Interview...

Barbara Flamand


Pseudo ou nom réel ?
nom réel

Que fais-tu dans la vie ?
Je pense depuis mon adolescence que nous sommes jetés dans un monde inhumain et que nous devons le combattre. Aujourd'hui, il est encore plus inhumain et les combattants sont moins nombreux. La vie est difficile et exige un affrontement quotidien si l'on veut rester debout.

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
Je n'avais pas l'intention d'écrire, de devenir poète ou écrivain alors qu'on me demandait régulièrement d'écrire à la place d'autres : lettres de tous genres et surtout lettres d'amour, articles pour journaux locaux ou d'entreprise..et un jour, j'ai eu comme une révélation : je DEVAIS écrire! Et je n'ai cessé depuis : poèmes, nouvelles, essais, théâtre, articles...

As-tu déjà remporté des prix ou obtenu une reconnaissance quelconque ?
Je n'ai jamais reçu de prix. Et je ne voudrais surtout pas recevoir un prix de vertu, de bonne conduite ou de bien-pensante

Pourquoi Chloe des Lys ?
Chloé des Lys est une des rares maisons d'édition dans lesquelles le comité de lecture lit attentivement les manuscrits.et ne se contente pas de feuilleter- ou même pas -pour répondre ensuite "n'entre pas dans le cadre de nos éditions" ou encore "cherchez un éditeur plus littéraire"

Comment fais-tu pour essayer de te faire connaître ?
Rien. J'attends qu'on me découvre comme on découvre une modeste violette dans un bois en s'écriant "Oh, une violette !"

Des projets pour la suite ?

En général, je n'ai pas de projet; je compte sur mon inspiration. Mais, quand même, j'ai en cours, un recueil de nouvelles.

Pourquoi écris-tu et comment ?
Pourquoi j'écris ? Eh bien je me le demande. Cela me semble un coup d'épée dans l'eau, surtout dans cette société de confusion des valeurs, dans laquelle le mercantilisme prend une dimension effrayante.. Et, dans un monde où la paupérisation ne cesse de croître, les mafias de se développer avec la complicité des politiciens, dans un monde déshumanisé d'où l'éthique collective et individuelle est balayée, un livre, me paraît "anodin", dérisoire même.
Ou il est commercial et s'aligne dans le sacro-saint marché, ou son contenu comporte une réelle valeur, mais négligée dans la surabondance. Heureusement, existe toujours un contre-courant, et dans cette déglingue générale, quelques beautés sont sauvées.
Comment ? Il se peut qu’un événement de l’actualité ou plus proche suscite mon inspiration. Encore faut-il attendre qu’il soit intériorisé. Ou encore une situation strictement personnelle, une surcharge émotive, une indignation…Mais franchement, il m’est difficile de cerner le phénomène de l’écriture.

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique… La vie. Les êtres. Tout ce que j'ai puisé dans mon milieu familial (l'amour,notamment) et social. Je suis née dans cette région de Charleroi qui fut "Le pays noir" .Et j'ai été imprégnée du climat de ce coin de terre où l'on fêtait la Sainte-Barbe et la Saint-Eloi.
Les coups de coeur : j'y reviendrai plus tard. Il y a beaucoup de noms.

Un ami ou une amie dont tu aimerais qu’on parle ?
Je pense que la chanteuse compositrice, Irène Deneuville n’est pas assez connue pour la beauté de sa voix, sa musique et le contenu de ses textes. Elle a commencé par mettre en :musique des poèmes d’auteurs belges dont moi, elle a sorti un disque avec les poèmes d’Andrée Sodenkamp uniquement, et pas mal de CD de son entière composition qu’elle a chantés dans des cabarets. Depuis plusieurs années, elle se produit avec, au synthétiseur, Michèle Chopard et toujours sa guitare, évidemment. Irène Deneuville est également peintre et écrivain ; Michèle Chopard photographe et peintre.

Tes hobbys ? Musique, dessin, peinture… Je n'ai pas de hobby (n'était-elle pas jolie, cette expression violon d'Ingres ?) Non. Je préfère les passions.

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
les mensonges politiques pour gruger les gens, l'indifférence envers la misère, l'acceptation des injustices, le racisme, Ce que j'éprouve est une profonde indignation.

Un souhait ?
une prise de conscience générale qui arrive à cette conclusion : nous devons changer le monde et faire de notre planète une planète vivable. C'est une nécessité économique, écologique et sociale.

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
Ca va ?! Cette question – surtout de la façon dont elle est posée – est stupide tant elle est artificielle.

Bon, on y evient. Tes coups de coeur ?
Il y en a beaucoup. Je citerai les noms qui dominent.
En poésie les français Victor Hugo, Alfred De Musset, Louis Aragon, Charles Baudelaire, , Gabriel Cousin, les belges Emile Verhaeren, Andrée Sodenkamp, le Russe Vladimir Maïakovski, le Turc Nazim Hikmet, l’irlandais Oscar Wilde, le tchèque Vitezslav Nezval...
En prose : les français Guy de Maupassant, Emile Zola, Alphonse Daudet, Roger Martin Du Gard, Sartre, Simone de Beauvoir, les belges Charles De Coster, Camille Lemonnier, Jean Tousseul, l’irlandais Oscar Wilde, les russes Dostoïevski, Tolstoï, le tchèque Kafka, Jaroslav Hasek, (devenu très célèbre par « Le brave soldat Chvéïk »), Karel Capek, le guatémaltèque Miguel Angel Asturias.
Chacun de ces auteurs demanderait un commentaire particulier. Disons qu’ils m’ont particulièrement impressionnée par leur talent de conteur, par leur souci de vérité, soit sociale soit psychologique ou encore historique, leur humanité quelle que soit son expression : réalisme, réalisme magique, satire, symbole épopée….

La sculpture : la pieta de Michel Ange, le baiser, le penseur et le Balzac de Rodin, les sculpture de Constantin Meunier…
En peinture les œuvres de Constantin Meunier, de Wiertz, d’Ensor, de Frans Masereel (trop peu connu) de Rops, de Marneffe, de Somville et je ne cite pas les primitifs flamands …La Belgique est connue pour le talent de ses peintres.
Et encore en France : Delacroix, Géricault, Daumier, le Douanier Rousseau Chagall, Rouault et Goya et Vélasquez en Espagne, Le Caravage en Italie. Je devrais encore citer les expressionnistes allemands. Il y a déjà tant de noms !

Pour la peinture, je peux vraiment parler de coup de cœur. Je suis frappée avant d’analyser, alors qu’en littérature, l’intérêt vient et croît progressivement au cours de la lecture ; on ressent tout en réfléchissant et, à la fin, se situe l’analyse. La lecture est très active. En peinture, l’émotion vous prend d’emblée (ou ne vous prend pas), c’est un art concret, comme la sculpture. La peinture vous parle, tantôt en vous entraînant dans un domaine purement imaginaire, tantôt en vous renvoyant à des réalités. De toutes façons, l’introduction dans la vision du peintre est immédiate, sauf pour le non figuratif.
Pour le symbole, la pénétration n’est pas immédiate, mais le symbole captive et il est très tentant de le percer.

La musique : la musique tzigane, la musique folklorique d’Amérique latine, les chœurs de l’armée rouge, la musique classique, surtout Beethoven, Chopin, Liszt, Strauss, Smetana, Dvorjak, Brahms, Chostakovitch, les opéras, la bonne chanson française.

Le cinéma : il y a tant à dire. Je citerai surtout des noms de réalisateur : d’abord le génie que fut Chaplin ; Eisenstein, Kubrick, Elia Kazan, John Ford, Fritz Lang… Pour le cinéma français, Abel Gance, Julien Duvivier, Marcel Carné, René Clair, Jean Renoir, Clouzot…Le Polonais Wajda, le Finlandais Kaurismaki.
Le cinéma italien des années 70 a produit d’excellents films. Dans le néoréalisme italien, Vittorio De Sica m’a profondément émue avec « Le voleur de bicyclette » et « Miracle à Milan » Le sujet de chacun des films est en lui-même touchant, Mais, leur réalisation, soutenue par l’amour du metteur en scène envers ce petit peuple démuni en fait de grandes œuvres.
Il y a autre chose à dire sur ce qui fait d’un film une grande œuvre et le classe vraiment dans le 7ème art mais j’ai à donner une impression, pas une analyse. Je citerai encore comme grande œuvre, le film algérien : « Chronique des années de braise » dont le nom du réalisateur m’échappe. Je dis brièvement que, dans ces œuvres qui dominent la production, le réalisateur développe son sujet dans un contexte historique et lie la condition humaine à ce contexte.
Le cinéma actuel est pléthorique ; la majorité des productions ne dépassent pas la moyenne en qualité et intérêt. Les effets spéciaux n’exigent plus du metteur en scène autant d’inventivité et négligent trop souvent le contenu psychologique.

Maintenant que j'ai répondu, je comprends que ces questions, à première vue "anodines" sont intéressantes car elles conduisent - si pas obligent - l'auteur à se révéler, en partie du moins, et avec sincérité.