Interview...

Marcelle Dumont


Pseudo ou nom réel ?
J'utilise mon nom réel. C'est un acte d'amour familial envers mon père.

Où habites-tu ?
J'habite à Molenbeek Saint Jean. J'habite la région bruxelloise depuis septembre 1950, date de mon mariage avec Jean Harlez, assistant à l'époque du cinéaste Charles Dekeukeleire. Nous avons habité entre autres un sous-sol, rue Belliard, un appartement à l'étage, rue des Tanneurs, à deux pas du Vieux Marché, un rez-de-chaussée rue de Ruysbroeck, au Sablon, à une époque où le Sablon était encore un village bon enfant, peuplé d'artistes, de musiciens, d'artisans. Et, bien sûr, il était à deux pas de notre cher Vieux Marché.
A présent nous habitons chaussée de Gand - et ce depuis trente-cinq ans - une maison pleine d'escaliers qui nous sert d'atelier, de bureau et de logement.
Une famille, des enfants...
Nous avons deux filles. Claude, l'aînée, a deux filles : Léa et Céline. Françoise, la cadette, a deux garçons : Félix et Saliou.

Sucré ou salé ?
Les deux ! Quand j'étais petite, je mangeais des pommes vertes, saupoudrées de sel. J'aime le poivre et la moutarde, mais j'adore le chocolat et les douceurs.

Petite, que voulais-tu faire ?
Motivée par mon amour immodéré des animaux, les chats surtout, mais aussi les poules que je prenais dans mes bras, j'ai rêvé un moment devenir fermière. Mais, comme Marie-Antoinette, à Trianon, j'étais loin de m'imaginer le travail que la femme assume à la ferme!

A quelle figure historique aimerais-tu ressembler
A Jean Jaurès dont j'admire le pacifisme.

Ton truc contre le stress ?
Aller boire un verre dans un bistrot. Par exemple au Cirio.

Que fais-tu dans la vie ?
J'ai été journaliste free lance pendant plus de cinquante ans. D'abord au Peuple et à Germinal, son hebdo. J'ai débuté au moment de l'expo 58, où je faisais des reportages sur les différents pavillons. Ma collaboration au Peuple a duré une quinzaine d'années. J'y ai abordé tous les sujets, sauf les politiques. J'ai travaillé environ deux ans à Spécial. Ensuite je suis devenue collaboratrice au journal Le Soir. Cette collaboration a duré de 1983 à 2002. Ma dernière rubrique y fut celle de l'Ombudsman (médiateur) pendant une quinzaine d'années.
J'ai également été la collaboratrice de mon mari, devenu cinéaste indépendant. J'ai écrit la majorité des dialogues et commentaires de ses films. Je l'ai accompagné deux fois au Groenland. La première fois où il réalisait un film sur les glaciers polaires. La deuxième fois, pour un film sur la vie des Inuit.
J'ai fait des adaptations théâtrales pour le Théâtre de l'Equipe. Ce théâtre a également créé trois pièces dont je suis l'auteur : "Les Menottes", "Ceux de la Bécasse" et "Regrets éternels".

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
J'ai commencé à écrire à treize ans. D'abord des petits poèmes satiriques dont mes proches faisaient les frais. Ensuite des poèmes plutôt romantiques. Mais je suis passée très vite à la prose. J'avais besoin d'exprimer tout ce qui bouillonnait en moi.

As-tu déjà publié quelque part ?
Dans les années 60, les revues littéraires Marginales, Audace, Le Thyrse et la Revue générale belge" ont publié certains de mes textes : récits et nouvelles.
En 1969 Pierre De Méyère a publié mon roman La Veuve.
Pour "un fleuve de glace", récit de l'expédition commune que mon mari et moi avons effectuée en 1964 au Groenland figure dans le coffret Des Marolles au Groenland, DVD que la cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles a consacré à Jean Harlez. Il figure également dans le coffret Groenland - voyages au pays blanc, édité par "La Maison d'à côté".

As-tu déjà remporté des prix ou obtenu une reconnaissance quelconque ?
J'ai reçu une aide du Fonds des Lettres pour "La Veuve" et pour Pour "un fleuve de glace".

Pourquoi Chloé des Lys ?
J'ai pensé que Chloé des Lys pourrait s'intéresser à mes nouvelles. Et ça a marché. A ma grande joie, car trouver un éditeur est vraiment un parcours du combattant.

Quel ouvrage vas-tu publier ? Quel genre ? Résumé ?
"Nuageux à couvert" est un recueil de nouvelles. Pas simple de résumer des nouvelles! Je dirais : L'amour, l'amour toujours. Mais lequel et pour qui ? Les femmes sont en première ligne. Elles inspirent, elles ressentent, elles subissent ou tentent de se révolter. Ce sont elles que j'ai convoquées avant tout.
Il y a celle qui se dessèche parce qu'elle n'a pu ou voulu se donner.
La victime qui se jette dans la gueule du premier loup venu, pour échapper à sa mère.
L'épouse exaspérée qui, après quarante ans de mariage, a pris en grippe celui dont elle a partagé la vie, plutôt mal que bien.
La jeune femme qui hésite à sacrifier une amitié tranquille à une amourette sans doute sans lendemain.
La fiancée tragique de la Grande Guerre. Son amoureux et elle se raccrochent à un frêle pont épistolaire, fait de cartes postales touchantes et ridicules.
Il y a la belle inconnue qui vient bouleverser la vie du jeune marchand de crème glacée.
La fourmi passionnée qui épouse malgré lui l'artiste cigale, gai et inconstant.
Voici la coquette vieillissante qui sombre dans la folie lorsque son compagnon s'éteint.
Enfin la plus tragique de toutes, la mal mariée qui tombe dans les bras d'un amant, quand un jaloux survient qui met fin à sa vie.

Comment fais-tu pour essayer de te faire connaître ?
J'envoie mes textes à des amis ou des amies. Et j'ai aussi une page sur Arts et Lettres.
Projets pour la suite ?
Continuer à écrire. Je pense à un autre recueil de nouvelles.

Pourquoi écris-tu et comment ?
Pour répondre à un besoin vital, pour ensoleiller ma vie. J'écris directement à l'ordinateur, puisqu'il est facile de voir ce qu'on a écrit, noir sur blanc, et facile aussi de corriger, de déplacer des paragraphes...

Tes influences, tes maîtres, tes coups de coeur en littérature, cinéma, peinture, musique ?
Je suis éprise de réalisme. J'admire Flaubert, Maupassant, Balzac et Simenon, tout en me délectant de Proust, pour la poésie et l'humour qui coulent dans ses livres. Comme je suis belge et fière de l'être, je dirais que Simenon est mon ami plutôt que mon maître. Coup de chapeau aux maîtres du fantastique : Jean Ray, Thomas Owen, Michel de Ghelderode. Un coup de coeur ? Belge, évidemment : les romans de Jean Muno..
Ce goût du vrai me porte vers la peinture et la sculpture figurative et le cinéma néo-réaliste italien, Ken Loach, les frères Cohen.
J'aime la musique baroque, Mozart et Debussy, mais je suis surtout amoureuse de la bonne chanson française qui se fait bien rare sur nos ondes.

Un ami ou une amie dont tu aimerais qu'on parle ?
Question qui tombe à point nommé. Je vois en effet qu'Actu TV mettra en lumière ce 22 mars Lisette Delooz dont j'aime beaucoup le travail... et la personne !

Tes hobbys ? Musique, dessin, peinture...
La lecture !
As-tu un blog ou un site ?
J'ai un blog sur Arts et Lettres.

Qu'est-ce qui te fout en rogne ?
La mauvaise foi.

Ta citation favorite ?
Rien de nouveau sous le soleil.

Une qualité et un défaut ?
La persévérance. L'impatience.

Un souhait ?
Que les hommes cessent de s'entretuer.

Quelle est la question la plus stupide qu'on pourrait te poser ?
Pourquoi écris-tu encore ?