Interview...

Michel Westrade


Pseudo ou nom réel ?
C'est le vrai nom. J'ai toutefois tenu à intercaler un C. entre prénom et patronyme.
C. comme Clément, mon grand-père paternel, un paysan , homme rude, mais bon (ça fait cliché, mais c'est vrai) qui m'a marqué. Mais j'y pense, je vais faire plus, et désormais indiquer Michel C.J. Westrade.
J. comme Jules, mon grand-père maternel, aussi un paysan, dont je me sens le portrait. C'est à lui que je dois d'avoir écrit "Noirs quarts d'heure". Et ces grands pères ont trouvé leur place dans le prochain recueil "terres noires" ou "éther noir".

Où habites-tu ?
Pas loin de l'Escaut, c'est "mon" fleuve. J'aurais pu répondre tournaisien, mais pourquoi pas "scaldien"? J'ai écrit un poème sur l'Escaut, avec Pierre DAILLY.

Une famille, des enfants…
Une femme, institutrice retraitée, et deux enfants : Maximilien, 33 ans, juriste (comme s'père!) et Eléonore, 27 ans, traductrice.

Sucré ou salé ?
Sucré (ah, cette pâtisserie, qu'on appelle "merveilleux": faudra en faire un poème).

Petit, que voulais-tu faire ?
Petit, je ne me rappelle plus très bien ,sans doute, travailler à la ferme. Et puis, déjà écrire :j'avais un oncle, tailleur (pas de pierres, mais vêtements : c'est lui qu'on retrouve dans la nouvelle "le tailleur) qui me découpait dans "Le soir" un feuilleton en B.D. Je recevais les feuilles tous les six mois (ou plus) soigneusement reliées, avec un bouton au coin supérieur gauche: grand moment de lecture et là je rêvais d'écrire ainsi. C'était avant mes neuf ans.

A quelle figure historique aimerais-tu ressembler ?
Il ne s'agit pas pour moi de "ressembler", mais d'admirer. Spontanément, je réponds, Richelieu, pour son sens politique et sa largesse de vue en matière de politique étrangère et Robespierre (qui n'est pas le "tyran sanguinaire" qu'on s'imagine : réaction thermidorienne), pour ses idées politiques et sociales (chez moi trône un buste de Jean-Jacques, autrement dit ROUSSEAU!). Heureusement les études historiques évoluent et la "nouvelle histoire" donne de Maximilien une autre idée (V. Michel BIARD et Ph. BOURDIN, Robespierre, Portraits croisés, A.COLIN, 2012).

Ton truc contre le stress ?
Contre le stress? Le zen, le respiration, la prise de conscience de l'instant, etc... Mais est-ce que j'y parviens?

Que fais-tu dans la vie ?
J'ai, toute ma vie professionnelle durant, été magistrat. C'est un beau métier. C'est très dur pour moi de ne plus l'être, mais j'ai quitté tôt pour écrire. N'empêche que je suis encore "dans" le droit, comme co-directeur à la Revue de jurisprudence de Liège, Mons et bruxelles (JLMB), hebdomadaire, et la direction, avec Steve GILSON, avocat à Namur de la collection "Perspectives de droit social" aux éditions ANTHEMIS.
On prépare d'ailleurs un colloque à Tournai en novembre sur le "statut social du travailleur indépendant". Voilà qui est loin de la littérature. N'empêche, dans les recensions que je fais de temps à autre pour la JLMB, il se trouve de temps en temps des bouquins de "littérature", François OST, par exemple. J'ai à cet égard collaboré à un collectif "droit et littérature" (ANTHEMIS) où je me suis focalisé sur l'italo-sicilien Leonardo SCIASCIA;

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
J'ai commencé à "écrire" (mais peut-on dire ça?) dès quatorze-quinze ans. C'était un"roman" avec des soldats romains (influence des études). Puis vers dix-sept ans, quand j'ai découvert Wagner et Weber, une "chose" romantique vaguement inspirée d'Obéron, mais je ne m'en rappelle plus bien. Et puis, je n'ai rien gardé de tout cela.

Pourquoi Chloe des Lys ?
Chloé des Lys. "Il n'y a pas de hasard", disait A. BRETON. J'avais terminé mon premier recueil "Noirs quarts d'heure". Le texte était là et je ne cherchais pas encore un éditeur lorsque je découvris dans le journal local un article sur la naissance d'un nouvel éditeur.
J'ai tenté ma chance et ça a marché, le courant a passé de suite. J'ai rencontré des jeunes dynamiques, pas du tout "gensdelettres" comme l'écrivait rageusement Ghelderode, pas figés dans des carcans, ouverts, qui prenaient le risque: "T'es pas connu, t'as pas de nom", c'est rien.
A ce jour Chloé des Lys est installée dans un village situé non loin des deux villages où se déroulent mes "Noirs quarts d'heure"......

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique…
En littérature, dans le domaine francophone, mes "maîtres" sont, à ce jour, M.YOURCENAR (elle m'a écrit, sur la fin de ses jours, et ça, c'est une "relique"!!!), P. QUIGNARD, L.-F. CELINE, et surtout Pierre MICHON. Et puis, comment taire Amin MAALOUF, Y. BONNEFOY, A. CURVER?
Et puis, je ne puis passer sous silence nos "grands anciens" : MAETERLINCK, GHELDERODE, VAN LERBERGHE, ELSKAMP, LILAR, ROLIN, GEVERS.
Toujours difficile cet exercice dans la mesure où, fatalement, on oublie du monde.
Dans le domaine allemand : Stefan ZWEIG, ce pauvre Joseph ROTH, Alfred Döblin, etc...
Un hongrois : Sandor MARAI (que je trouve fabuleux) et puis Magda Szabo.
Et puis, puiqu'il faut bien se limiter, le domaine italien : Umberto ECO, M. SOLDATI, MURGIA, F. TOZZI,Tiziano SCARPA, et tant d'autres.... Trop peu connue la littérature italienne..
Enfin, au dessus de tout peut-être : W. FAULKNER et F. DOSTOIEVSKI (c'est pour lire ce dernier dans le texte que j'ai appris le russe!).

La peinture : Fra Angelico et le quattrocento italien, Vermeer, Le Greco, "nos" primitifs flamands, Permeke, Chagall, les impressionnistes, etc... et plus près de nous, Jo Delahaut.

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
Etre en retard à un rendez-vous. Je supporte pas ça.