Interview...

Jean-Pierre Meyer


Pseudo ou nom réel?

« Pour vivre heureux, vivons caché ». J’ai donc par prudence et pour faire efficacement diversion inversé mon nom et mon prénom… ni vu ni connu… incognito parfait… j’évite habilement les meutes de paparazzis qui me harcèlent jour et nuit, les escadrons de fans envahissants qui me poursuivent et m’arrachent ma chemise bleue de chez Prisunic… « Jean-Pierre Meyer » devient ainsi « Meyer Jean-Pierre » … Fallait y penser. Non?

Tu habites où?

« Pour vivre heureux, vivons encore caché ». Par une nuit de pleine lune, alors que je récupérais mes sens après d’amicales et copieuses agapes, assis contre un des chênes qui protègent ma maison, une espèce de fée mal attifée, même pas belle, m’a fait le coup du génie d’Aladin. Même pas eu le temps de frotter sa lampe, j’ai répondu n’importe quoi au coup des trois vœux… bon voilà, j’ai des plumes ridicules, un bec qui m’empêche d’espérer déguster un Château Yquem avec mes potes de toujours, deux pattes filiformes qui m’obligent à sautiller sous le regard débile des écureuils qui se marrent, je chante comme un dératé de la Star’Ac et je niche dans cette foutue cabane en bois que j’avais accrochée dans le chêne pour les mésanges que j‘ai virées. Seule angoisse et de taille : mon chat Pistache que j’ai amoureusement nourri et tendrement caressé des années durant… fait le guet au pied du chêne en se léchant déjà les babines. Bon, t’as une autre question?

Sucré ou salé?

Des huitres de Marennes sucrées à l’éclair au chocolat au sel de Guérande… l’aventure culinaire ne m’effraie pas. Je reste très ouvert à ce subtil mélange qui fait que l’on croque joyeusement dans un pain au chocolat dans lequel le boulanger inventif et joueur à subtilement glissé une sardine à l’huile d’olive ou un hareng séché en guise de friandise surprise. Il en est de même de cette délicieuse brandade de morue à la banane sur laquelle on a disposé de délicats éventails de lobes d’abricots et autres quartiers de fraises et sur lequel le cuisinier a finalisé son décor de savantes arabesques de coulis de framboises et de chocolat blanc à la moutarde ancienne mêlés.

Plaisanterie mise à part, je crois que le magret de canard aux pêches nappé de miel de fleurs, que je cuisinerai avec émotion et amour, c’est promis, pour mon 100 000ème lecteur, fait de cet heureux et subtil mélange des saveurs sucrées et salées un pur bonheur des papilles…

Ton job?

Régulateur de ressources de père en fils. Mon travail consiste à spolier par tous moyens autorisés l’univers des nantis de ses ressources excessives autant que souvent vitalement inutiles au profit de l’univers des déshérités de la vie sans aucunes ressources excessives… et donc vitalement impératives… créateur d’équilibre… empêcheur de consommer en rond et entre nous… partageur de soucis…

J’ai dernièrement détourné le yatch d’un milliardaire un peu gras avec son équipage « bien propre sur lui » pour ramasser quelques amis à bout de forces qui nageaient désespérés vers un continent orgueilleux qui leur avait fait miroiter ses excès en tous genres et son opulence indécente…

J’apprends à l’instant que le Centre de formalités des entreprises vient de me refuser mon statut de régulateur de ressources. Tiens j’entends la sirène de la police… mais que font ces hommes cagoulés et armés qui se déploient dans mon jardin… NON, ils n’ont quand même pas envoyé le GIGN !!… mais ils me menottent les bougres… comment vais-je écrire mon prochain roman?

Un souhait?

Avoir à la place de chaque téton de mes adorables petits seins un bouton OFF côté droit qui déconnecterait immédiatement les fonctionnalités vitales de mon petit corps en cas de mauvais temps, problèmes, factures, huissiers, maladies et autres contrariétés de cette foutue vie et qui m’expédierait illico vers ce paradis céleste promis de longue date et un bouton ON côté cœur qui à l’inverse, me permettrait de regagner le plancher des vaches dès le retour du grand soleil et ciel bleu, du grand beau temps, du bonheur, de l’amour, du partage, des joies de la vie quoi…

Dès que ce prototype est au point, fiable et reproductible, je promets d’en offrir gracieusement le mode d’emploi et le bénéfice dans le monde entier à tous les déshérités et cabossés de la vie…

Banquiers divers et avariés, grands patrons en parachute que je souhaite parfois un peu troués et toutes espèces de spécimens politiques et autres donneurs de leçons de vie depuis quelques bureaux dorés s’abstenir…

Pourquoi t’es chez Chloé des Lys?

Je suis tombé immédiatement amoureux de Chloé. « Chloé des Lys »… de quoi follement fantasmer… ça a quand même une autre allure que Le Seuil, Flammarion, Grasset, Gallimard, Stock… J’ai imaginé la belle, ses cheveux longs et bouclés, son déhanchement langoureux, ses rondeurs coquines, ses yeux en amandes, son émotion bouleversante à la lecture de mon pauvre manuscrit… bon d’accord je me suis joyeusement planté! L’éditrice rêvée a eu un incontestable problème de dosage hormonal… mais l’essentiel n’est-il pas que le comité de lecture ait été séduit et ait décidé de me faire confiance, non?

Et puis cette manière bien à eux qu’ils ont chez Chloé d’aborder l’édition… ça me plait bien!… et le respect de l’auteur avec ça,… alors rien que du bonheur!

T’écris quoi?

N’importe quoi, des mots d’amours à mon centre des impôts, de folles déclarations à ma boulangère, des billets doux à Emmanuelle Béart, des poèmes à mon député, des listes de courses pour le supermarché, des résolutions impossibles à tenir, des notes de frais, des chèques en blanc à ma douce, des lettres anonymes enflammées au président, des insultes au gardien de la paix qui m’a racketté de 90 euros pour atteindre son quota imposé et qui a le culot de me parler de prévention, des chansons paillardes pour me faire remarquer, des listes de noms de mes nombreux lecteurs… enfin trois ou quatre en fait… et de ma famille qui plus est!

… et puis aussi un nouveau roman « La plume de l’ange » que je vous conseille vivement… Il changera sûrement votre vie! En tout cas quel plaisir de l’écrire! Allez, un bon geste, offrez-le aux gens avec qui vous voulez définitivement vous fâcher…

Qu’est-ce qui te fout en rogne?

Sans aucun doute l’indifférence et l‘intolérance. Indifférence de ceux qui disent : bof, faut voir, peut-être, c‘est pas chez nous, plus tard, c‘est aux autres à le faire, ça ne nous concerne pas…

L’intolérance de ceux qui disent comme l‘a chanté Vassiliu : qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il a, qui c’est celui là, il est bizarre ce type là, l‘est pas comme nous celui-ci, il est un peu louche aussi, avec de ces manières avec ça, curieux non?…

Tes livres cultes, tes films cultes, tes personnages cultes?

Je pourrais vous faire le coup snobinard de mes auteurs littéraires incontournables, des films qu’il faut avoir vu et que je n‘ai pas vus, des peoples à paillettes et stars préfabriquées de l’audimat qui m’ennuient…

… je vais vous décevoir. Le premier livre qui m’a sans doute donné envie d’écrire, d’imaginer et de rêver était la BD « Bleck le Roc » . Je guettais chaque sortie de « Kiwi » qu’on se prêtait entre copains . On se partageait ensuite les rôles de trappeurs invincibles et forcément défenseurs de la veuve et de l’orphelin qui hantaient la cour de récréation transformée en forêt épaisse et espaces tourmentés des Rocheuses. Bleck le Roc et Roody… quels grands moments intrépides. J‘avais dix ans!.

« Thierry la Fronde » était la série qui continua à modeler notre imaginaire. Et Isabelle était si belle. C’était notre rendez-vous du jeudi chez notre seul copain qui avait la télévision dans le village! On se bricolait ensuite ces frondes rafistolées de bric et de broc qui entre nos mains devenaient magiques… et dangereuses!. Les vitres des fenêtres de France et de Navarre s’en souviennent encore. J’avais 11 ans!

Le personnage qui m’a le plus marqué est sans aucun doute Lucien, clochard magnifique rencontré au hasard de mes errances, ancien professeur de philo devenu par choix habitant du trottoir parisien, libre et beau dans se boucles blanches, qui me chanta de sa voix étonnamment cassée : « Je m’appelle Lucien et mon histoire est drôle, je vagabonde à travers la vie comme poussé par le vent. J’écoute les gouttes d’eau, je contemple la brume, ermite insouciant de vos folles existences, perte de vos droits les plus naturels… »… J’avais 20 ans.

Quelle est la question la plus stupide que l’on pourrait te poser?

« Dis monsieur l‘auteur bien aimé, est-ce que tu as répondu avec sincérité, vérité et réalisme à cet interview ? »