Interview...

Thierry Mallinus


Pseudo ou nom réel ?
Nom réel.

Tu habites où ?
En Belgique, quelque part dans le Hainaut vert, dans une petite maison blanche égarée dans la brume et les champs, loin de la furia de la ville que nous avons quittée, mon épouse, mes enfants et moi-même il y a une dizaine d’années.

Sucré ou salé ?
Salé, sans aucun doute. Le sucre sature et empâte. Tandis que le sel, lui, malgré son apparence insignifiante, mord et attaque. À condition de ne pas être pressé, on peut le voir venir à bout d’une montagne.

Ton job ?
Il faudra plus d’une ligne... Alors, enseignant le jour, professeur de langues germaniques dans le secondaire pour être précis, DJ le week-end (depuis 15 ans) et écrivain amateur les autres nuits...

Un souhait ? Pouvoir compter sur 36 heures par jour au lieu de 24. J’ai déjà fait la demande auprès des autorités compétentes, business plan à l’appui, mais il m’a été répondu qu’on ne pouvait rien me promettre avant les prochaines législatives.

Pourquoi tu es chez Chloé des Lys ?
Parce qu’ils m’ont fait confiance, à moi et à mon histoire. Leur vision personnelle de l’édition - somme toute assez iconoclaste - a immédiatement séduit mon côté anticonformiste.

Tu écris quoi ?
J’ai pas mal de trucs qui grondent au fond de mes tiroirs mais je n’ai jusqu’à présent été complètement satisfait que d’un seul texte : un roman, "Dies Lacrymosa", qui paraît aujourd’hui chez CDL. Celui-ci traite avant tout de personnages en perte de repères et d’équilibre dont les actes vont se révéler tragiques pour leur entourage et pour eux-mêmes.

Le roman, pour moi, a cette force de pouvoir mettre en exergue, avec le recul nécessaire, des situations parallèles à la réalité dont on peut mieux comprendre les tenants et les aboutissants. Mes histoires ont toujours comme point de départ un fait réel qui m’a touché, ému ou terrifié, mais que je prends le temps d’analyser selon des prismes différents afin de mieux les déchiffrer.

Ce sont ces histoires-là que j’aime lire, que j’aime écrire, ce sont celles-là qui restent pour moi ; la tragédie étant mon genre de prédilection sans que je sache vraiment définir ce qui, un jour, a provoqué mon addiction. Cela dit, si la préférence du lecteur le pousse vers le rayon « Bibliothèque Rose », ce que je respecte bien sûr, il vaut peut-être mieux que notre rencontre n’ait pas lieu...

Qu’est ce qui te fout en rogne ?
Le réveil le matin, le lait à température ambiante dans les céréales... Non, sérieusement, le manque de respect ou de considération envers autrui en général, la pub à la télé qui dit que si vous donnez Kinder à vos enfants, vous êtes une bonne mère, celle qui propose à l’ado pour un fric monstre une sonnerie de Gsm que le prof n’entend pas et tout ce qui touche à la téléréalité et au voyeurisme. D’une manière générale, l’estompement des barrières, du cadre que la génération passée s’efforçait de nous donner avec plus ou moins de succès sans pour autant être réac’.

J’ai un problème aussi avec les sociétés masculinisées selon lesquelles l’homme et la femme seraient tellement différents qu’ils ne pourraient pas jouir des mêmes droits ou devraient se conformer à des règles distinctes. Je ne m’énerve pas facilement cela dit, je monte très lentement... Mais quand j’y suis, j’y suis.

Tes livres cultes, tes films cultes ?
N’êtes pas pressés j’espère ? Bon alors côté bouquins, je citerais tout d’abord « La Malvenue » de Claude Seignolle. Cette histoire est pour moi un modèle de fantastique rural où le Diable sommeille en chaque phrase. D’ailleurs, si cela vous intéresse, vous trouverez beaucoup d’infos concernant cet auteur sur mon site personnel.

Dans un style différent, « Les Noces Barbares » de Yann Quéffelec. Si j’avais eu voix au chapitre à l’époque, j’aurais écrit personnellement aux jurés du Goncourt pour qu’il ait le prix deux fois plutôt qu’une. Sans savoir réellement pourquoi, je le rattache souvent à Mauriac.

J’adore « Le Sagouin », « Le Baiser au Lépreux ». « Les Hauts de Hurlevent » aussi. Le théâtre de Ghelderode. « Malpertuis » de Jean Ray, « L’Arrache-cœur » de Boris Vian… Plus récemment, chez Chloé des Lys d’ailleurs, « L’Homme à la Chimay bleue » de JP Querton ; ce livre m’a profondément marqué... Ainsi qu’un certain « Myrtis et autres histoires de nuit et de peur », paru quelques années avant ma naissance et qui a obtenu le prix Jean Ray à l’époque...

Côté ciné, c’est comme en musique, je ne suis bien qu’avec l’extrême : dans le désordre, avec plus ou moins d’affection, je citerais « Irréversible », « Tideland », « Le Vieux Fusil », « Le Labyrinthe de Pan », « Le Loup-garou de Londres », « Crash », « Old Boy » et plus récemment « The Dark Knight » ... Ce sont des films intelligents et assumés qui m’ont fait rester longtemps immobile dans le noir une fois le générique déroulé.

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
Pourquoi mettre cela au conditionnel ?