Interview...

Marcel Baraffe



Son premier livre chez Chloe des Lys: ULTIMEA

A l’autre bout d’une évolution (enfin) achevée, aux frontières de l’immatérialité, il est des créatures suprêmement intelligentes, à peine plus lourdes qu’une bulle de gaz et dont l’absence de masse leur permet de se déplacer à des vitesses proches de celle de la lumière. Elles parcourent inlassablement l’univers, explo-rant les mondes des galaxies les plus lointaines pour y trouver d’improbables formes de vie : quelques cellules gigotant dans leur soupe primitive. Bien maigre récolte ! Jusqu’au jour où…

Ultiméa, un roman de fiction inspiré de spéculations scienti-fiques ou quand la créativité sans limites ouvrant vers les univers inconnus et les temps futurs devient un moyen efficace pour re-garder et voir notre propre monde, sans complaisance. Surpre-nant et souvent dérangeant !
Pseudo ou nom réel ?

Marcel Baraffe, tout est réel. Le pseudo ne sert à rien, même pas à échapper à l’impôt sur les livres vendus. Savez-vous qu’il existe une rue De La Motte Baraffe à Seneffe (entre Mons et Nivelles) ? A quand une rue Marcel Baraffe à Barry (une impasse même, à la rigueur) ?

Tu habites où ?

Un pays de soleil, d’olives, de vins généreux, de truffes et de chemins de montagnes pour faire passer tout ça : la Drôme provençale.

Sucré ou salé ?

Sucré, salé ! Voilà une vision du goût bien dichotomique et dangereusement manichéenne ! Qu’en est-il, en effet, du « légèrement épicé avec des arômes de fruits rouges » ?

Ton job ?

C’était il y a quelques années, déjà.

Un souhait ?

Echapper au principe de Peter.

Pourquoi t'es chez Chloé des Lys ?

Un compte d’éditeur, une association sans but lucratif, du papier recyclé et donc recyclable ; mais, ma parole, on est sur une autre planète !

T'écris quoi ?

J’écris sur tout ce qui bouge, sur tout ce qui passe à portée de clavier. Mais, contrairement à mes personnages d’Ultiméa, je n’atteins pas encore la vitesse de la lumière.

Qu'est-ce qui te fout en rogne ?

A combien de caractères ai-je droit ? Au hasard donc : de faire croire que la pensée de George Orwell « Tous les animaux sont égaux mais il y a des animaux plus égaux que d’autres », s’appliquent aussi aux hommes.
L’accord des participes passés des verbes pronominaux. Mais heureusement, il y a Maurice Grevisse et son Bon Usage.

Et le décor ?

La mer.

Tes livres cultes, tes films cultes, tes personnages cultes ?

Les hommes, (comment l’expliquer autrement que par les changements de modes alimentaires) ne savent plus prononcer les R, ils en oublient le culturel pour faire dans le cultuel. Les icônes, par un phénomène irrésistible de génération spontanée naissent au même rythme que les nouveaux virus. Il suffit d’un risque d’épidémie ou d’un déferlement hystérico-médiatique autour d’une idole pour tenir l’humanité en haleine. Combien de chefs-d’oeuvre et même d’oeuvres majeures sont, récemment, passés inaperçus du public pour être sortis le jour de la mort d’un Roi de la Pop ?
Le personnage d’un de mes romans (un écrivain !...) affirme que l’on pourrait ne garder que quatre livres : l’Iliade et l’Odyssée (trop de meurtres, de génocides, de maris cocus, d’infanticides, etc. à mon avis) ; une de ses oeuvres, bien évidemment (sans le nombrilisme auquel lui-même n’échappe pas, les rayons de nos bibliothèques seraient bien vides.) Et le quatrième ? me direz-vous. Et bien nommons-le : c’est Don Quichotte.
Un choix auquel j’adhère entièrement. Pour son personnage, bien sûr, et ses combats perdus d’avance. Nos éoliennes sont bien plus nombreuses que les moulins à vent de son époque. Finalement, c’est lorsqu’on déménage qu’on procède au tri des auteurs le moins partisan qui soit. Où sont passés mes Tintin, Rahan, Corto Maltese, Jean Paul Sartre. J’ai changé plus de vingt-cinq fois de domiciles et il doit me rester sur une étagère une petite dizaine de romans (dont les miens bien évidemment), un recueil de poésie et quelques nouvelles de Borges.
Je profite maintenant de ce moment de parole que l’on m’accorde enfin pour présenter une idée qui m’est chère, celle du livre gratuit pour tous pour une thérapie par la lecture dans le cadre d’un projet plus général de soins gratuits pour tous. Voici quelques pistes pour y parvenir : Délocaliser les éditeurs de la Rive Gauche (les autres aussi, par la même occasion) et les reloger dans les banlieues à loyers modérés ; réduire à 2 le nombre des académiciens et utiliser les 38 autres à la correction des manuscrits des auteurs orthographiquement déficients ; organiser les repas des grands prix littéraires dans des cantines scolaires ; rémunérer les auteurs de best-sellers au niveau du RSA, etc. Je suis sûr que d’autres idées ne manquent pas.

Quelle est la question la plus stupide qu'on pourrait te poser ?

Une question à un million d’Euros alors que j’ignore la réponse.

Et la mer ?

Tout juste un décor. C’est surtout ce qu’il y a après les dernières vagues, au-delà de l’horizon, qui me fascine