Interview...

Franck Pélissier


Pseudo ou nom réel ?
Pas de pseudo, je m’appelle bien Franck Pélissier dans la vraie vie aussi !

Où habites-tu ?
En France et, plus précisément, en Savoie, près de Chambéry, pas très loin de Grenoble et Lyon. C’est une région de montagnes dans laquelle je me sens bien.

Une famille, des enfants…
Je vis en couple et j’ai trois enfants issus de deux unions. Un garçon de 15 ans, une fille qui en a 13 et la petite dernière qui va fêter ses trois ans très bientôt.

Sucré ou salé ?
Salé, ça va de soi. Le salé, c’est l’aventure, la transpiration, le piquant de la vie. Le sucré, au contraire, me semble souvent apparenté à la mièvrerie. Ce n’est pas un hasard si mon deuxième roman s’appelle Deux cafés sans sucre.

Que fais-tu dans la vie ?
Je suis journaliste dans une radio d’information routière où j’occupe la fonction de rédacteur en chef adjoint. La radio représente pour moi une passion de longue date. J’animais déjà des émissions dans des radios locales à l’adolescence et, plus tard, c’est grâce à la radio que j’ai pu trouver ma voie et exercer un métier que j’aime. J’apprécie la réactivité de ce médium et les efforts d’imagination qu’elle suscite chez l’auditeur.
La radio, c’est aussi un ensemble de voix qui vous bercent et vous accompagnent le matin en allant au travail, le soir chez soi, la nuit parfois. Oui, je ne regrette vraiment pas d’avoir choisi cette orientation professionnelle.
Par ailleurs, je suis un peu musicien : j’officie comme bassiste dans plusieurs formations jazz-funk. Je suis aussi un peu cycliste. Le vélo demeure, depuis l’enfance, mon activité sportive favorite. Les heures passées en selle permettent aussi d’intenses méditations. Il n’est pas rare que je trouve des idées de roman ou que je compose des scènes entières dans ma petite caboche tout en pédalant !
Enfin, mais ça, tu le sais déjà, j’aime aussi lire et écrire.

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
J’ai écrit ce qui est devenu mon premier roman en 2002, à l’âge de 33 ans.
J’écrivais déjà des poèmes, des paroles de chansons et même quelques nouvelles depuis l’adolescence, et l’envie de m’atteler à l’écriture d’un roman me titillait depuis un bon moment. J’ai réalisé un premier essai infructueux vers 25 ans mais j’avais dû me résoudre à abandonner après une trentaine de pages, m’estimant (à juste titre) pas assez mûr pour me lancer dans une telle entreprise. Mon texte manquait cruellement de style, mes dialogues étaient ineptes et j’avais l’impression de tourner toutes mes phrases de la même manière.
L’envie m’a repris quelques années plus tard et, cette fois, je me sentais prêt. Une fois que j’ai eu l’histoire en tête, je me suis jeté corps et âme dans l’aventure.
Deux mois plus tard, mon premier roman était écrit. L’année suivante, il était publié. Il s’est écoulé à plus de 1600 exemplaires. C’était vraiment un rêve mais, à l’époque, je n’ai pas vraiment réalisé à quel point j’avais été chanceux. Quand je vois les difficultés pour me faire publier aujourd’hui, alors que mes textes me semblent bien meilleurs que celui de ce premier roman, je me dis que j’avais vraiment une bonne étoile au-dessus de la tête !
Quant à la question de savoir pourquoi j’écris, je n’en sais rien. Pour mon premier texte, je crois que j’avais vraiment besoin de coucher sur le papier certaines névroses pour mieux m’en libérer. Ce roman racontait l’histoire d’un homme qui perdait les siens dans un accident de la route. Or, j’ai perdu mon père dans des circonstances similaires. A l’époque où je l’ai écrit, je ne me suis même pas rendu compte à quel point j’avais, avec ce livre, réalisé finalement ma propre psychothérapie !
Aujourd’hui, à la même question (pourquoi j’écris), je répondrais que c’est parce que j’y prends un plaisir fou. Voilà tout.

As-tu déjà publié quelque part ?
Mon premier roman, Nationale 75, a été publié en 2003 aux éditions du Bastberg, un maison basée en Alsace. Il est entré dans une collection baptisée « les polars régionaux » même si, selon moi, il ne s’agissait ni d’un polar, ni d’un roman régional. Je lui préfère le terme de roman noir. Quant au fait qu’il se déroule dans une région bien définie (celle de Grenoble et Lyon), c’était juste par facilité. Pour un premier texte, il me semblait plus confortable d’évoquer des lieux que je connaissais bien.
Cet éditeur a ensuite connu de sérieuses difficultés financières et a dû déposer le bilan. Mon livre est épuisé, on n’en trouve plus que quelques exemplaires sur Internet.
Il m’a donc fallu reprendre mon bâton de pèlerin et démarcher de nouvelles maisons d’édition.
Mon deuxième roman n’a pas vraiment convaincu et c’est alors que je n’y croyais plus vraiment que Chloé des Lys l’a accepté.
Il est sorti en 2007 et raconte les déboires d’un musicien de jazz qui tombe amoureux de son amie d’enfance. Cette histoire d’amour assez classique était surtout l’occasion pour moi d’écrire sur le milieu de la musique en général et sur celui du jazz en particulier. Je trouve que l’ambiance qui règne dans les clubs de jazz est tout à fait propice à l’écriture d’une fiction romanesque.

As-tu déjà remporté des prix ou obtenu une reconnaissance quelconque ?
Mon premier roman a fait partie de la sélection officielle du Festival du Premier Roman de Chambéry, en Savoie, en 2004. Il s’agit d’une manifestation littéraire d’envergure nationale qui, chaque année, distingue les primo-romanciers dont les livres ont été les plus plébiscités. Tous les premiers romans publiés dans l’année écoulée sont lus par des comités de lectures disséminés dans tout le département, et chaque comité de lecture doit établir la liste des romans qu’il a le plus apprécié. Si votre livre en fait partie, vous êtes alors invités à passer trois jours à Chambéry à l’occasion du festival pour participer à de très nombreuses rencontres au sein des comités de lecture qui vous ont choisi.
C’est une expérience formidable pour un auteur car elle permet d’aller à la rencontre de son public et d’entendre l’avis de lecteurs qui, non seulement connaissent déjà votre œuvre sur le bout des doigts mais qui, en plus, ont envie d’en savoir plus sur l’auteur. Chaque année, 13 ou 14 romans sont ainsi primés. Enfin, ce festival donne également l’occasion de belles rencontres avec d’autres auteurs issus de tous horizons. Cela créé une ambiance assez « colonie de vacances ».
Lors de ma promotion, j’ai ainsi pu sympathiser avec des auteurs comme Jean-Philippe Blondel, Mathias Enard, Nathacha Appanah ou Xavier Houssin qui, depuis, se sont véritablement installés dans le paysage éditorial français.
Ce festival a aussi accueilli quelques primo-romanciers devenus très célèbres par la suite. Des gens comme Olivier Adam, Christine Angot, Philippe Besson, Maxime Chattam, Philippe Claudel, Maurice G. Dantec, Philippe Grimbert, Michel Houellebecq, Jean-Claude Izzo, Hubert Mingarelli, Amélie Nothomb, Pierre Péju, ou encore Martin Winckler sont tous passés par Chambéry un jour. Et la liste est loin d’être exhaustive !

Pourquoi Chloe des Lys ?
J’ai contacté Chloé des Lys (CDL) à la suite d’une rencontre avec Jean-Louis Nogaro qui venait de publier son premier roman dans cette petite structure éditoriale basée en Belgique et dont je n’avais jamais entendu parler avant.
Il m’a donné les coordonnées, j’ai envoyé un manuscrit sans réel espoir car j’avais déjà écumé sans succès de nombreux éditeurs. A l’arrivée, le manuscrit a été retenu et j’ai été très heureux de pouvoir donner une existence réelle à ce texte auquel je tenais beaucoup.
Hélas, je trouve que l’absence d’un véritable réseau de distribution est cruellement handicapante, qu’elle ne permet pas au livre de rencontrer véritablement son public. Je trouve aussi que les différences de législation en la France et la Belgique compliquent sérieusement les choses.
Les libraires hésitent français hésitent à commander les livres de Chloé des Lys car ils doivent payer des taxes sur chaque exemplaire… Bref, aujourd’hui, je ne pense pas que je renouvellerai l’expérience. Je n’ai pas soumis mes derniers manuscrits à CDL et suis donc à la recherche d’un nouvel éditeur.

Quel ouvrage vas-tu publier ?
J’ai plusieurs textes terminés ou en voie de l’être. Un polar assez court destiné à un éditeur spécialisé dans ce genre qui me l’avait commandé mais qui est hélas en proie à quelques difficultés financières. Je ne sais pas si le projet aboutira.
Deux autres romans déjà terminés : l’un qui raconte le voyage d’une femme d’une cinquantaine d’années qui entreprend de se rendre au chevet de sa meilleure amie atteinte d’un cancer en phase terminale, l’autre qui décrit les errances d’un couple dont la vie bascule après la perte d’un fils. Une histoire construite autour de la schizophrénie et où l’on se demande qui du narrateur ou de son épouse sombre vraiment dans la folie.
Je ne sais pas si ces ouvrages seront publiés un jour. Je refuse de les sortir à compte d’auteur. Tout dépendra donc de l’écho qu’ils rencontreront auprès des éditeurs à qui je les ai envoyés. On dit que, en moyenne, seul un manuscrit sur mille est finalement publié. Ça me laisse donc 999 chances de ne pas l’être !

D'autres projets pour la suite ?
Je travaille actuellement sur un roman plutôt burlesque où un auteur, découragé par ses échecs successifs, décide de se remettre à l’écriture après une rencontre avec son auteur favori. Sauf que l’on découvre rapidement que, pour parvenir à ses fins, il va décider d’usurper l’identité de son idole et de publier des livres sous son nom ce qui, bien évidemment, sera prétexte à tout un tas de situations ubuesques. Ce projet me plait beaucoup et il y a longtemps que je n’avais pas été aussi inspiré par une idée de roman. J’y consacre plusieurs heures chaque soir et je dois dire que ça avance assez vite.

Comment écris-tu ?
Ça dépend. Il m’est arrivé de n’écrire qu’en dilettante, en n’y consacrant que certaines plages de temps libre et donc de mettre plusieurs mois voire plusieurs années avant de boucler un roman. En ce moment, c’est plutôt l’inverse : je suis tellement investi dans mon projet en cours que cela parasite mes pensées en permanence et que je ne laisse pas une journée sans essayer d’avancer un peu, ne serait-ce que de quelques lignes.
Comme j’ai, par ailleurs, un vrai travail, j’écris en général le soir, après 21h00 ou 22h00 et jusque tard dans la nuit. Les périodes d’écriture sont aussi des périodes de grande fatigue !

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique…
Mes maîtres, ceux qui m’influencent, son nombreux.
Pour la littérature, je suis assez fan d’auteurs comme Jean-Paul Dubois (c’est d’ailleurs à lui que je consacre mon roman en cours), Philippe Djian, Emmanuel Carrère, Nicolas Fargues, Christian Gailly, et bien d’autres. J’aime quand les romans se concentrent sur des tranches de vie, qu’ils nous permettent d’accompagner un personnage d’un point A à un point B, si possible écrits à la première personne. Je n’ai pas besoin de scénario rocambolesque ou de rebondissement toutes les deux pages pour être captivé par un texte. J’attache beaucoup d’importance au style et à l’ambiance qui s’en dégage.
Mon vrai dernier coup de cœur, ou plutôt mes vrais derniers coups de cœur, sont les deux derniers ouvrages d’Emmanuel Carrère : 'Un roman russe' et 'D’autres vies que la mienne'. Deux récits extrêmement intimes et touchants. Emmanuel Carrère m’impressionne beaucoup à travers ces deux textes.
Concernant le cinéma, figure-toi que mon film préféré est l’œuvre d’un réalisateur belge, un certain Marc-Henri Wajnberg. Il s’agit de « Just friends ». Il raconte l’histoire d’un saxophoniste belge qui rêve de partir pour New-York, excellemment interprété par Josse De Pauw que je ne connaissais pas auparavant et que je trouve simplement fantastique dans ce rôle. La bande originale est signée Michel Herr, un pianiste belge, que j’ai même fini par contacter pour lui demander s’il ne lui restait pas, à tout hasard, quelques exemplaires du CD, celui-ci étant devenu introuvable sur le marché. Non seulement j’ai pu acheter un CD mais la société de production m’a même offert une vidéo du film. J’étais aux anges. Ce film représente d’ailleurs l’une des plus importantes influence de mon deuxième roman « Deux cafés sans sucre ».
Sinon, mon dernier coup de cœur cinématographique va à « The visitor », un petit film d’auteur américain intitulé qui raconte l’histoire d’un prof d’université se liant d’amitié avec un joueur de Djembé immigré clandestin. Un film formidable.
Je n’y connais rien en peinture même si certaines œuvres ne me laissent pas indifférent.
Quant à la musique, elle est tellement importante dans ma vie qu’il me faudrait des pages et des pages pour en parler. Ma discothèque comporte plus de 600 CD. Parmi eux, du jazz, du rock, des musiques du monde, de la chanson. Ça va de Chet Baker à Red Hot Chili Peppers en passant par Claude Nougaro ou Michel Jonasz. J’ai des goûts très éclectiques mais je dois avouer que j’attache pas mal d’importance à la qualité musicale des artistes, plus encore qu’aux textes. L’idéal étant bien sûr de concilier les deux, comme chez Nougaro.

Tes hobbys As-tu d'autres activités artistiques ? Dessin, cabaret...
J’ai déjà évoqué la musique, j’aurais pu ajouter l’humour. Je m’adonne, avec un ami et collègue de travail, à la réalisation de sketchs assez potaches que nous mettons en ligne sur Internet. Notre nom de scène est assez représentatif de notre état d’esprit : nous nous sommes baptisés « Les Branquignols ».

As-tu un blog ou un site ?
Trois sites Internet plus ou moins tenus à jour.
Mon site perso, www.franck.pelissier.free.fr, qui sert notamment de vitrine à mes deux livres publiés.
Le site de mon trio de jazz, http://kobaltjazz.free.fr, où l’on peut découvrir le répertoire du groupe.
Le blog des Branquignols, http://branquignol.canalblog.com, pour visualiser nos vidéos délirantes.
Enfin, on ne sait jamais, s’il y a des amateurs de vélo parmi les aficionados de « Actu », ils peuvent aussi faire un tour sur le site du club auquel j’appartiens, http://www.tvs.free.fr , sur lequel je signe parfois quelques petits articles.

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
Plein de choses. Je suis un râleur par nature. Ce qui me fout le plus les boules actuellement, c’est cette faculté qu’à l’homme de détruire notre belle planète sans se soucier vraiment des conséquences. On sait qu’on va droit dans le mur mais on ne fait rien pour que ça change. On prend tout ce qu’on peut prendre tant qu’il en reste encore, et tant pis pour les générations futures, elles n’auront qu’à se démerder. C’est scandaleux mais c’est sans doute dans la nature humaine. Je ne suis pas très optimiste quant à la suite des évènements. Je m’inquiète pour nos enfants, à commencer par les miens.

Un souhait ?
Oui, une prise de conscience générale de la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons. A un niveau plus personnel, je serais très heureux si le roman que j’écris actuellement trouvait un jour un éditeur. Je ne sais pas pourquoi, mais j’y crois assez, à cette petite histoire.

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
Quelle question stupide ! Non, je plaisante. Je serais bien tenté de dire qu’il n’y a pas de questions idiotes, que seules les réponses le sont, mais ce serait mentir. En réalité, je trouve que notre quotidien est tellement truffé en permanence de questions cons (« ça va ? », « il fait beau hein ? ») qu’il m’est difficile de n’en citer qu’une seule. Voilà. Et sinon, toi, ça va ? Il fait beau, hein !