Interview...

Dominique Birkano


Pseudo ou nom réel ?
Pseudo mais il est pour moi plus réel que mon nom réel. Réel ? Qu’entends-tu par « réel » ?

Où habites-tu ?
J’habite sur le territoire d’un pays qui s’appelle la France, dans une ville qui s’appelle Paris. Je déménage ce mois-ci vers Ivry-Seine.

Une famille, des enfants…
Plusieurs familles. Je ne sais pas faire d’enfant.

Sucré ou salé ?
Les deux. J’aime beaucoup le goût du sel et le sucre des fruits.

Petit, que voulais-tu faire ?
Astronaute. Poète dès l’âge de 11 ans. J’ai reçu une illumination poétique = écrire, en lisant Les voies aériennes de Boris Pasternak. N’est-ce pas un très beau titre ? J’ai une passion pour les titres. Je voulais écrire un livre qui ne serait composé que de titres !

A quelle figure historique aimerais-tu ressembler ?
La plus ancienne tablette cunéiforme que l’on ait retrouvée. Le plus ancien signe d’écriture.

Ton truc contre le stress ?
La marche. Inspirer profondément avant de parler (quand j’y pense, le réflexe n’est pas encore acquis).

Que fais-tu dans la vie ?
Je me suis donné une formation juridique, j’ai choisi le droit international public. J’ai arrangé les choses pour travailler par périodes et écrire et étudier quand je ne travaille pas pour gagner ma vie. J’ai aussi une formation littéraire, mais un peu compliquée, car je n’ai jamais voulu apprendre la littérature autrement que par moi-même. L’année dernière, j’ai étudié le sanskrit à l'université. J’aime étudier, c’est un peu maniaque chez moi. J’aime aussi traduire, de la poésie ou des textes originaux. Pour moi, la traduction fait partie de l’apprentissage du « métier d’écrire ». C’est aussi un grand plaisir mental ou intellectuel. Je préfère le terme mental. Je ressens physiquement, au niveau cérébral, le plaisir de traduire. Ce n’est peut-être qu’une idée, mais la perception est réelle.

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
Dès l’illumination dont j’ai parlé, mais ma relation à l’écriture n’a pas été simple. J’ai écrit mon premier recueil vers 15-16 ans, très court, mais il semblait que c’était tout à fait suffisant et que j’y avais tout dit. Cela après avoir lu un certain nombre de poètes et recopié leurs poèmes. C’est une activité qui me plaît. On note plus que ce que l’on croyait avoir lu. C’est un bon exercice de lecture.

As-tu déjà publié quelque part ? Et quoi ? Quel genre ?
Dans des revues. Toujours ce que l’on appelle de la poésie. Je ne cherche pas systématiquement à publier dans des revues. En ce moment, je suis en train de travailler sur deux manuscrits dont l’un est une sorte de roman poétique. Je ne cherche pas en publier des extraits. Et bien sûr, j’ai beaucoup de reconnaissance pour Chloé Des Lys qui a accepté cette première publication d’un ouvrage complet. Comme on sait, trouver une maison d'édition n’est pas une tâche facile.

As-tu déjà remporté des prix ou obtenu une reconnaissance quelconque ?
Publier est une très grande reconnaissance. Pour les prix et autres reconnaissances de ce genre, j’attends encore un peu ! J’espère qu’il y en aura. La reconnaissance, c’est aussi les réactions de qui nous lit ou nous écoute lire. Une dame m’a un jour offert un petit couteau bleu, très joli, que je conserve précieusement. C’était par encouragement et pour me dire merci. J’aime l’idée du couteau. C’est un objet précieux et un objet de reconnaissance qui touche énormément. J’oubliai la reconnaissance d’avoir un papier écrit sur son travail dans un journal littéraire. Il y en a eu pour un dossier sur l’écriture argentine contemporaine que j’avais monté et traduit. Un long travail. C’est important et probablement essentiel de voir que l’on remarque ce que vous faîtes.

Pourquoi Chloe des Lys ?
Un ami poète m’a recommandé de vous écrire. J’aime l’idée de publier dans une maison d’édition belge. On dit que les Belges aiment publier en France, alors je me sens un peu à contre-courant et l’idée m’amuse beaucoup.

Quel ouvrage vas-tu publier ?
Il s’agit d’un recueil de poésie. On m’a dit que recueil ne se disait plus, ni poésie d’ailleurs. Toujours est-il qu’il s'agit de cela, quels que soient les termes que l’on emploie. J’ai déterminé que tous mes recueils devraient faire autour de 120 pages. Les ouvrages de poèmes sont parfois courts. Cela me fait peur, ce côté très court. Et puis j’aime composer, c’est difficile mais très important. On dit que parvenir à composer un livre est aussi important que de l’écrire. J’aime cette idée. J’espère que l’on sentira qu’il y a dans mon livre une histoire, une trame avec un commencement, une fin. Je parle de l’espace, de la manière dont on peut écrire à propos d’un objet, et d’autres choses, bien sûr. C’est le récit d’une aventure existentielle. Et des réponses apportées à des questionnements, enfin les miens ! J’aime écrire à propos des pensées qui nous traversent. J’aime aussi l’idée du « nous », écrire en pensant à un nous possible.

Comment fais-tu pour essayer de te faire connaître ?
Je fais des efforts pour envoyer les manuscrits que j’ai terminés à des maisons d’édition ! Je compte aller déposer moi-même les livres publiés chez les libraires. Cela me paraît essentiel. Pour certaines librairies, je leur demanderai si je peux venir lire, lorsqu'elles organisent des soirées-lecture. Je vais envoyer l’ouvrage à une sélection de personnes qui pourraient en parler dans la presse, y compris la presse sur Internet. Comme la poésie reste assez confidentielle, au sens où elle n’est pas en tête de gondole dans les librairies, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas lue, Internet est un réseau que l’on m’a décrit comme étant important et intéressant. Je voudrais aussi offrir le livre à quelques bibliothèques que je connais et qui mettent en avant la poésie.

Projets pour la suite ?
Oui. Terminer ce que j’appelle R2 et R3, les deux manuscrits ou recueils en cours. Surtout R3 qui est très important pour moi. J’essaie dans le livre d’atteindre et de dépasser des éléments qui me sont essentiels.

Pourquoi écris-tu et comment ?
J’essaie d’écrire tous les jours. Je réécris et réécris ce qui a été écrit. Je pense aussi qu’il faut laisser reposer assez longtemps ce que l’on a écrit. Enfin, pas trop longtemps non plus. C’est une bonne chose d’acquérir cette patience. Mais la patience est un art difficile, je ne sais pas bien mesurer le temps, mon temps personnel. Pourquoi écrire ? Dans mon cas, la question a plutôt été : pourquoi n’écris-tu pas ?

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique…
Je n’aime pas le mot maître. Dans ma vie de jeune adulte, j’ai passé beaucoup de temps dans les musées. J’allais au Louvre, à l’Orangerie, au Musée d’Orsay, au Musée de la Ville de Paris. Je pouvais me déplacer loin pour voir une exposition. J’ai eu une relation complexe avec tous les arts. Il faut croire que j’aime la complexité ! Je la déteste aussi. L’art dit abstrait a été l’une de mes passions. J’ai même composé, enfin si l’on veut, un livre de 125 pages fait de blanc. Avec un seul point final sur la dernière page et pour titre ! Je tiens encore à ce livre même si je reconnais que c’est une expérience-limite…
Aujourd’hui, je souhaite au contraire voir de belles pages entièrement remplies. Mes influences sont multiples, j’essaie de ne pas restreindre le champ de vision, l’oreille. La poésie américaine, Cummings, Dickinson, m’a beaucoup impressionnée. La poésie latino-américaine aussi, Viel Temperley, Romano Sued, Bernardello. Il faut que je parle des écritures belges, non ? et des écritures suisses, allemandes, russes, japonaises, d’Afrique de l’Ouest, persanes, chinoises… mystiques, objectivistes, dites lyriques, baroques. J’essaie de ne pas me restreindre. J’aime aussi la langue médiévale.

Un ami ou une amie dont tu aimerais qu’on parle ?
Susana Romano Sued et Niní Bernardello que je traduis. Bernardello insère le paysage et l’histoire argentine dans ses poèmes, en plus de ses paysages et de son histoire personnelle. Susana Romano Sued a écrit un livre exceptionnel, Procedimiento Memoria de La Perla y La Ribera, qui traduit ce qui s’est passé dans les camps de torture et d’extermination argentins. Il est crucial de penser à toutes les humanités, à celles qui souffrent des expériences extrêmes.

Tes hobbys ? Musique, dessin, peinture…
J’essaie de consacrer du temps à la marche et à la randonnée. J’ai pratiqué le pastel sec.

As-tu un blog ou un site ?
Pas encore. J’attends d’avoir quelques livres publiés avant d’ouvrir un site. J’aimerais bien rejoindre quelques blogs qui traitent de littérature.

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
Beaucoup de choses. Je peux être colérique, ce qui ne me plaît pas. Alors, dans la mesure du possible, pas de rogne !

Ta citation favorite ?
Encore.

Une qualité et un défaut ?
L’emportement. Négatif, il devient de la colère, de l’impatience. Positif, il peut nous conduire dans des états exceptionnels.

Un souhait ?
Qu’on lise mes livres.

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
Ne dit-on pas qu’il n’y a pas de question stupide. Seules les réponses peuvent l’être. Espérons que ce ne fut pas trop le cas aujourd’hu