Interview...

Alexandra Coenraets


Pseudo ou nom réel ?
J’ai longtemps hésité, puis j’ai opté pour mon nom réel. Pour moi, c’est symbolique par rapport au livre que j’ai écrit. Oser écrire avec mon nom, c’est prendre un risque, mais je veux l’assumer. C’est ne pas avoir peur d’affirmer qui je suis.

Où habites-tu ?
J’habite Bruxelles. C’est une ville que j’affectionne, j’y suis née et j’aime y vivre. Mais je rêve d’un peu plus de campagne pour ma vie future.

Une famille, des enfants…
Non.

Sucré ou salé ?
Plutôt sucré. Le sucre, c’est la douceur…Quelque chose dont j’ai longtemps manqué ! Mais attention, je n’en abuse pas (du sucre, pas de la douceur !)

Que fais-tu dans la vie ?
Je cherche à « être » plutôt que « faire ». J’ai ralenti mon rythme depuis quelques années à la recherche d’une vie dans laquelle je me respecte, d’une vie de qualité et non de quantité. Traductrice de formation, j’ai travaillé durant une dizaine d’années surtout dans le secteur pharmaceutique, comme assistante. Cette vie ne me convenait plus. J’ai repris des études et me forme à la médiation pour aider les gens à se sortir de situations où la communication est difficile ou coupée. L’humain est au centre de ma vie.

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
Vers neuf, dix ans. Impossible de dire pourquoi, c’était en moi, c’était naturel, ça coulait de source. J’ai commencé par réaliser des petits journaux avec mes deux frères, qu’on allait vendre vingt francs belges aux commerçants du coin. C’est à cet âge-là que j’ai reçu ma première machine à écrire - pour enfant- que j’avais demandée en cadeau. Je me souviendrai toujours de l’émerveillement que j’ai ressenti en la découvrant.

As-tu déjà publié quelque part ?
Non, jamais.

As-tu déjà remporté des prix ou obtenu une reconnaissance quelconque ?
Tout dépend de ce qu’on entend par reconnaissance…Oui, j’en ai eu, d’abord parce que les deux nouvelles que j’avais écrites pour le cours de français dans le secondaire ont été les meilleures notées…Oups, j’ai l’impression de me prendre de haut en écrivant cela ! . Mais c’était important, c’était une vraie reconnaissance pour l’ado que j’étais.
Ensuite, j’ai eu de la reconnaissance de la part des personnes à qui j’ai fait lire mon manuscrit durant les étapes qui m’ont menée à la publication. Je me rends compte que ces reconnaissances sont précieuses et que c’est important de les intégrer. On peut ne jamais être satisfait et courir après une reconnaissance sans fin. Je ne veux pas faire ça.

Pourquoi Chloe des Lys ?
Comme la plupart des gens, je crois, j’ai tenté les « big » maisons d’édition, à Paris notamment…Sans me faire beaucoup d’illusions. Mais j’en ai fait un chouette souvenir, puisque j’ai décidé, en 2008, quand j’ai commencé mes démarches, d’aller passer une journée à Paris pour déposer mon texte moi-même chez les éditeurs. C’était grisant, une belle balade !
En 2009, une maison d'édition franco-belge qui a une collection « témoignages » accepte de publier mon texte. S’en suit un travail de près d’un an pour le remanier et l’étoffer. C’est là que j’ai découvert d’un peu plus près le monde de l’édition…
On m’a demandé d’aller dans un sens que je n’ai pas accepté, ce qui n’a pas plu à l’éditeur. Pour moi, la liberté et l’authenticité, c’est sacré. Quand les concessions sur l’histoire que j’ai écrite sont trop importantes à mes yeux, je dis non. Publier pour publier non. Publier quelque chose qui ne me ressemble pas, non.
Chloé des Lys m’offre cette liberté et j’apprécie.

Quel ouvrage vas-tu publier ?
C’est particulier. C’est un roman dans lequel des éléments autobiographiques et fictionnels se mêlent.
« Naissance », c’est son titre. C’est l’histoire d’une femme, trentenaire, qui apprend à vivre après un inceste subi enfant. On suit les différentes étapes de sa reconstruction. Cette femme me ressemble, mais ce n’est pas moi, elle a une existence propre, des expériences à elle.
J’aimerais que ce livre parle aux survivants de ces agressions insupportables, mais aussi aux autres, à l’entourage, à la société, qu’ils en saisissent l’ampleur des conséquences sur l’être humain, et puissent, dès lors, agir de manière appropriée.

Comment fais-tu pour essayer de te faire connaître ?
Pour l’instant, je débute et je crois que ça se fera à mon rythme, petit à petit. Mais je compte bien me faire connaître !

Des projets pour la suite ?
Continuer à écrire. J’ai commencé un deuxième roman. Je me rends compte que pour l’instant, je ne peux pas faire autrement qu’exploiter des thèmes en lien avec mon vécu. C’est transposer ce ressenti dans des histoires romanesques qui m’intéresse en ce moment. Comment cela évoluera-t-il ? L’avenir me le dira !
J’écris des nouvelles aussi.

Pourquoi écris-tu et comment ?
Difficile de répondre à cette question du « pourquoi »…Comme déjà dit, l’écriture est en moi, c’est une part essentielle de ma vie. Ecrire me rend vivante. Comment j’écris ? J’adore écrire à l’extérieur, dans des cafés avec mon ordinateur portable. C’est très inspirant. Je me nourris du quotidien, de l’observation des gens. Je peux écrire au milieu du bruit.
J’écris chez moi aussi, mais je préfère les fins de soirées. En voyage aussi, hors de mon environnement habituel. Et puis, comme d’autres écrivains, je fonctionne à l’humeur. Je peux passer de nombreux mois à ne rien écrire et puis tout d’un coup, on ne sait pourquoi, la flamme revient.

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique…
Je n’ai pas spécialement de maîtres ou d’influences. Certains livres me marquent, oui. Par exemple, j’ai adoré le livre de Florence Aubenas, le « Quai de Ouistreham ». C’est un livre que j’aurais aimé d’écrire. Je suis très sensible à l’injustice, mais aussi à la façon de la dénoncer. L’expérience qu’elle a vécue de s’immerger dans une vie de précarité, puis sa retranscription dans un livre qui se lit comme un roman, je trouve ça tout simplement admirable. C’est très fort. Cela dit, ça n’a pas influencé l’écriture du roman que je vais publier chez Chloé des Lys, parce qu’il était déjà écrit.
Côté musique, j’aime des choses variées. Je citerais Gainsbourg pour le ciselage des mots. J’ai beaucoup écouté Sheller et Souchon pour leurs ambiances respectives. Et des femmes : Suzanne Véga, Zazie, Véronique Sanson, Anaïs, Camille…J’en oublie certainement. Les musiques du monde aussi. Les Beatles, c’est mon amour de jeunesse musical !

Un ami ou une amie dont tu aimerais qu’on parle ?
J’ai quelques amis fidèles auxquels je tiens beaucoup. Ils le savent, je l’espère et se reconnaîtront.

Tes hobbys ? Musique, dessin, peinture…
Je joue de l’accordéon depuis…bientôt six ans ! Ça passe vite ! C’est comme l’écriture, l’envie va et vient…C’est à mon rythme. J’aime la puissance de cet instrument et son aspect festif. J’aime la photo aussi, que j’apprivoise petit à petit. Je suis loin de tout maîtriser, j’ai encore beaucoup à apprendre. J’ai fait un peu de dessin, avant. On ne peut pas tout faire ! Suivant les périodes de sa vie, on a envie d’exploiter telle ou telle potentialité, en tout cas, c’est comme ça pour moi.

As-tu un blog ou un site ?
Pas encore, ça viendra.

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
Ouh là…Beaucoup de choses, la liste est longue ;-)

Ta citation favorite ?
Dans mon cas, ce sera « tes » citations favorites :
"On ne peut pas dire la vérité à la télé: il y a trop de monde qui regarde". Coluche
"Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent." Lucie Aubrac
"Les relations sont sûrement le miroir dans lequel on se découvre soi-même" Jiddu Krishnamurti
"Je veux être tout ce que je suis capable de devenir." Katherine Mansfield

Un souhait ?
Que mon livre fasse son chemin. Plus généralement, pouvoir continuer moi mon chemin

. Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
A propos de l’inceste : comment se fait-il que tu ne sois pas passée à autre chose ? Certaines personnes s’imaginent que parce que c’est arrivé il y a longtemps, on ne devrait plus ressentir de séquelles. Cette question ou réflexion est stupide parce qu’elle témoigne d’un déni des conséquences de ces agressions. Non, on ne passe pas à autre chose, on vit avec.