houdart n'a aucune pitié pour ses créations : il les torture sans fouet, les explose sans bombe, même les décors en prennent pour leurs grades.

Il ne chérit que deux choses : l'innoncence et l'oeuvre. Un artiste moderne quoi ! Terminés les petits romans qui enjolivent le tableau à chaque page, c'est une entreprise de démolition ici, où les Magritte deviennent Miro en trois coups de plumes, bien placés et calculés.

Si je devais poser une image sur cette histoire, ce serait un truc bon à remplacer le logo de GDF Suez, loin des lumières, strass et paillettes façon Crazy Horses (quoique, les maisons de passe... non non, même pas joignables).

Vous connaissez le syndrome de la bougie ? Non ? Moi non plus je ne savais pas s'il existait vraiment, avant d'avoir lu ce roman. La bougie, c'est cette petite chose qui éclaire à peine votre chemin et votre vie, quand les paysages s'assombrissent lentement sous la tombée de la nuit, cette chute que personne ne contrôle. On se contente alors d'entretenir chacun sa petite flamme, de marcher à tâtons, quitte à souffler sur quelques chandeliers vascillants au passage. On en est à un tel point de détresse et de crainte qu'à ce stade, on ne parle plus de cruauté mais de légitime défense continue.

La nuit s'écoule avec la cire qu'on contemple inlassablement d'un oeil morne, sans un regard au monde, concentré sur notre nombril à cause d'une raideur au cou. Mais cette lueur peut disparaître à tout moment, horreur qui nous traverse comme une éternelle épée de Damoclès.

Finissons avec une phrase en anglais, pour faire comme les braves-gens-qui-n'aiment pas-que : "It's time to Black-Out, keep your candle alive".