Interview...

Lisa Geppert


Pseudo ou nom réel ?
Ce que vous voyez est mon nom réel. J’hésite encore à trouver un nom de plume. Je ne sais pas. Vous en pensez quoi, vous ?

Où habites-tu ?
Je viens de déménager dans une belle maison ancienne à Verdun. Un peu de rafraîchissement à faire mais… il y a une âme, un quelque chose, qui fait qu’on s’y sent bien.
La ville en elle-même, j’ai dû l’apprivoiser. Elle peut paraître un peu grise, terne au premier abord : la crise économique est passée par là... Mais c’est en fait un très joli endroit, à taille humaine. Il y a des lieux particulièrement agréables, de belles balades à faire, deux mille ans d’histoire ou presque qui se superposent, s’entrecroisent, et une certaine idée de la paix entre les peuples.

Que fais-tu dans la vie ?
Pas le métier que j’imaginais. Petite, je voulais être vétérinaire. J’ai d’ailleurs fait un cursus scientifique au lycée… Mais j’ai toujours aimé écrire, dessiner, rêver. À un moment donné, j’ai eu à choisir entre ce qui me passionnait et ce vieux rêve d’enfant, dont je n’étais plus si sûre qu’il me correspondait vraiment. Je suis donc partie faire des études de lettres. Je crois que dans ma tête, je voulais ainsi me donner les moyens de progresser, par la lecture, la découverte et l’étude de nouveaux textes. Ça a très bien marché : à force de tâtonnements, j’ai fini par trouver ma « voix » en poésie à cette époque.
Mais entre-temps, vous savez, il fallait réfléchir à un « vrai métier » (rires). J’ai choisi ce qui me paraissait le plus simple et le plus sécurisant pour obtenir un emploi par la suite : prof !
Après « l’épreuve du feu » (comprenez « année de stage » où on se retrouve, sans aucune expérience, devant les élèves… En somme : ça passe ou ça casse), j’ai résisté à l’envie de fuir à toutes jambes et voilà maintenant quatre ans que j’essaye de transmettre un petit quelque chose de ce que j’ai appris à mes collégiens.
Finalement, je crois que c’est devenu une vocation. Pas grâce au système, ça c’est sûr, mais grâce aux élèves. Une fois qu’on a trouvé la bonne posture, une pédagogie à sa mesure, de petits miracles peuvent, parfois, avoir lieu…

Quel ouvrage vas-tu publier ? Quel genre ?
La couleur de l’oubli est une suite de textes poétiques assez minimalistes. Les mots s’étendent sur la page… Ça se voit, ça s’entend et puis… ça s’échappe. Les poèmes y sont des instants fugaces, captés sur le papier, où les pensées, les émotions et les sensations tentent de se mêler, lorsqu’elles ne s’entrechoquent pas.
Dans ce recueil-ci, j’ai tenté de saisir plus particulièrement quelque chose des « ombres » qui traversent nos vies et nous hantent encore longtemps après. La question de la mort et du passage y sont centrales, traduites par des jeux typographiques qui permettent une résonnance voire une seconde lecture à l’intérieur des poèmes.

Des projets pour la suite ?
Déjà, bichonner un peu ce premier recueil pour sa publication ; trouver le moyen de le faire découvrir au maximum de gens, avec l’aide de Chloé des Lys ! Ensuite, je m’attèlerai à un autre projet en cours, d’envergure celui-là, puisqu’il s’agit d’un roman. Ce sera déjà un exploit de parvenir à le terminer ! Et s’il est un jour publié, je pense que ce sera un réel aboutissement… Vous savez, une case de plus cochée dans la « to-do list » qui traîne quelque part au fond de ma cervelle !

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur ?
Il y en a tant que c’est difficile de choisir. Aller, voilà les trois « grands maîtres » pour moi, avec une citation que j’aime particulièrement d’eux :
- Pierre Reverdy qui m’a fait comprendre que : « Rien ne vaut d’être dit en poésie que l’indicible, c’est pourquoi l’on compte beaucoup sur ce qui se passe entre les lignes » Livre de mon bord, 1930-1936
- J.R.R. Tolkien, pour ses descriptions qui m’ont toujours transportée. Sacrée épopée quand même !
(en) 'The realm of Sauron is ended!' said Gandalf. 'The Ring-bearer has fulfilled his Quest.' And as the Captains gazed south to the Land of Mordor, it seemed to them that, black against the pall of cloud, there rose a huge shape of shadow, impenetrable, lightning-crowned, filling all the sky. Enormous it reared above the world, and stretched out towards them a vast threatening hand, terrible but impotent: for even as it leaned over them, a great wind took it, and it was all blown away, and passed; and then a hush fell.
(Traduction) « Le royaume de Sauron est fini ! dit Gandalf. Le Porteur de l'Anneau a accompli sa Quête. » Et comme les Capitaines contemplaient au sud le Pays de Mordor, il leur sembla que, noire sur le voile de nuages, s'élevait une ombre, impénétrable, couronnée d'éclairs, qui remplit tout le ciel. Elle se dressa, énorme, sur le monde et étendit vers eux une vaste et menaçante main, terrible mais impuissante ; car, au moment où elle se penchait sur eux, un grand vent la saisit, tout fut emporté et disparut ; et un silence tomba.
Le Retour du Roi, trilogie du Seigneur des anneaux, 1955
- Hayao Miyazaki, le grand conteur de notre temps, qui mieux que personne sait parler de la réalité à travers le rêve comme le cauchemar. Entre autres choses, il nous apprend à faire la paix avec les monstres qui sommeillent en nous…
« Nos vies sont comme le vent ou des sons… Nous naissons, résonnons avec ce qui nous entoure… puis disparaissons. » Nausicaä de la vallée du vent, Tome 7, 1982

Crois-tu en dieu ? As-tu peur de vieillir ?
S’il y a bien une citation biblique pleine de bon sens c’est la suivante : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière »… Mais j’aime aussi celle d’Hubert Reeves : « Nous sommes des poussières d'étoiles » (super article de Science et Avenir, je vous le conseille).
Je réunis les deux questions car elles sont fondamentalement liées pour moi. Je ne crois pas en dieu, et je n’ai pas peur de vieillir. J’ai peur en revanche de ce pourquoi on a inventé dieu et de ce vers quoi le vieillissement nous conduit : la mort. Déjà deux recueils poétiques autour de la question… autant dire que ça me travaille ! (rires)
Paradoxalement, je crois en ce qui est « sacré » et à la spiritualité, vecteurs de paix et d’harmonie. Je crois à ce qui nous relie aux autres et au monde, à la nature, de façon générale. Je pense que s’il y a bien quelque chose à protéger, c’est cela.

Ta citation favorite ? (ce sera aussi le mot de la fin !)
(en) « Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us. It eluded us then, but that's no matter – tomorrow we will run faster, stretch out our arms further... And one fine morning – So we beat on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past. »
(Traduction) « Gatsby avait foi en cette lumière verte, en cet avenir orgastique qui chaque année recule devant nous. Pour le moment, il nous échappe. Mais c'est sans importance. Demain, nous courrons plus vite, nous tendrons les bras plus avant... Et, un beau matin... Et nous luttons ainsi, barques à contre-courant, refoulés sans fin vers notre passé. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique, 1925