Interview...

Paul Regnier


Pseudo ou nom réel ??
Je m'appelle Paul Régnie.

Où habites-tu ?
Dans le finistère, à 25km de Brest, dans ma famille, réfugié économique sans domicile personnel, comme de plus en plus de gens du fait de la raréfaction des emplois et du rejet commun de toute personne ayant été licenciée.

Une famille, des enfants ?
J'ai toujours vécu seul, sans compagne : donc jamais de vie de couple et jamais d'enfant.

Sucré ou salé ?
Désolé, la question n'évoque rien pour moi.

Que fais-tu dans la vie ?
Depuis neuf ans, ma principale activité consiste à rechercher des contacts en entreprise, de proposer des services en fonction de ce que j'observe de besoins et problématiques rencontrés lors de ces contacts d'entrepreneurs.
J'ai ainsi exploré de nombreux domaines et me suis investi en marketing et communication, en association avec des graphistes et rédacteurs, en conseil en management en matière de résolution de conflit et de motivation d'équipes, de gestion de formation.
Je me suis investi dans le développement web et l'administration des outils le supportant, Unix, GNULinux, les serveurs de fichiers, d'applications, l'architecture de réseaux internes.
Le coeur de mon métier, fondé sur ma formation initiale en sciences de l'environnement, est l'observation, l'analyse, la conceptualisation des phénomènes environnementaux. J'ai systématiquement investi cette méthodologie à tous les métiers afin de m'y former en réponse directe aux objectifs qui m'étaient donnés. Puis j'ai validé mes acquis d'expérience de gestion de projet par la formation de gestion d'entreprise et une spécialisation en marketing, synthèse de mes connaissances en sciences humaines ainsi que de mes expériences du management.

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
En fait, l'écriture est un travail de base dans les sciences naturelles : la description rigoureuse de l'objet d'étude conditionne l'analyse, la conceptualisation, la construction des hypothèses ou des conclusions d'expertise.
J'ai très tôt pris goût à ce travail encouragé par les remarques de mes professeurs sur ma qualité de plume.
Parallèlement à mon cursus principal en sciences naturelles, je travaillais dans le domaine de l'éducation et de la formation. Cela m'a conduit à suivre des cursus annexes en sciences humaines. Et là encore le travail d'écriture est fondamental. De plus cela enrichissait mon regard sur le monde et me permettait de faire des liens entre les sciences de la vie et de la matière, les sciences humaines, psychologie sociologie et anthropologie, et sur le tard, l'économie et la gestion, puis la politique.
Me passionnant pour l'anthropologie, j'ai eu l'idée de présenter un travail dans ce domaine, cherchant à faire le lien entre anthropologie et psychologie, sur le développement de l'hypothèse de la formation de la psychologie, de la sensibilité, par l'environnement social, culturel, les ethnométhodes et les habitus. Cela reprenait aussi mon optique initiale de l'induction des conditions géographiques sur les économies humaines. L'idée globale est celle de Claude Bernard, que l'environnement, le terrain, fait tout.
Ne trouvant pas de complicité parmi les gens contactés en université afin de développer ce travail, j'ai eu l'idée de reprendre l'astuce de Carlos Castaneda ayant bâti sa saga romanesque à partir de sa thèse d'étudiant en éthnométhodologie.
L'idée m'avait aussi été soufflée par un de mes professeurs de sociologie.

Au départ, c'était un jeu entre quelques copains lecteurs de sciences fiction et d'éthnofiction. J'écrivais des histoires de gentils aliens explorant l'ignominie humaine. Je basais mes scénarii sur des observations relevées dans des travaux d'anthropologie, les arrangeants à ma sauce pour les besoins du jeu.
Et puis progressivement, je me suis trouvé un style et construit un univers de personnages, chaque groupe de personnage étant l'incarnation d'un principe générateur de sa culture.
Le principe de base est que l'on ne développe que ce que les déterminismes matériels permettent ou induisent. La culture par la suite amplifie, sélectionne oriente ce qu'elle interprête de ces déterminismes. Ce n'est pas du tout l'idée commune de l'origine génétique de la culture, et encore moins celle du finalisme individualiste.??C'est l'idée que la culture, même si elle prétend au finalisme, fait avec ce que présente la réalité, les contraintes, les potentiels matérialistes, à commencer par ceux des corps de chaque espèce.
Mes personnages n'ont pas tous les mêmes potentiels physiques. Ils développent des modes de vie différents et aussi, de part leur relation à l'environnement, des modes de communication communs.
L'idée centrale, idéologique, de mes romans, est qu'à la racine de toute culture, orientant la structuration des sensibilités et des identités individuelles, il y a un premier principe central : celui de la relation au sexe.

Donc mon idée, c'était de construire des cultures n'ayant pas de division sexuée dans l'espèce et des modes de reproductions autres, générant des psychologies non rivalitaires et des cultures non expansionnistes et natalistes.

As-tu déjà publié quelque part ?
Non, en dehors de Chloé des Lys, aucun des manuscrits que j'ai envoyés n'a reçu d'accord de publication, pour des raisons de marketing évidentes. J'ai écrits plusieurs romans, faisant tous parties de l'univers précédemment décrit.??Par ailleurs, j'ai aussi publié sur des sites internet, associatifs, militants, ou individuels, des articles, essais, réponses ou participations à des travaux collectifs ou débats.
Ayant étudié rigoureusement, d'un point de vue entreprenarial, le monde de la publication, je me suis rendu compte très vite que cela ne me permettrait ni de gagner ma vie, ni de me promotionner dans l'objectif de trouver un emploi, autre que misérable.
Je n'ai aucune vocation.?Pas plus d'écrivain qu'autre chose : je participe au monde en apportant mes capacités, mes ressources, en réponses aux circonstances, sans finalisme personnel volontariste autre que d'assurer mon logement, ma santé, l'entretien de la construction de mes savoir.
C'est déjà très mal perçu : les humains sont fondamentalement vaniteux et ne supportent pas qu'on ne participe pas, même et surtout en rivalité contestataire, à l'entretien de leur foi en la vanité.
Donc, de faire connaître ma pensée n'est pas du tout en accord avec mon réalisme de survie. Je ne cherche plus à publier mes bidules.
J'ai tenté de promotionner les travaux des autres, en les sélectionnant en fonction de ce que j'observe de ce qui se vend le mieux : autrement dit, des choses sans rapports avec mes goûts et mes idées. Là encore, même quand ça se vend, c'est pas rentable compte tenu des moyens de lancement financier dont je dispose.

As-tu déjà remporté des prix ou obtenu une reconnaissance quelconque ?

Non évidemment. En revanche, j'ai eu la surprise de découvrir mon roman cité comme ressource de lecture pour adolescents dans une association parentale d'éducation et de scolarité à distance ! Ben, ça m'a fait plaisir parce que ça m'a prouvé que ma tactique rédactionnelle marchait : mes idées ne font pas peur, voir elles font rêver et réfléchir, et le style semble de qualité.
Obtenir un prix, ça ne m'intéresserait uniquement si ça peut déboucher sur du lucratif.??C'est pas le cas, à moins de bénéficier de moyens promotionnels auprès des grands diffuseurs, et de correspondre aussi à l'idéologie du système néolibéral individualiste asocial : je ne donnerai pas de noms d'auteurs emblématiques de cette propagande, c'est pas la peine, c'est de l'ordre de la religion parmi les gens maintenant…

Pourquoi Chloe des Lys ?
Le hasard.?Au départ je faisais un travail d'enquête sur les stratégies éditoriales des éditeurs, dans le cadre d'une formation marketing et économie d'entreprise. J'ai contacté des éditeurs par courrier. Et reçu diverses réponses. Dont celle de Chloé des Lys par courriel, à partir de la quelle nous avons échangé. Dans le fil de la conversation, je me suis dit que c'était l'occasion de tester un peu mes productions. Je leur ai proposé mon fichier. Et six mois après, j'ai eu la surprise de leur acceptation après lecture. Surprise, parce qu'entre temps, j'avais complètement oublié la démarche.

Quel ouvrage vas-tu publier ?
Je ne pense pas tenter de publier quoi que ce soit. En fait, ça fait plusieurs années que je me suis lassé d'écrire.

Comment fais-tu pour essayer de te faire connaître ?
Au départ, j'ai été très actif sur l'internet et en démarchant comme n'importe quel commercial, en voiture, partout sur le territoire français. J'ai rencontré beaucoup de monde… Et ce qui m'a fatigué, c'est de voir des tas de gens, manifestement très bien dans le système culturellement, et plus ou moins aussi bien économiquement, prétendre changer le monde, alors qu'il m'était évident qu'ils en sont des reproducteurs, souvent d'autant plus efficaces qu'ils sont contestataires, donc valorisateurs du système en lui donnant l'occasion de prouver sa force autant que sa magnanimité.
Par la suite, j'ai continué à rencontrer des auteurs. C'est plus simple.
En général, ils ont tous compris qu'il n'y avait rien d'autre à espérer que de se faire plaisir en écrivant. Beaucoup font lire leurs travaux en mettant leurs fichiers en téléchargement gratuit : et en plus, ça leur rapporte souvent des retours de lecteurs (pas toujours très gentils, mais bon…). Ben c'est mieux, compte tenu de la situation économique et sociale, que la solitude individualiste, même si ce n'est pas un vrai lien social. Et en plus, je me suis rendu compte que j'avais moi-même beaucoup plus de plaisir à valoriser le travail des autres, surtout si ça plait aux clients, que de développer mes trucs personnels que je sais ne pas du tout correspondre aux cultures des clients, donc qui ne leur apporteront rien.

Des projets pour la suite ?
Tout ce qui m'intéresse, c'est de trouver un travail, changer de région, avoir un logement, entretenir ma santé.

Pourquoi écris-tu et comment ?
Pour réifier les réflexions que mon observation de la réalité m'inspirent.?L'écriture est un travail du sens, de la représentation, donc une mise à l'épreuve de la pensée : mon optique procède du discours de la méthode de Descartes tout simplement. Donc je note quand ça me vient. Puis je reprends mes notes, et quand un matériau s'est accumulé sur un sujet, je me lance dans quelque chose que je remets régulièrement sur la planche, jusque'à ce que je me dise que là, ça suffit.

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique…
Dans mon enfance et pre-adolescence, j'ai été très influencé par les positivistes des lumières comme Defoë et Swift, Voltaire, Molière, puis Jules Vernes. A l'adolescence, j'ai découvert des gens comme Jean Rostand, Albert JAcquard, des féministes comme Kate Millett et Gisèle Halimi.
Puis mes études universitaires m'ont fait découvrir les écrits annexes des scientifiques, comme Newton, Darwin, De Broglie, Prigogine, j'ai pas en tête tout le monde, ainsi que des relectures de Nietzshe, et des auteurs plus récents comme Annah Arendt, Bruno Bethelheim.
Les féministes ont été idéologiquement fondamentaux pour moi dès l'adolescence, Kate Millett, Luce Irigaray par exemple. Et puis il y a eu les sociologues comme Arnold Garfinkel et Pierre Bourdieux.??Mais depuis longtemps, l'auteur dont j'ai le plus mis à profit les travaux dans mes activités de formateurs ou de management, c'est René Girard, avec la théorie du désir mimétique.
Il y a évidemment les travaux de Freud, ceux de chercheurs très récents comme Jean-Pierre Changeux par exemple. Je pense aussi à des gens comme Noam Chomsky, Bernard Stiegler.??Je n'ai pas de mémoire très précise : quand je travaille, je note tout sur du papier.?Mais ce que je retiens, ce sont les principes, les concepts, des idées des travaux des gens que j'ai étudiés. Donc là comme ça, je sais qu'il y a plein d'auteurs qui m'ont beaucoup apporté, mais dont je n'ai pas en tête les noms.

En littérature, je lis surtout de la science fiction anglo-saxonne : c'est un laboratoire idéologique totalement ignoré des français. Et ce sont eux qui m'ont le plus influencé politiquement, littérairement, philosophiquement. Ils n'ont évidemment rien à voir avec l'image que la propagande des télévisions et des magazines donne de la culture américaine, britannique etc…

Un ami ou une amie dont tu aimerais qu’on parle ?
Aucun dans le cadre de cet interview.

Tes hobbys ? Musique, dessin, peinture...
La montagne, le piano, la lecture.

As-tu un blog ou un site ?
Mon premier site avait un objectif associatif avec d'autres auteurs. Et puis avec le temps… c'est là que je laisse quelques textes… http://dansedeplume.apinc.org/? Mais ça va pas durer… Parce que ça ne sert à rien.
En revanche, j'ai un site qui me sert beaucoup : http://bricololinux.apinc.org/?Là je mets en ligne toutes mes notes d'administration système d'exploitation et réseau unix et linux.?Et ça, ça peut être utile à beaucoup de monde.

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
Bof… ça sert pas à grand chose de se mettre en rogne. Y'a évidemment des tas de trucs qui m'énervent. Mais de plus en plus, je m'extrais de toute identification afin justement de ne pas souffrir de "l'autre". Donc même quand je réagis apparemment de façon très "ferme" à l'expression de quelque chose, sur le net, jamais dans la réalité, c'est juste un jeu d'expression littéraire, qui n'a d'autre finalité que l'expérimentation de l'expression d'une idée.

Un souhait ?
Avoir un emploi dans une grande entreprise, un salaire, parce que ce qui m'angoisse depuis fort longtemps c'est la misère dans laquelle je vais finir mes jours.

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
Vous avez des enfants ?