Interview...

Barbe Perrin


Tu viens de publier « L’homme debout », ton troisième roman, chez Chloé des Lys. Tu peux nous dire de quoi ça parle ?
De relations humaines et professionnelles dans une grande entreprise. Du côté humain, il y a l’amitié, ou les amitiés. Celles qui aiment se retrouver au café, autour de quelques verres. Ou bien dans un petit resto pour une bonne bouffe. Du côté professionnel, les ambitions démesurées, le carriérisme, l’hypocrisie, les évaluations dévastatrices, les « trainings » qui ressemblent à des colonies de vacances, la démagogie des dirigeants, la peur des employés…
En fait, l’idée de départ, c’est un constat. Constat qu’on a beau vivre dans un système démocratique (oui, bon, on peut argumenter là-dessus aussi, mais ce n’était pas l’idée du livre), constat, donc qu’on a beau vivre, dans un système apparemment démocratique, ce système s’arrête à la porte des entreprises, qui ont leurs propres règles, leurs « codes de conduite », et inventent leur propre univers.
Et dans cet univers, celui qui équivaut au citoyen, c’est-à-dire l’employé, n’a rien à dire. Juste travailler et fermer sa gueule. S’il se rebiffe, il est facile de le remercier. C’est pourquoi la plupart acceptent et tâchent de jouer le jeu du mieux ou du moins mal qu’ils peuvent.

Tu peux en dire plus sur ce sentiment de peur ?
Il est facile de faire pression sur les gens en jouant sur la peur qu’ils peuvent avoir de perdre leur emploi. Comment résister ? Le boulot, c’est ce qui permet de vivre. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de gagner son pain. Sans ça, quoi ? Écrire et vivre de l’air du temps ? Pour l’écrasante majorité de l’humanité, c’est une utopie.

Pourquoi le titre « L’homme debout » et un chat sur la couverture ?
Barbe – Je ne peux pas expliquer. Il faut lire le livre.

Tu peux nous dire un mot sur les deux précédents ? Pourquoi le (s) dans les deux titres, Secret(s) et Absence(s) ?
Le (s)… oui… la pluralité des choses sous leur apparente singularité… Un secret, n’est jamais simple. Jamais unique. Il y a toujours plusieurs points de vue sur un secret. Celui de ceux qui le connaissent. Celui de ceux qui en partagent un morceau… Et bien sûr le point de vue de celui qui découvre le secret. Il peut y avoir plusieurs secrets en un seul, ou plusieurs secrets qui se côtoient…

Que se passe-t-il au cœur de Secret(s) ?
Secret(s), c’est un périple. Le périple de Momo, le personnage central. Qui l’emmène du lieu de sa naissance et du secret qui pèse sur ses origines jusqu’à la découverte. Découverte du secret, du monde autour de lui et d’horizons nouveaux.

Un voyage initiatique ? On m’a parlé d’une fin extraordinaire.
C’est possible. Certains lecteurs ont trouvé la fin magnifique. J’y suis moi-même très attachée, à cette fin.

Et Absence(s) ? C’est la suite de Secret(s) ?
Oui et non. Les deux histoires sont liées et Absence(s) se passe après la fin de Secret(s), mais elles peuvent tout à fait être lues de manière indépendante. En fait, je reprends dans Absence(s) un des personnages de Secret(s), qui fait aussi un voyage. Qui est aussi à la recherche de quelque chose. A la recherche de ceux, de celles ou tout simplement de ce qui lui manque.
A nouveau, une absence n’est jamais unique. Quand quelqu’un nous manque, il n’y a pas que la personne qui nous manque, mais toute la relation construite avec elle. Les sentiments, mais aussi les moment partagés, les conversations, les sorties, les silences, les disputes... Bien sûr, pour couronner le tout, chaque personnage de l’intrigue (car il y a une intrigue !) qui entre en scène dans Absence(s) est aussi l’absent de quelqu’un ou en absence de quelqu’un ou de quelque chose.

L’histoire se passe dans les paysages de l’Asie Centrale. Pourquoi avoir choisi cette région ?
J’ai eu le coup de foudre dès le premier voyage. J’ai des carnets remplis de descriptions. Ça aide.

Et le personnage central est une femme, seule parmi les hommes, ou presque ?
Oui. Je voulais écrire sur la femme. Poser la question de la féminité dans un contexte masculin et via un personnage féminin et libre. Sexuellement libre. Sentimentalement libre. Moralement libre. Absence(s) n’est qu’un début. Une ébauche. Il y aura d’autres livres en (s).

Justement, des projets ?
Mon quatrième est « en attente ». C’est-à-dire que j’attends la réponse de mon éditeur. Quant à mon cinquième, il est en route d’une bonne cinquantaine de pages.

Tu ne fais que ça, écrire ?
Non hélas ! Je travaille… il faut gagner son pain…

Comment fais-tu pour essayer de te faire connaître ?
D’abord, je suis éditée. C’est le premier pas. Chez Chloé des Lys.
- J’ai un blog : http://barbeperrin.over-blog.com/ (je ne suis pas très assidue, mais il y a des extraits de mes livres)
- Je suis sur facebook
- J’ai une page sur le site des artistes belges : http://www.artistesbelges.be/artistes.php?artiste=1250
Le reste est à suivre. Il faut beaucoup de temps, je crois.
Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique ?
Question influences, c’est plutôt « ni dieux, ni maîtres ». Mais j’aime une quantité de bouquins, de films, de BD. Je crois qu’il faudrait une autre interview, rien que pour ça. Mais pour donner une idée de ce que j’aime, disons, pour la BD : - Le génie des alpages, Gaston Lagaffe, De cape et de crocs
Pour la littérature : Seul dans Berlin, de Hans Fallada et tout tout tout John Irving (je suis en train de lire le dernier : Last night in twisted river).
Pour le cinéma : Affreux, sales et méchants, d’Ettore Scola (la façon dont il a filmé les visages des enfants…)
Pour la sculpture : l’Hermès de Praxitèle
Pour la peinture : Vermeer
Pour la musique : Bob Marley, Vivaldi et Charlélie Couture

Un ami ou une amie dont tu aimerais qu’on parle ?
Il faut parler de Daniel Plasschaert, il a écrit « La gloire amoureuse », un livre magnifique.

Sucré ou salé ?
Salée

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
La connerie, mais toute connerie et toute appréciation de la connerie étant assez subjectives, je dirais plutôt les dogmes (qu’ils soient politiques, religieux, économiques, sociaux, littéraires…). Les dogmes et les étiquettes.

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
Il n’y a pas de question stupide. Que des réponses… ou des dogmes… ou des étiquettes…