Interview...

Didier Fond


Le nom… C’est un pseudo ou bien c’est ton nom réel ?
C’est mon nom. J’avais bien pensé prendre un pseudo au cas où je serais un jour édité, et puis je me suis dit qu’il fallait assumer pleinement ce que j’écrivais. Donc… Mais je ne nie pas non plus le fait qu’il y a une certaine satisfaction à voir son nom imprimé sur la couverture d’un livre…

C’est ton premier roman ?
Le premier édité, oui, pas le premier rédigé. J’en ai un certain nombre en attente dans mes tiroirs et le comité de lecture de CDL risque fort d’être submergé par mes écrits…

Justement, comment et pourquoi Chloé des Lys ?
En fait, tout est dû au hasard. Je vais quelquefois sur un blog que j’aime bien dont le nom est Myloubook et qui est tenu par une jeune femme qui rédige des comptes-rendus de lecture. Un jour, elle a consacré un billet à Chloé des Lys ; je suis allé sur le site et j’ai tenté ma chance, sans grand espoir, je le reconnais parce que mes précédentes tentatives vers les maisons d’édition françaises s’étaient soldées par des refus successifs… Autant dire que la réponse positive m’a à la fois enthousiasmé et complètement pris de court. J’avais fini par me persuader que tous ces efforts ne mèneraient à rien de concret. J’avais tort. Finalement, c’est une bonne leçon de persévérance.

Tu as parlé de maison d’édition française : tu n’habites pas en Belgique ?
Non, j’habite à Lyon. C’est une ville que j’adore, d’abord parce que j’y suis né et ensuite parce qu’elle est superbe mais comment dire… sur le plan de l’édition, ce n’est pas le top et j’ai le sentiment, peut-être faux, que les auteurs inconnus se heurtent aux mêmes obstacles que l’on rencontre dans les maisons d’édition parisiennes, à savoir l’appartenance plus ou moins « obligatoire » à des réseaux… Mais bon, je peux me tromper, ce n’est qu’une impression…

Des passions ?
Plusieurs, en modérant quand même le terme « passion » : l’opéra et les voix lyriques, la littérature et les cochons… Je fais la collection de figurines, peluches, photos de cochon. Les murs de mon bureau sont couverts de photos de ce génial animal.
On me dira : habitant Lyon où la cochonnaille est élevée au rang d’art culinaire, cela n’a rien de très étonnant mais ce n’est pas lié à cela ; je trouve que cet animal a tout pour plaire : il est affectueux, généreux (il se laisse manger de la tête à la queue) et il est le plus intelligent des animaux de la ferme. La preuve, c’est que Orwell dans La Ferme des animaux en fait les chefs de la révolte.
D’accord, cela se finit très mal : mais la façon dont ils s’humanisent peu à peu pour finir en tyrans sanguinaires à face humaine ne les rapproche-t-il pas beaucoup de nous ?

Puisque tu fréquentes les blogs du Web, tu n’as jamais eu envie d’en tenir un ?
Mais j’en tiens un ; le problème, c’est qu’il n’a absolument rien à voir avec ce que j’écris. C’est surtout une façon de m’amuser et de délirer un peu. Je reprends sur ce blog le thème du cochon et c’est un Porky un peu schizo qui s’exprime. J’ai créé ce personnage de cochon qui parle de tout et de rien, est rédacteur en chef d’un magazine nommé Astrocochon consacré à l’astrologie porcine (chaque dimanche, des prévisions paraissent rédigées par les Cochons Devins), écrit des contes ineptes et délirants
Et puis, la deuxième personnalité du Porky en question rédige plus ou moins régulièrement des billets beaucoup plus sérieux, consacrés aux contes et légendes de pays étrangers ou provinces françaises, aux opéras et aux grandes voix lyriques féminines. Ca fait un mélange assez détonant, mais j’aime bien… Et ça marche… L’adresse ? http://fonddetiroir.hautetfort.com/

Et, à part écrire et délirer sur le web, que fais-tu dans la vie ? Quel est ton job ?
On a dit de lui qu’il était « le plus beau métier du monde ». A mon avis, cela fait longtemps qu’il a cessé de l’être mais bon, ne soyons pas négatif : je suis prof de lettres dans un lycée de Lyon. Comme dit la sagesse populaire : « il faut bien gagner sa vie ». Sérieusement, cela pourrait être un métier génial, et cela l’a été ; vu cependant ce qu’on est en train d’en faire… Mais chut, pas de politique ici.

Tu as dit que tu avais beaucoup d’ouvrages dans tes tiroirs : des romans, des essais, des pièces de théâtre, des poésies ?
Des romans. J’ai essayé le théâtre, je ne suis vraiment pas doué pour ce genre ; l’essai m’ennuie et je n’ai pas un gramme de fibre poétique.
Par contre, le roman est un genre qui me convient tout à fait. J’aime créer des personnages, construire des intrigues, réfléchir sur le mode de narration… Déformation professionnelle, peut-être ? Et ce que je trouve très positif, c’est de voir à quel point j’ai évolué entre le premier roman écrit il y a un certain nombre d’années et celui que CDL a décidé d’éditer…
J’enfonce une porte ouverte, certes, mais c’est vraiment en écrivant, écrivant, écrivant qu’on arrive à s’améliorer…

Tu as des films ou des livres cultes ?
« Cultes », non. J’ai beaucoup lu dans ma jeunesse et je lis toujours beaucoup, surtout en ce moment, je ne sais pas ce qui me prend, je fais de la boulimie de lecture, et j’aime beaucoup certains ouvrages, mais j’avoue que si je devais partir sur une île déserte en emportant seulement trois bouquins, je serais bien embêté… Et incapable de choisir.
Quant aux films, ma culture cinématographique s’arrête aux années 60, à la « nouvelle vague ». La production récente ne m’intéresse pas. J’ai sans doute tort, mais tant pis. Autant j’ai aimé le cinéma quand j’étais adolescent, autant maintenant il m’ennuie. Je ne sais pas pourquoi… Peut-être que je suis saturé d’images, quelles qu’elles soient…
C’est comme la télé : je ne la regarde jamais. Mon poste me sert d’élément décoratif. Il est sûr qu’on pourrait trouver mieux comme décoration mais c’est un très bon support pour plantes vertes…

Qu’est-ce qui te met vraiment en rogne ?
Il y a bien des années, j’aurais répondu « l’injustice, la misère, la souffrance ». Aujourd’hui, je réponds sans hésitation « la bêtise ». Je ne peux plus supporter la sottise ambiante. Je crois que c’est Alain Resnais, dans son film Smoking, qui faisait dire au personnage de Toby quelque chose comme « en vieillissant, soit on accepte tout et on devient une serpillière, soit on n’accepte plus rien et on devient un emmerdeur ». La citation textuelle est sans doute fausse mais l’esprit y est.
Et bien, c’est un peu ma façon d’être face au comportement de mes contemporains. J’avoue que je supporte assez mal de voir ce qu’ils sont devenus… Alors, je deviens un peu « ours » et j’évite de trop les fréquenter, seulement quand c’est nécessaire… Je sais, je devrais m’apitoyer sur les malheurs de l’espèce humaine : je n’y arrive plus.

Parlons un peu de ton bouquin : pourquoi ce titre ?
Parce que c’est la phrase qui va tout déclencher. Imaginons un homme, disons dans la quarantaine, qui vit une existence tranquille, même si elle n’est pas toujours aussi satisfaisante qu’il le souhaiterait ; il reçoit un soir un coup de fil de son frère qui lui annonce que « grand-père va mourir ». A partir de là, tout bascule, parce que cet homme va devoir affronter des souvenirs, des gens qu’il avait voulu oublier pendant vingt ans.

Et le roman est l’histoire de cet affrontement entre lui et… les autres ?
Exactement. Cet homme, nommé Alex, a quitté son pays natal la Sicile, pour fuir un très lourd secret de famille. Le voilà contraint d’y retourner et de retrouver des proches qui, comme lui, sont emprisonnés dans le réseau des actes perpétrés autrefois.
A peine arrivé, il commence une sorte d’enquête, qui concerne à la fois le passé de sa famille et ses propres actes. Et petit à petit, les secrets se dévoilent… Pour résumer, le personnage principal du roman mène une quête de la vérité qui se transforme en quête personnelle pour trouver sa vérité ; et peut-être aussi une sorte de paix…

Pourquoi ces thèmes du retour au pays natal, du secret de famille, de l’exil ? Il y a des éléments autobiographiques dans ce roman ?
Absolument pas. J’ai beaucoup voyagé dans ma jeunesse mais je suis resté quasiment toute mon existence à Lyon – j’excepte un court séjour d’un an dans le Nord de la France et de deux ans en région parisienne à cause de mon métier. Mais on ne peut pas considérer cela comme un exil.
Quant à ma famille, elle est d’une banalité exemplaire. Je ne sais pas du tout comment ces thèmes me sont venus à l’esprit. En fait, l’idée de départ était très simple : un vieil homme va mourir, ses amis et ses parents viennent le voir une dernière fois et règlent en même temps leurs comptes.
C’est peu à peu que le récit s’est transformé en recherche d’une vérité quelconque, liée à la révélation d’un secret jalousement gardé, ou plutôt de plusieurs secrets, devrais-je dire. Parce qu’il y a celui que partage Alex avec sa famille, et celui qu’on lui cache, qu’il va découvrir et qui va changer quelque peu le sens de sa vie…
En fait, tout le roman est une succession de rencontres : avec les membres de sa famille, avec les amis de jadis, avec sa jeunesse, avec les conséquences de ses actes… Mais je ne peux guère être plus précis sans révéler l’intrigue et ce n’est pas le but du jeu…

Et les personnages ? Ils ont été faciles à imaginer ?
Eux, oui. Beaucoup plus que l’intrigue définitive. Je les avais déjà en tête avant même d’avoir établi le canevas du roman. J’avais cerné leur personnalité, leur passé, etc… Ils ont certes subi des modifications en cours de route, au fur et à mesure que le récit avançait, mais au fond assez peu importantes. Bien entendu, ils sont tous imaginaires, je ne me suis inspiré d’aucune personne de ma connaissance.

Et pourquoi la Sicile ?
Parce que l’intrigue repose sur les caractéristiques et les mentalités de cette société très particulière qu’est encore à l’heure actuelle la Sicile. J’ai une amie qui est d’ascendance sicilienne et qui m’a expliqué un certain nombre de choses concernant les particularités de ce pays fascinant. Vu ce qui se passe dans le roman, je ne pouvais pas placer l’histoire dans un autre pays, même pas en Italie du sud.

Les lieux décrits ? Réels, imaginaires ?
Il y a des lieux réels, bien sûrs ; Raguse, notamment. Mais le lieu central de l’histoire est totalement imaginaire. Je doute qu’il existe une forteresse telle que je l’ai décrite, bien que l’amie dont j’ai parlé plus haut m’ait affirmé que ce genre de construction pouvait très bien faire partie du paysage sicilien.
En fait, en ce qui concerne la géographie locale, je me suis inspiré d’un lieu bien français, le village de Saint-May, dans le département de la Drôme. Il est construit sur un piton rocheux et j’ai transformé ce village aux ruelles très étroites et très pentues en forteresse médiévale. J’ai gardé également le petit cimetière perché en haut du piton, parce que j’ai trouvé ce lieu absolument extraordinaire. Mais tout le reste, intérieur de la forteresse compris, est de la pure invention.

Donc, finalement, l’idée du roman est venue comme ça, presque par l’opération du Saint-Esprit ?
Si c’est le cas, j’aimerais bien que le Saint Esprit continue ses visites parce que visiblement, ça marche. Sérieusement, on peut presque dire que oui. Comme beaucoup de sujets de roman, d’ailleurs, du moins je parle pour moi. Il n’y a pas eu d’élément déclencheur qui a fait que j’ai décidé d’écrire un roman abordant ces thèmes. Je crois que c’est le hasard, tout simplement.
Cela dit, je vais quand même me contredire : certains des romans qui dorment dans mes tiroirs ont des origines beaucoup plus précises… Mais ça, ce sera pour la prochaine fois, quand CDL aura accepté le suivant…