Interview...

Laurence Amaury


Comment a débuté votre carrière?

Au départ, je suis régente littéraire. J’ai donné des cours de français et de religion pendant dix ans mais je savais que je n’enseignerais pas toute ma vie. Ensuite, j’ai obtenu un diplôme de bibliothécaire et là je me suis sentie dans mon élément. En guise de travail de fin d’études (TFE), j’ai entamé le recensement des auteurs montois des origines à nos jours. Cet ouvrage, intitulé Lettres lumeçonnes, est toujours en cours.

A l’heure actuelle, je suis pensionnée. Je suis devenue une membre très active du Cercle littéraire hainuyer Clair de Luth qui, entre autres, édite une revue appelée Aura, et propose des lectures-spectacle ou des promenades littéraires. Ce cercle existe depuis 1987; il vient de fêter ses 20 ans.

Vous êtes pensionnée, que faites vous de vos temps libres?

Il me semble que je travaille encore plus depuis que je suis pensionnée! Mon compagnon est souffrant depuis de longs mois. Ensuite, je m’occupe de mes deux petites filles de 10 et 2 ans et demi . Mes journées sont bien remplies. Je dois même me lever plus tôt pour pouvoir écrire.

Quand avez-vous commencé à écrire?

J’écris depuis l’âge de 15 ans.

Que pensez-vous de cet amour absolu qui se retrouve si souvent dans vos nouvelles?

Je pense que l’amour absolu peut exister mais qu’il ne reste pas intact au fil du temps. Pour moi, il peut durer quelques minutes, quelques heures ou quelques jours mais pas plus longtemps. L’amour change, prend d’autres formes.

Quels sont les ouvrages que vous avez publiés?

Au début des années 80, j’ai rédigé un roman à caractère autobiographique sur le divorce que j’ai vécu. Cet ouvrage s’est révélé particulièrement thérapeutique. Ensuite, j’ai écris "Ecoute mes silences" en 1979, "Les hasards de cristal" en 1984, "Racines d’Aurore" en 1995 et "L’oppidum sous la mer" en 1997.

En 1991, j’ai créé une pièce de théâtre intitulée "Une sorcière en chasse une autre". C’était une courte pièce prévue pour une première partie. Cette même année, mes deux enfants ont quitté la maison; j’ai eu plus de temps à consacrer à mes nouvelles. "Ailleurs est ici dans la pénombre" est le dernier ouvrage publié. Il comporte onze nouvelles.

Comment ce titre Ailleurs est ici dans la pénombre vous est-il venu à l’esprit?

En fait, le titre est extrait d’un poème intitulé "Allégorie pour fantasmes non identifiés". Le message principal est résolument positif, optimiste et incite à mieux regarder autour de soi, à agir là où on se trouve au lieu d’aller chercher bien loin ce qui est à notre portée. L’ailleurs est ici mais dans la pénombre donc l’ailleurs est caché, il faut creuser un peu pour le trouver.

Encore d'autres ouvrages ?

Oui, un recueil de nouvelles qui est sorti dans le cadre des Rendez-vous de la Langue Française à Mons. Il s’intitule "La Robe en soie bleue ensablée". Ce titre m’est venu dans un songe, un demi-sommeil. Il a fallu que je fasse l’effort de me réveiller complètement pour prendre note avant que ces mots ne m’échappent.

Dans ce recueil, il n’y a que six nouvelles puisque l’une d’entre elles est beaucoup plus longue que les autres. La robe est le réel leitmotiv de chacune des nouvelles. Dans la première, la robe est retrouvée enfouie dans le sable, dans la deuxième, elle est évoquée dans une chanson, dans la troisième nouvelle, la robe apparait dans un film, dans la quatrième, elle est portée à l’opéra, dans la cinquième, la robe est d’une autre époque, rangée dans une malle ancienne. Dans l’ultime nouvelle la robe est alors l’objet d’une des peintures de Boudin.

La nouvelle un peu plus longue reste une de mes préférées. Elle se passe dans les années 60 dans la rue Gallairdmont à Mons. C’était l’époque où j’allais encore à l’école. J’apprécie particulièrement cette rue car non seulement, c’est là qu’habite mon compagnon mais aussi parce que la rue est étroite, tortueuse, à gros pavés ce qui m’inspire réellement.

Avez- vous des projets pour la suite?

Oui, bien sûr. Après ces nouvelles et ce roman à caractère psychologique, j’aimerais passer à un style plus satirique. Je projette d’écrire Escales en Absurdie où j’évoquerai les méandres désastreux de l’administration bibliothécaire. Dans un futur plus lointain, j’envisage d’écrire des contes pour enfants inspirés par mes petites filles.

Où puisez-vous votre inspiration?

Je m’inspire de tout ce qui m’entoure, les scènes de la vie quotidienne. Certaines phrases entendues au détour d’une rue restent gravées dans mon esprit; une histoire peut se construire là-dessus. Sur base de l’évènement réel, j’ajoute quelques éléments imaginés.

Quelles sont vos influences littéraires?

Elles sont nombreuses. Des sœurs Brontë à Tchekhov en passant par George Sand, Katherine Mansfield, Anaïs Nin, et Virginia Woolf. J’en passe beaucoup d’autres tels que Shakespeare ou Proust.

Au début de chaque nouvelle, vous ajoutez le titre d’un morceau de musique à écouter en lisant. Pourquoi ?

Parce que j’écris toujours en musique. Chaque nouvelle a sa musique d’accompagnement: je les ai écrites en écoutant inlassablement le même morceau. Je pense que c’est important d’ajouter ce que j’écoutais à ce moment parce que cela a probablement influencé la tournure des évènements dans mes nouvelles.

J’ai l’idée de départ en tête lorsque que je commence à écrire mais je n‘ai pas de fin toute prête, la musique me guide très certainement jusqu’à la chute de l’histoire. C’est pour cela que je trouve important d’ajouter les extraits musicaux. Ceux-ci sont principalement d’un style classique mais la bande originale du film Saturday Night Fever a aussi influencé une de mes nouvelles.

Laurence Amaury est-elle votre réelle identité?

Non, c‘est un nom d‘emprunt; je m‘appelle Jeannine Abrassart. Laurence est le prénom que j’aurais voulu donner à ma première fille qui est décédée à peine quelques heures après sa venue au monde. Amaury est un nom qui nous vient du Moyen Age, c’est une période que j’aime particulièrement donc j’ai repris ce nom



( Propos recueillis par Carole Pire.)