Interview...

Philippe Couillaud


Pseudo ou nom réel ?
Je ne tiens pas à écrire sous pseudo. Mon nom a souvent été sujet de railleries perfides lorsque j'étais à l'école et faire paraitre un livre sous ce nom, quelque part, le réhabilite et c'est une sorte de pied de nez à tous les moqueurs de la terre! J'espère que ce n'est pas une forme d'orgueil caché!

Où habites-tu ?
J'habite à Bordeaux en plein centre ville dans un quartier de "bobos" c'est à dire que comme toutes les grandes villes on assiste à ce phénomène de "gentrification" qui n'est que la résultante de la spéculation immobilière. J'aime cette ville qui s'est métamorphosée dernièrement avec la réfection des quais et un réel effort de la rendre plus agréable aux piétons. Je ne dis pas ça pour faire l'apologie du maire U.M.P. Alain Juppé car je ne suis pas du tout de son bord politique. Bordeaux a toujours une réputation de ville bourgeoise tranquille et sans heurts, refermée sur elle-même et c'est beaucoup moins le cas. Sa richesse passée grâce entre autres au commerce triangulaire fait que des débats ont lieu actuellement autour de cette histoire nauséabonde toujours refoulée.

Une famille, des enfants ?
J'ai trois enfants et cinq petits-enfants.

Sucré ou salé ?
Pas mal sucré! Je suis très gourmand de pâtisseries! Mais j'aime aussi le salé... et les bons vins!!!

Petit, que rêvais-tu de faire plus tard ?
Pilote de course! Je garde toujours une passion pour la course automobile et enfant je rêvais d'assister au grand prix de Spa, dans votre pays. Très beau circuit...

Un personnage célèbre auquel tu aurais aimé ressembler ?
Jean Jaurès pour son alliage de la philosophie et de la politique.

Comment comptes-tu procéder pour te faire connaître ?
Je suis nul dans ce domaine et donc je ne fais RIEN... Il va falloir me pousser aux fesses car je m'estime très maladroit dans cet exercice-là et je n'ai pas réglé cette contradiction entre le désir d'être publié donc connu et mon côté un peu sauvage vis à vis des autres... Si quelqu'un peut me passer un truc, qu'il le dise tout de suite! Je suis désemparé par rapport à ça et je le gère comme je peux avec des hauts et des bas.

Que fais-tu dans la vie ?
Retraité depuis peu. Avant j'étais travailleur social auprès de jeunes majeurs bêtement appelés "cas sociaux". J'ai eu d'autres expériences professionnelles dans différents secteurs mais le travail social est celui dans lequel j'ai pu m'investir.

Quand as-tu commencé à écrire ?
J'ai commencé adolescent pour essayer de faire sortir tout ce que je ne parvenais pas à exprimer ailleurs. La littérature m'a toujours attiré. On y trouve les expressions humaines les plus diverses et les plus passionnantes.

Tu as déjà été publié ?
Mon premier livre est sorti en 2011 aux éditions "Pierregord" aujourd'hui disparues. C'est un roman intitulé "Une pluie grise et fine" dont le sujet porte sur le procès Papon qui a tant défrayé la chronique. Je me suis saisi du déroulement des audiences , c'est ainsi que le livre commence et se termine avec le procès et j'ai glissé des personnages fictifs qui de près ou de loin s'intéressent à ce procès. Mon intention était de mêler l'Histoire et la fiction. Je n'ai sans doute pas bien réussi car je n'ai eu aucun prix ni reconnaissance quelconque...

Pourquoi Chloe des Lys ?
J'ai rencontré Christine Brunet dans le cadre de "Pierregord" et j'ai de suite apprécié son dynamisme et sa sympathie. Elle vantait les mérites de "Chloé des Lys" et m'a toujours encouragé à proposer mon prochain manuscrit à cette maison d'éditions qui semblait "paradisiaque"...

Quel livre vas-tu publier maintenant ?
Rien à voir avec mùon premeir livre. Ce nouveau manuscrit, "Léonard ou les odonymes du cancer" qui est une histoire cruelle. C'est un roman épistolaire. Un homme et une femme s'écrivent durant la guerre d'Algérie. Un troisième personnage, leur fils, évoque sa vie et sa destinée au temps présent. C'est également une analyse transgénérationnelle car les personnages masculins, de père en fils, portent le même prénom Léonard en hommage au père, grand-père et arrière-grand-père tués durant les conflits de 14, 40 et d'Algérie. J'ai imaginé que ce dernier Léonard était atteint d'un cancer de la conscience ce qui me permettait de décrire des mécanismes psychiques parfois un peu "limites"...

des projets ?
Je suis en train d'écrire un roman autour d'un personnage qui se rend à Buchenwald et au Nurburgring! Toujours l'histoire et la course automobile. Ce projet est bien avancé et je me suis aperçu que contrairement aux deux romans précédents, des éléments autobiographiques surviennent dans l'écriture. J'aborde également des réflexions sur notre société en général et comme je suis très critique j'emploie un style assez corrosif.

Pourquoi écris-tu ? Et comment ?
J'écris pour exprimer ce qui me tient à coeur, pour tenter de dénoncer aussi ce que j'estime aller de travers dans notre monde. Cela peut paraitre un tantinet ambitieux voire démagogique, mais pour moi un écrivain ne peut pas être hors de son temps et notre temps s'est forgé à travers l'Histoire. La priorité réside dans l'assemblage de l'Histoire collective et l'individuelle. J'écris à la main, sur des cahiers et je corrige sans cesse. Alors je recopie sur un nouveau cahier, puis je mets au propre sur l'ordinateur. Je me trimbale tout le temps avec un carnet et un stylo et il m'arrive de noter des phrases ou des évènements dont je suis témoin, dans la rue. Ecrire vient également de l'observation.

Tes modèles artistiques ?
Mes grandes influences en littérature sont Jorge Semprun, Thomas Bernhard, Philippe Sollers et Pascal Quignard. Là, c'est un véritable culte. Les coups de coeur vont vers des auteurs comme Hugo Claus, Pierre Bourgeade, Michel de Castillo, Modiano, André Brink et surtout Imré Kertesz. J'aime toutes les musiques... en fonction de mon humeur. Le cinéma, bien sûr, sauf les comédies musicales ou les comédies tout court. J'ai horreur des films à tendance romantique.

Des hobbies ?
J'ai beaucoup pratiqué la course à pied: marathons et courses de 100 km. Exercice fabuleux. Un peu de course automobile durant ma jeunesse vite stoppée pour cause de manque d'argent et de talent. Actuellement, pour chercher un peu d'adrénaline je participe à quelques courses de karting loisirs, donc sans risques. Je ne rate pas beaucoup d'expositions de peinture et sculpture. J'aime beaucoup ce mode d'expression même si j'ai du mal avec la peinture contemporaine.

As-tu un blog ou un site ?
Non, Je n'ai ni blog, ni site. Je suis un peu réfractaire à ce genre d'expression et si j'ai bien compris il va falloir que je fasse des efforts avec "Chloé des Lys".

Un ami ou une amie que tu aimerais évoquer ?
J'ai un ami qui tient un blog que je trouve à la fois désopilant et grave, mêlant écriture et dessin, philosophie et humour. Très iconoclaste. Je te livre l'adresse: http://ampelosophisme.over-blog.com/

Qu'est ce qui te fout en rogne ?
Beaucoup de choses. Je suis plus souvent qu'à mon tour en colère. La politique libérale actuelle et son cortège de corruptions généralisées me fait bondir. En règle générale la bêtise affichée à la télé dans des émissions qui ont pourtant de l'audience. Je n'en citerai aucune, mais...

Une citation ?
Aucune ne me vient à l'esprit. Si, ce vers de Rimbaud: "Je suis réellement d'outre-tombe, et pas de commissions."

Une qualité, un défaut ?
Le défaut, la colère qui est d'ailleurs un des sept péchés capitaux! Un peu d'intolérance, aussi, parfois. Quant à la qualité, ça tombe bien car je n'en ai qu'une, c'est la considération d'autrui. Je n'arrive pas à le dire autrement. Pratiquer l'altérité.

Un voeu ?
J'aimerais bien que mon Léonard suscite quelques réactions. Mais...

La question la plus idiote qu'on, pourrait te poser ?
Pour moi, toute question est une torture. Tu devines ce que je viens d'endurer avec cette interview ! Que voudrais-tu pour Noël?