Interview...

Josy Malet-Praud



Son premier livre chez Chloe des Lys: Un, deux, trois... soleil !

54 ans, parisienne d'origine, elle a fait du nomadisme au cours de la dernière décennie (Bretage, Vendée, Dordogne, Maine et Loire, ...), et est pour le moment installée dans la région nantaise.

Elle a été directrice d'hôpital, puis enseignante occasionnelle dans différents centres de formation, avant de décider qu'il était temps de "prendre le temps" de faire ce qu'elle aime faire... très égoistement : écrire, et pas seulement pour empiler des histoires au fond de ses tiroirs où les semer à tous vents...

Bon. Quoi d'autre ?
Josy Malet-Praud : Pseudo ou nom réel ?
Nom réel pour le recueil à paraitre chez Chloé Des Lys. Je signe d’un pseudo les textes destinés aux concours auxquels je m’obstine à participer sans succès notable (rire) : « Cécile Clément ». Elle et moi, c’est une vieille histoire d’écriture, mais pas seulement. Je lui suis fidèle…

Qui êtes-vous ? Où vivez-vous ?
J’ai longtemps vécu à Paris, où je suis née quand Einstein et James Dean quittaient la planète terre. Depuis un an, je suis installée dans la région nantaise. Mariée, je suis la mère de quatre enfants dont deux sont encore de jeunes adolescents.
Côté professionnel, j’ai exercé les fonctions de directeur d’hôpital public, en parallèle avec des activités d’enseignante et de conseil pour le compte d’un certain nombre d’organismes de formation, d’établissements de santé, etc.
Et puis, une petite voix intérieure est venue me rappeler une promesse faite dans l’enfance. « Quand je serais grande, je serai écrivaine ». Aussi, quand la chance s’est présentée de pouvoir vivre autrement, et de pouvoir écrire « pour de vrai », je l’ai saisie et j’ai tourné la page sur ma carrière hospitalière. Tous les jours, je me répète que c’est un luxe.

Qu’est-ce qui se cache derrière ce titre « Un, deux, trois, soleil ! » ?
C’est un recueil de vingt-deux textes sous forme de nouvelles principalement, de mini-contes et de prose plus ou moins poétique. On y rencontre des personnages qui … je laisse la parole à une amie de plume qui me fait l’honneur d’une préface pour ce recueil :
« …Attachants, les personnages de ces nouvelles le sont tous. A travers leur histoire, nous creusons la nôtre. Nous rions de notre mauvaise humeur, du venin de la voisine ou du mauvais tour d’une maîtresse jalouse ; nous partageons l’espoir d’une fille de la rue, d’une Anaïs au fond de sa cour sordide ; nous prenons dans nos bras cette jeune fille malade ou cette maman « désenfantée » qui trouve encore la force de consoler. Par un art exceptionnel de l’image, l’auteur nous attrape par le cœur, nous donne à voir, à entendre, à goûter tous ces instants de vie. C’est drôle, c’est tendre, c’est tragique, c’est humain… ».
Pas de doute, c’est vraiment une amie ! (rire).

Avez-vous déjà publié ? Quoi et quel genre ?
Je n’ai jamais contacté d’éditeur par le passé ; réalisme oblige. J’ai fait l’expérience de l’autoédition l’année dernière. C’est une solution parmi d’autres, mais, bon…

Pourquoi Chloé des Lys ?

Encore la chance ! Toujours cette même amie, une bonne étoile. Elle est belge, elle écrit aussi. C’est elle qui m’a progressivement convaincue que mes nouvelles pourraient peut-être intéresser un éditeur. Elle m’a orientée sur Chloé des Lys. Lorsque CDL m’a proposé un contrat d’éditeur, il m’a fallu quelques heures pour réaliser qu’il n’y avait pas erreur sur la personne. Quel bonheur !

Où trouvez-vous les idées qui alimentent vos récits ?
Ce sont elles qui me trouvent. Elles me surprennent. Une situation banale à première vue, un visage, une expression, une émotion, des lambeaux de rêve, peuvent faire jaillir une idée. L’imagination fait le reste.
Une, puis deux, puis trois scènes se dessinent, s’articulent, se mettent en mouvement. Il n’y a plus qu’à écrire, ou plutôt, il reste tout à écrire … un premier jet, une première version, une seconde, une troisième... Je suis perfectionniste, c’est très fatigant (rire) !
Il m’arrive aussi de renoncer à une idée si je m’aperçois qu’en déroulant l’histoire qui s’y rattache, l’un des personnages s’acharne à trop me ressembler ; la mise en scène me met mal à l’aise.

Rien d’autobiographique alors ?

Si, obligatoirement, mais je limite autant que je le peux cette tendance qui consiste à tourner autour de soi-même, question de choix. Ce n’est pas le mien. J’essaie de rester à distance, de regarder ailleurs, à l’extérieur, plus loin. Je n’y parviens pas toujours.

Comment qualifiez-vous votre style d’écriture ?
Style ? (sourire). Quid ? J’écris de la façon la plus authentique possible, je m’adapte aux situations. J’entre dans la tête du personnage, je m’installe dans son univers et j’observe... Je le laisse faire, enfin, dans certaines limites tout de même.
Pour le reste, j’aime la force des images et quand j’y parviens, je préfère suggérer plutôt que dire. Techniquement, je recherche (notez bien : je n’ai pas dit « je trouve ») les phrases bien construites, j’aime la richesse offerte par le vocabulaire, les mots justes … Les ambiances et les décors me semblent particulièrement importants. Il me semble qu’un récit ne doit rien négliger s’il veut toucher le lecteur d’une façon ou d’une autre.

Pourquoi écrivez-vous ?
J’ai besoin de créer, d’inventer, de faire rêver, et chez moi, ça passe par l’écriture…Depuis l’enfance, comme bon nombre d’entre nous. Et puis, j’y trouve mon compte puisque c’est magique : donner vie à des personnages, construire des mondes. C’est un pouvoir divin ! Si Dieu m’entend, qu’il me pardonne (rire).
Peut-être aussi ai-je des choses à dire ? Les personnages me permettent d’exprimer ce qui me démange, me dérange ou m’enthousiasme, qui me touche en tout cas. Le récit est alors, en partie, le vecteur d’une vision et/ou d’émotions personnelles. Si un jour, je suis indifférente à tout et n’ai plus rien à dire, je n’écrirais peut-être plus ? J’ai bien dit –si- et –peut-être… (Rire).

Vous riez souvent ?
Ah, vous avez remarqué…

Si vous deviez vous qualifier en deux mots, que diriez-vous ?
Espiègle souvent et humaine je l’espère. A quoi j’ajoute -légèrement volcanique- et – trop souvent contradictoire-.

Qu’est ce que vous aimez ?
Vivre. Et je suis une adepte inconditionnelle du café –bien serré- (sang italien dans les veines, oblige), du tiramisu, du chocolat, et du petit-déjeuner au lit.

Qu’est-ce qui vous met en colère ?
Tout ce qui concourt à faire émerger et imposer une pensée unique, et à tirer l’humain vers le bas. Je fuis les donneurs de leçons, les bienveillants, du voisin de palier à l’expert pontifiant, qui prétendent savoir qui vous êtes, ce que vous pensez, ce que vous devez faire. J’ai horreur qu’on se mêle de mes affaires si je n’ai rien demandé.
Je supporte mal la médiocrité (y compris et surtout la mienne) et la vulgarité qu’on tenterait de faire passer pour de l’originalité, un trait de génie, ou un droit intangible à l’expression individuelle. L’autosatisfaction, la complaisance pour soi-même et la condescendance pour les autres me hérissent le poil.

Qui et que lisez-vous ? Quels sont vos films préférés ?
En première ligne : Gabo (G .Garcia Marquez), à qui je rends hommage dans ce recueil, sous la forme d’une correspondance.
Il m’enchante … Lorca également,... David Lodge possède un don pour construire des romans tout à fait originaux,… Arnaud Delalande, en passant par Grisham, Brussolo, etc. Je varie les plaisirs avec des ouvrages non romancés. Avez-vous lu « le principe d’humanité » de Jean-Claude Guillebaud ? Instructif, très intéressant.
A la bibliothèque, j’emprunte fréquemment des bouquins d’auteurs dont j’ignore tout. Bien souvent, ils s’avèrent être de talentueux inconnus étouffés dans l’œuf par le mercantilisme et de fait par les média. Quel dommage …
Les films ? « La vie est belle » de Benigni, un véritable chef-d’œuvre ; « La ligne verte » avec Tom Hanks ; « La Maison aux esprits » où se côtoient deux de mes actrices préférées, bien que le roman d’Isabel Allende me semble plus abouti que le film ; « Léon » pour la performance de Jean Reno et la maestria de Nathalie Portman et Gary Oldman ; « Sept morts sur ordonnance » ; « Billy Elliot »,

Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ?
Les mêmes choses que toutes les femmes. Je suis schizophrène par nécessité, je jongle avec les multiples fonctions féminines … et je joue des coudes pour y intercaler mon espace personnel :
lectrice pour le comité de lecture d’une petite maison d’édition, exercice délicat et difficile mais particulièrement instructif ;
je tente d’apprendre à jouer du piano, plus précisément : je rame mais je persiste ; je bricole dans la maison ; je participe à des conférences notamment philosophiques, quand je le peux, et suis des cours de langue à l’université ; ma fille aînée, ma meilleure amie, et mes racines sont restées à Paris, j’y fais de fréquents séjours ; un peu moins souvent mais régulièrement, je vole jusqu’aux Antilles où ma seconde fille s’est installée.

Après la parution de « Un, Deux, Trois, Soleil ! », avez-vous d’autres projets ?
Oui. Un second recueil de nouvelles, presque prêt. Et ultérieurement car il est encore en chantier, un premier roman qui me donne du fil à retordre. J’avance…Les fondations me semblent plus solides à présent pour espérer monter les murs. A suivre, sauf si les murs s’écroulent entre-temps, évidemment !

Avez-vous un blog ou un site web ? Qu’y proposez-vous ?
Un blog en jachère… Il était régulièrement actualisé, jusqu’à ce que je décide de le remanier il y a quelques mois. Je l’ai nettoyé, façon Jean Reno alias Victor dans « Nikita », et…l’ai laissé en l’état. Un désert, une misère ! Mais bon…dès que possible, je le ressuscite. http://www.lascavia.com

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait vous poser ?
Vous arrive-t-il de vous coucher tôt ?

Autre chose à ajouter ?

Oui. Un petit café serait le bienvenu, et je fumerais bien une cigarette par la même occasion… Et bien entendu : souhaitez-moi bonne chance !