Interview...

Hermine Bokhorst


Pseudo ou nom réel ?
Nom réel. Il faudrait être vachement tordu pour s’inventer un pseudo qui sonne comme un raclement de gorge suivi d’un crachat. Mais il fait partie de mon identité. Comment ? B O K H O R S T. Comment ? Je peux presque en faire un rap. Cela fait flipper les interlocuteurs d’entendre plein de consonnes qui s’entrechoquent.
En fait il s’agit d’une ville dans le Schleswig-Holstein. J’aimerais m’y rendre un jour. Ce nom est tellement étrange que certains croient effectivement que c’est un pseudo. Pour l’anecdote, quand j’écrivais dans ‘Le Soir’, j’avais un admirateur qui fantasmait sur mon prénom : Hermine avec ses longues tresses blondes qui pourfendait les méchants avec ses mots acérés.
Plutôt mourir que la salissure etc. Wouarf ! J’ai plutôt des cheveux en pétard avec un Perfecto !

Où habites-tu ? A 11 70 plus fort que les 10 30 et les 10 80 ! C’est ce que je raconte à mes petits élèves fascinés par les bandes. En fait de bandes, c’est plutôt le gang des blondinets, ici, à Boitsfort.

Une famille, des enfants ?
Ma famille, c’est mon mari, Manu que j’adore et mes deux chats : Pépin et Groseille. Pas d’enfants. Un choix.

Sucré ou salé ?
Salé avec de temps en temps une crise ‘mousse au chocolat’.

Que fais-tu dans la vie ?
MSM officiellement. Maître spécial de morale dans l’enseignement spécialisé (normal, je suis un peu ‘space’). Madame de morale pour les enfants.

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
A dix ans. J’ai écrit une phrase : « Ses bottes de cow-boy s’enfonçaient dans la poussière ». Je l’ai achevée 35 ans plus tard, dans la nouvelle ‘Complainte du hasard’ de mon futur recueil qui sera publié par Chloé des Lys.
En tant que journaliste, j’ai écrit des milliers de papiers en essayant d’y glisser des ‘trouvailles’ linguistiques de temps à autres. Quand j’ai été contrainte de quitter le journalisme, j’ai continué à écrire, mais de la fiction, cette fois.
Et c’est étonnant. Je pensais que les écrivains étaient un peu schizo quand ils évoquaient les personnages qui leur parlaient, mais c’est réellement le cas. Quand je suis dans l’histoire qui se crée, je me trouve dans un tout autre ailleurs. Et cela m’aide beaucoup à évacuer les émotions.
Je me décris comme quelqu’un de maladivement empathique.
L’écriture me donne l’opportunité de donner un sens à tout cela, d’exploiter ce que je prenais pour un vilain défaut et qui me faisait souffrir abondamment. Et puis, j’adore la langue française. Ma langue maternelle est le néerlandais qui permet l’invention de nouveaux mots et qui est très imagé. Le français est moins souple et j’aime plier et détourner les expressions pour imaginer de nouveaux concepts. J’ai toujours un carnet avec moi pour noter des mots dont j’aime la sonorité ou des collisions de vocables improbables.

As-tu déjà publié quelque part ?
En 2003, j’ai publié ‘Femmes dans les griffes des aigles, les filières albanaises de la prostitution’ chez Labor. Un essai sur le trafic d’êtres humains.
Je n’ai jamais su combien de livres ont été vendus mais il est devenu une sorte de référence sur la question : discuté au Sénat, étudié dans les écoles d’assistants sociaux. Et cela me ravit : je voulais qu’on réfléchisse sur la question.
La semaine dernière encore, un journaliste français m’a contactée pour avoir des infos en vue de réaliser un reportage. Même s’il y avait des poils dessus, les éléments donnés l’ont intéressé. Je collabore à la revue ‘Marginales’.

As-tu remporté des prix ou une reconnaissance quelconque ?
J’ai été nominée pour le prix Dexia de la presse en 2005 ; été lauréate du concours de textes de La Maison de la Francité avec la nouvelle ‘Le cul de Dieu’ en 2007 ; nominée pour le prix ‘Bruxelloise de l’année en 2009’ par ‘Vlan’ pour le projet ‘lesmoraliens1030’ (solidarité avec l’école de Yolo Nord à Kinshasa voir blog : http://lesmoraliens1030.skynetblogs.be); obtenu le Prix Marie ‘femme de littérature’ en 2009 et le premier prix d’innovation pédagogique Reine Paola en 2009 avec le projet ‘envoyés spéciaux’, un livre et blog (http://lesenvoyesspeciaux.skynetblogs.be) réalisé avec les élèves en décrochage scolaire, attirés par la délinquance.

Pourquoi Chloé des Lys ?
C’est ma complice écrivaine, Evelyne Wilwerth qui m’en a parlé la première fois. Je ne connais pas du tout. J’avais envoyé mon manuscrit un peu partout, il y a deux ans et j’étais un peu dégoûtée.
D’un côté, il y avait les éditeurs félons qui encensaient mon travail tout en me demandant 2 ou 3.000 euros pour la réalisation de la maquette, de l’autre, ceux qui n’avaient pas ouvert mon manuscrit et qui répondaient des trucs genre : « Nous sommes ‘bookés’ jusqu’en 2013 » ou « Nous n’éditons que NOS auteurs ».
J’ai été très surprise de découvrir que le comité de lecture de CDL avait vraiment lu et analysé mes textes. J’aime l’idée aussi d’un groupe de bénévoles qui donne de son temps pour un idéal d’édition. La proximité. Le fait qu’un atelier protégé réalise le travail est un concept que je trouve séduisant.
Et puis, je viens de m’inscrire sur le forum et j’ai découvert la ‘communauté d’écrivains’ de CDL qui est incroyablement sympa et qui me semble assez unique.

Quel ouvrage vas-tu publier ?
Un recueil de nouvelles intitulé Psy-causes. Il s’agit de 13 dérapages non contrôlés dans des vies lambda. Des portraits décapants de la société à travers des personnages actuels confrontés au racisme, à la transsexualité, à la violence au travail, au sans-abrisme ou aux médias.
Certaines histoires ont été directement inspirées par des faits divers et réinterprétées : le dépeceur de Mons ou le meurtre de Stacy et Nathalie.

Comment fais-tu pour essayer de te faire connaître ?
J’ose en parler autour de moi (pas simple), je ‘blogge’ et ‘facebooke’. Un ami m’a raconté comment Salvatore Dali a réussi à se faire connaître : il déposait des petits papiers sur les tables des cafés parisiens (Salvatore Dali pense que…. trouve que… dit… ). Quand il a organisé sa première expo, tout le monde avait entendu parler de lui !

Des projets pour la suite ?
J’aimerais arriver à terminer ‘Les carnets de Madame de morale’ et mon roman ‘Le délégué commercial de Dieu’.

Pourquoi écris-tu et comment ?
A un moment, une histoire apparaît dans un coin de mon crâne et elle devient tellement prégnante que je m’assieds devant l’ordinateur pour l’écrire. J’allume une bougie, Pépin, mon chat, se couche sur mes genoux en ronronnant et ça décolle !

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique ?
Ni dieux ni maîtres ! Non, plus sérieusement, je suis une tox littéraire: quand je découvre un auteur que j’aime, je dévore tout.
Pour l’instant, c’est Douglas Coupland mais je suis passée par Kadra, Lodge, Laurie, Auster, Dorrestein, Bauchau, Valdès, Van Cauwelaert et le maître nouvelliste Roald Dahl, bien sûr !
Dès que j’ai appris à lire, je lisais tout y compris les boîtes de céréales. Je me souviens d’une scène surréaliste. J’avais 13 ans et je lisais ‘La nausée’ sur la plage de Palavas les Flots. Un groupe de sourds-muets m’a fait comprendre que c’était trop difficile pour mon âge. Nous avons ‘discuté’ littérature avec de grands gestes. Cela devait être drôle à voir !
Je suis très attentive à l’actualité (déformation professionnelle) et très sensible à l’air du temps. J’adore décortiquer les séries télévisées, me laisser emporter par un film bien écrit (exemple récent ‘Sutter Island’), visiter des expos photo ou écouter Eels, Anouk, U2 ou les vieux machins psychédéliques.

Un ami ou une amie dont tu aimerais que l’on parle ?
Mon mari, Manu Francq, une véritable encyclopédie du cinéma et des séries télévisées. Il est incollable et a une belle écriture. Il vient de créer son blog : http://series-cine-manu.skynetblogs.be.

Tes hobbies ?
La photo. J’aime, l’été, me balader avec mon vieux Nikon dans Bruxelles à l’affût de scènes touchantes, drôles ou interpellantes. Les randonnées.

As-tun site, un blog ?
J’ai un blog littéraire : http://bok-s-office.skynetblogs.be, où je mets mes nouvelles et un blog ‘chroniques’ http://out-of-the-bok-s.skynetblogs. Enfin, un blog pour l’association vitamineS (solidarité/spécialisé) que j’ai créée pour aider les enfants qui manquent de tout dans l’enseignement spécialisé : http://vitamine-s.skynetblogs.be

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
L’injustice.

Un souhait ?
Plus d’utopies

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
Il n’y a que des réponses stupides !