Interview...

Reine Bale


Pseudo ou nom réel ?
Reine Bale est un vrai-faux pseudo. Vrai car l’état civil me désigne comme Joëlle Reine Lévy-Bagur et faux car Reine n’est jamais que mon second prénom (legs de ma grand-mère) et Bale, une simple contraction des deux lettres initiales composant mon nom de famille. C’est un petit clin d’œil, au passage, du travail d’un écrivain : faire du vrai avec du faux, du faux avec du vrai.

Où habites-tu ?
J’habite en Provence, à côté du Verdon, dans un village magnifique où s’organise chaque année une fête des Belges (le 21 juillet). Mais si je vis ici, non loin de Manosque, c’est par choix et non à cause de mes origines, qui elles sont beaucoup moins « glamour » : je suis née dans une triste portion de la banlieue parisienne, le 93, où ma barre d’immeuble était elle-même entourée de barres d’immeubles. Un horizon fermé duquel j’ai eu l’opportunité de m’échapper il y a 10 ans pour venir m’exposer en pleine lumière. Je voulais de cette lumière brûlée du sud. Et je ne le regrette pas.

Une famille ? Des enfants ?
Je suis mariée depuis dix ans à l’homme qui m’a donnée deux enfants.

Sucré ? Salé ?
Je me demande ce que cette question est censée révéler…mais disons que je suis « bi » (pour ce qui est du sucré salé bien sûr !)

Que fais-tu dans la vie ?
Je travaille à bien vivre. Plus concrètement, j’exerce le métier d’enseignante en lettres dans un lycée, parallèlement à l’écriture. Les deux activités sont assez complémentaires puisqu’il s’agit, en enseignant de transmettre un savoir déjà produit alors que dans l’activité créatrice, on façonne de l’inédit.
Je pense aussi qu’un écrivain ne doit pas rester à l’écart de la réalité sociale ; il doit éprouver les difficultés du réel pour en parler. Ce n’est pas en restant isolé dans une tour d’ivoire qu’on parviendra à retranscrire, par le seul fait de l’imagination, ce qui remue les hommes.

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
Ah ! La question du commencement ! Difficile à démêler. Disons, depuis l’âge de la révolte, à l’ adolescence. La petite fille modèle a poussé son grand cri : tout lui paraissait « bidon », frelaté, inauthentique. Le compromis, c’était de la compromission…Rupture idéologique autant que biologique avec nécessité absolue d’apporter à ces changements la clarté et le touffu des mots.

As-tu déjà publié ?
J’ai jusqu’à présent écrit trois romans, en passe d’en achever un quatrième et fini un recueil de nouvelles. J’ai envoyé mes manuscrits à quelques reprises dans des maisons d’édition françaises, puis rapidement j’ai compris que peu de maisons d’édition en France se dotent d’un vrai service des manuscrits. Les manuscrits étaient retournés sans même avoir été lus et les choix éditoriaux faits d’avance.
Néanmoins, j’ai reçu de la part du directeur de collection « Fiction et compagnie » du Seuil un avis très positif et sincère : « Malgré la qualité de votre travail, la maison ne publie plus de nouveaux écrivains ». Contexte de crise oblige, le travail des écrivains en quête d’une maison d’édition valable devient ardu.
Je me suis donc essayé à l’auto-publication, ce qui m’a amusée un certain temps. Puis rapidement, je me suis remise en quête d’une vraie maison d’édition, effectuant un travail en profondeur avec les auteurs…c’est là que je suis tombée sur Chloé des Lys ; d’emblée le fait que l’écrivain participe à sa réussite, que l’équipe prenne le temps de lire…ont été des facteurs décisifs pour moi. Une cogestion responsabilisante du travail, c’est ainsi que je qualifierai l’approche que propose Chloé. Et c’est bien mieux pour l’écrivain.

Quel ouvrage vas-tu publier ? Quel genre ? Comment écris-tu ?
Je vais publier un roman qui a pour titre L’âge de déraison ; l’intrigue repose sur un personnage féminin qui se prénomme Arielle et qui comme tous les gens de sa génération rêve d’une réussite « en pleine lumière ». Réussir sa vie, aujourd’hui, ça ne signifie pas « réussir pour soi à atteindre un objectif qu’on s’est fixé dans l’intimité de soi à soi » ; non, il faut que la réussite soit spectaculaire, visible aux yeux de tous pour avoir quelque valeur.
Partant de ce constat simple, j’ai interrogé de nombreuses jeunes femmes qui approchaient la trentaine pour comprendre si les rêves qu’elles avaient forgés s’étaient accomplis, en passe de s’accomplir ou si elles avaient changé de philosophie par rapport au rêve immédiat de réussite.
La sociologie et la psychologie sont venues comme des appoints théoriques à ces témoignages. C’est là qu’a pris corps le personnage d’Arielle, que j’ai imaginée artiste-peintre (–pour corser le propos d’une réflexion sur la création-) et qui au cours du récit, va vivre une véritable crise l’obligeant à questionner les fausses promesses du monde contemporain.
Bien sûr, j’ai immergé le personnage dans une expérience radicale de table rase qui, pour ce faire, a dû être violente. D’où la descente aux enfers qu’Arielle endure tout au long du récit.

Que fais-tu pour essayer de te faire connaître ?
Pour l’instant, j’agis localement : je demande si telle librairie peut me permettre de faire une lecture ; là où j’habite, je participe à la fête du livre ; au lycée où je travaille, j’organise un atelier d’écriture…mais avec la publication prochaine de mon roman, je pourrai toucher plus de médias (radios locales, journaux de proximité…)Ensuite, je compte participer aux concours du type « premier roman », me rendre le plus possible aux foires et salons du livre…

Des projets pour la suite ?
J’aimerais bien faire publier mes deux autres romans. Par ailleurs, j’écris à l’heure actuelle un roman qui me tient beaucoup à cœur et que j’envisage d’achever d’ici six mois dont le titre sera, selon toute vraisemblance "Devant, la nuit".
Le principe d’écriture pour chaque roman essaie de respecter les règles de ce que pompeusement je pourrais appeler « un projet esthétique » ; à savoir : une thématique contemporaine étayée par des témoignages vivants autant que des écrits théoriques ou de la documentation piochée dans la presse ; une écriture qui tente de reproduire « l’éclatement du monde » propre à notre réalité (c'est-à-dire une multiplication des approches d’une même réalité : du « je » introspectif à ce « nous » statistique des faits sociologiques) et une intrigue resserrée autour d’un nœud qui met le personnage en conflit avec tel ou tel aspect du monde contemporain.
Dans "Devant la nuit", il s’agit d’une vieille dame qui a toute sa tête mais qui comme tant d’autres, se retrouve diminuée à cause d’une fracture du col du fémur qui peu à peu lui retire son autonomie. Elle se retrouve en maison de retraite et là, forcément s’engage le grand tête à tête avec elle-même, son passé, et un avenir dont l’horizon est bouché d’avance. Qu’est-ce que finir sa vie dans une maison de retraite dans la pleine conscience de ce que l’on vit ? C’est la question qui m’habite en écrivant ce roman.

Pourquoi écris-tu et comment ?
J’écris parce que, comme tous les gens qui écrivent, je crois avoir quelque chose d’intéressant à dire ! Tout du moins, une parole singulière, irréductible.
Au départ, les raisons qui poussent à écrire sont confuses ; ça n’est jamais qu’un moyen d’expression auquel on a recours parce que peut-être, les échanges verbaux nous semblent parfois insuffisants à pénétrer les énigmes de l’âme humaine. Et puis, l’admiration des auteurs se mêle à ces timides tentatives pour former peu à peu un projet achevé.
Un jour vient où l’on se tient à ce désir d’aller jusqu’au bout et c’est là qu’on se rend compte qu’écrire est une expérience complète faite de dépassement de soi, de frustration, de volonté, d’instinct.
Pour ce qui est du comment, je sais qu’avant d’écrire, je me pose toujours la question de savoir « à quoi va servir ce livre ? » afin qu’elle oriente l’éclairage que je vais apporter sur telle ou telle question. Du coup, mes recherches puis mon chapitrage suivent une direction assez rigoureuse. Une fois que je sais où je vais, je laisse à la spontanéité du langage faire le reste.

Tes influences ?
Je ne vais pas me lancer dans un listing d’auteurs admirés…Il y en a tant ! Par contre, quand j’écris, je pense souvent à Philip Roth : il incarne l’écriture moderne par excellence, libre et savante, drôle et profonde, contemporaine et universelle…et puis c’est un auteur vivant et il faut rendre hommage à ceux qui sont encore de ce monde( pourquoi attendre qu’un auteur soit mort pour affirmer son génie ?)
En peinture, je suis bien servie puisque j’ai la chance de vivre avec le grand peintre Christophe Avella-Bagur (dont un des tableaux sert à l’illustration de ma couverture). C’est mon coup de cœur permanent, si je puis dire…
En musique, ce que j’aime avant tout, c’est la décharge d’énergie qu’elle procure. Pour mon loisir, je chante dans un groupe rock une fois par semaine. Le seul but : la recherche de la bonne pulsation…

As-tu un blog ? un site ?
J’ai tenu un blog pendant six mois l’année dernière ; on peut toujours s’y rendre. En voici l’adresse : contempo-reinedelitterature.blogspot.com ; j’y proposais des « blogstories », c’est à dire une nouvelle qui s’écrit au jour le jour ; des critiques ; des éclairages théoriques sur ma façon de travailler ; des extraits de mes romans. Puis, j’ai lâché le blog pour réattaquer l’écriture romanesque. Je compte néanmoins reprendre l’activité bloguesque très prochainement.

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
A peu près tout ; je suis d’un très mauvais naturel, limite acariâtre ! Non, bien sûr, je plaisante, mais la question est vaste…

Une question que tu trouverais stupide ?
Je vais conserver un peu d’humilité et déclarer démagogiquement qu’aucune question n’est vraiment stupide.