Interview...

Florian Houdart


Pseudo ou nom réel ?
Nom réel. Les pseudos, c'est sur le net. Et je suis déjà suffisamment dépendant de mon écran comme ça. C'est hélas le seul moyen pour moi de garder contact avec des gens intéressants qui vivent à cent mille lieues de moi. Alors, s'il me faut en plus prendre un pseudonyme pour écrire, « Florian Houdart » n'aura jamais vraiment existé et ce serait bien dommage pour lui.
Mais un jour, promis, je me cacherai derrière un pseudo. Pour pouvoir écrire un roman qui indignera tous ces spécialistes du prêt-à-penser qui font de Marc et Bernard-Henry Lévy des dieux incarnés. Je pourrais ainsi venger Boris Vian, condamné pour avoir été simplement un peu plus loin que ces plumitifs yankees devant qui tout le monde mouillait. (rires)

Où habites-tu ?
A Lessenbos. Je le dis en néerlandais pour m'excuser auprès des flamands parce que le coin est censé baigner dans le bilinguisme et que je ne pète pas un mot de ce patois. La faute à cette bonne vieille Madame Chaway qui s'est amusée à me traumatiser parce que j'ai eu le malheur de naître pauvre. Jacqueline, si tu nous lis, j'espère que tu prends toujours aussi soin de tes fils de notables. Fin de la parenthèse.
Donc, Lessenbos ou Bois-de-Lessines, c'est un bel ensemble de petites fermettes restaurées, postées à l'entrée du Pays des Collines où l'on brasse la bière en dansant avec les sorcières deux fois l'an. C'est ma terre d'adoption. J'ai vécu toute mon existence à Soignies. Je suis parti il y a peu pour voler de mes propres ailes avant que je ne sache plus les déployer.

Une famille, des enfants ?
Presque pas de famille. Des enfants, non. Mais un enfant, j'aimerais bien. Par contre, je ne veux pas de la femme qui va avec - à moins qu'elle soit honnête, cultivée et psychologiquement équilibrée)
Mais ça, ça fait un petit temps que j'ai cessé d'y croire. Je pense que c'est arrivé à peu près en même temps que la fois où j'ai réalisé que le communisme c'était pas possible.
Bordel, ça me fout les larmes tout ça. Si les gens – et les femmes surtout - étaient moins conditionnés par le système, on pourrait construire un monde bien meilleur, sans violence. En attendant, je suis là, la plume à la main. Parfois, je la lâche et je serre les poings. Putain, c'est dur la solitude.

Sucré ou salé ?
Je suis aussi chips que fruits, aussi rock que rap, aussi fragile qu'endurci. La société moderne fait de nos personnalités un réseau de paradoxes. Alors, question goûts et couleurs, j'accepte d'aimer tout et son contraire. Du moment que je ne sombre pas dans la connerie, c'est le principal.

Que fais-tu dans la vie ?
Là, j'attends d'avoir passé le Certificat d'aptitudes pédagogiques pour pouvoir poursuivre ma carrière dans l'enseignement.

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
J'écris depuis que j'ai commencé à lire. Je me suis directement dit que j'étais capable de faire pareil. Alors, bien sûr, au début, c'était d'une niaiserie affligeante mais bon, une fois que j'ai mis les dinosaures et les guerres inter-galactiques au placard, ça a commencé à aller mieux.
Tiens, je me souviens de cette histoire d'ours rédigée avec ma mère lorsque j'avais six ans. J'y fais d'ailleurs allusion dans « La petite femme aux cigarettes », mon troisième roman achevé il y a peu.
Sinon, j'écris généralement pour partager une démarche littéraire et un message, tout en faisant gaffe de ne jamais donner dans la propagande. J'écris aussi pour pouvoir entendre ma voix, ma vraie voix, celle qui ne zozote pas.

As-tu déjà publié quelque part ? Et quoi ? Quel genre ?
Non, pas possible. J'avais pas la majorité. Et de toute manière, c'était nul (rires)

Pourquoi Chloe des Lys ?
Parce qu'une maison d'édition sous statut asbl qui fonctionne au coup de coeur plutôt qu'aux coups de pub, c'est ce dont nous avons besoin en Belgique, pour donner sa chance à chacun tout en ne tombant pas dans le piège tendu par la médiocratie qui consiste à rechercher à tout prix « Ze best-seller » qui permettra le développement de la maison.
Au début, je voulais tenter le buzz sur Internet mais je suis vite redescendu sur terre : un roman de deux cents pages n'est pas un morceau de trois minutes qu'on fait tourner à l'envie chez ses contacts.
Alors, j'ai découvert la philosophie de Chloé des Lys, au travers de l'oeuvre de Jean-Philippe Querton que j'adore et j'ai décidé de tenter le coup. Je pense que ça valait la peine.

Quel ouvrage vas-tu publier ?
Mon premier roman s'appelle "Black-out". C'est un roman d'anticipation sociale à l'esthétique surréaliste. On y suit trois personnages principaux qui évoluent dans un futur aberrant entièrement régi par la main invisible du marché et les caprices des puissants.
Marie-Rose est une comédienne prête à vendre jusqu'à son propre corps pour atteindre ses fins. Elle tombe follement amoureuse d'un personnage encore plus inhumain que le système qu'il prétend combattre.
Patrick est un ouvrier déporté dans une décharge par le régime. Son seul souci est de cacher à son fils l'horreur du monde qu'ils affrontent au quotidien.
Enfin, Kévin est un jeune homme désabusé qui a vu sa vieille tante se faire tuer par une milice d'extrême-droite. Il erre de squat en squat et perd ses amis qui, peu à peu, vont être amenés à préférer le réconfort de la drogue à celui de la musique.
Ces trois-là finiront par se retrouver pris dans un même combat, un combat où il ne peut y avoir de gagnants.

Des projets pour la suite ?
Là, je viens d'envoyer un nouveau manuscrit à Chloé intitulé "La petite femme aux cigarettes". C'est une version moderne du célèbre conte d'Andersen. Sauf que l'héroïne est une jeune femme et que ça se passe en plein Bruxelles et à notre époque, peut-être même derrière notre porte. C'est encore un jeu d'ombres et de lumières. Page après page, la frontière entre chronique sociale et fantastique s'estompe et on retrouve cet état d'entre deux, ce « surréalisme contemplatif » qui est un peu ma marque de fabrique.
Ici, ce seront donc les sourires de mes personnages qui vous arracheront quelques larmes. Quand vous lirez le final, j'espère que vous vous direz « Ca a beau être une caricature, cette hypocrisie-là, je la croise au quotidien et je n'en veux pas. »
A part ça, je suis en train de monter un groupe de fusion qui, non content de fusionner différents sous-genre du rock avec la culture urbaine, jette également un pont entre la musique, la déclamation théâtrale et la poésie. Le projet est ambitieux mais je pense qu'il vaut largement le coup. Là, un batteur nous a rejoint. Le set est donc au complet. On a fait quelques répètes et quelques enregistrements de compos.
C'est déjà prometteur mais il y a encore pas mal de travail. En tout cas, on va essayer d'attaquer bientôt nos premières vraies scènes. J'espère retirer pas mal d'enseignements de cette collaboration avec des musiciens. De toute manière, pour moi, l'avenir de la poésie, c'est la musique.

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique…
Ici, je pourrai m'étendre des heures mais je ferai succinct.
En littérature :
- Boris Vian : parce que depuis que j'ai goûté à la saveur de ses jeux de mots, à la vivacité de ses décors et à l'insolence de ses images, j'ai ouvert les yeux et j'ai vu que dans ma bibliothèque, il y avait quand même pas mal de bouquins chiants.
- Georges Orwell : parce qu'en plus d'être un excellent écrivain, c'est un formidable témoin de l'histoire et un devin.
En cinéma :
- Je ne regarde des films qu'en galante compagnie donc rien pour le moment. (rires)
En peinture :
- Magritte, évidemment. J'ai ses cinq cents tableaux sur mon PC. C'est une source d'inspiration inépuisable pour moi. Au-delà,de la peinture proprement dite, j'y vois des énigmes philosophiques et de la poésie. Sinon, j'aime bien aussi Munch, Kandinsky et Rousseau.
En musique :
- Poison the well, depuis près de deux ans maintenant. Pour la violence poétique et la beauté dans la dissonance. Les paroles de leurs chansons sont tellement magnifiques que je les ai toutes traduites alors que je n'aime pas les langues germaniques.
- Nine Inch Nails, depuis près de quatre ans maintenant. Pour les expérimentations sonores réussies et la noirceur des machines qui vous remontent dans les veines jusqu'au cerveau.

Tes hobbys ?
Natation, cyclisme, ateliers ludiques avec des enfants, scènes slam et soirées culturelles.

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
Beaucoup de choses. Je dirais que je déteste être une victime mais que je le suis assez souvent en fin de compte, parce que pour beaucoup, je suis justement le coupable idéal.

Un souhait ?
Que les gens prennent conscience du conditionnement dans lequel la société moderne a enfermé chacun de nous. Que l'on voit enfin l'aliénation derrière les privilèges. Que les gens au-dessus des lois soient punis et que ceux qui vivent en dessous se révoltent. Mais ça ne se passera jamais. A cause de nos égoïsmes, ce système ne peut s'effondrer que dans un bain de sang.

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
Toute question à caractère sexuel. Ca trahit généralement un manque d'inspiration