Interview...

Iulini François


Pseudo ou nom réel ?
François Iulini qui est le vrai nom de mon grand-père (le J n’existant pas dans l’alphabet Italien). Sans doute une erreur de l’état civil. De manière plus romantique, une tentative de mon vieux rital de grand-père pour franciser le nom de son fils (mon père). J’ai retrouvé la même anecdote chez Elsa Morante dont le personnage de la Storia changeait le prénom de son gamin pour qu’il apparaisse moins Juif. Ma grand-mère ne voulait pas d’un prénom mécréant anglo-saxon, mais c’était la mode à l’époque (Sinatra). Elle ne m’a jamais appelé Franck mais François. Bataille des anciens et des modernes, ma mère l’a emporté...

Où habites-tu ? Explique…
À Lyon la plupart du temps mais en Corse depuis dix ans (pour le travail). J’ai battu le record de Sénèque qui n’a tenu que 8 ans.

Une famille, des enfants…
Une compagne

Sucré ou salé ?
Très sucré et très salé. Je suis un mammifère et à ce titre ne songe qu’à manger et à dormir.

Petit, que voulais-tu faire ?
Dormir, rêver peut être...

A quelle figure historique aimerais-tu ressembler ?
Je n’aime pas les personnages historiques souvent sanglants. Communard dans l’âme, j’aurais bien quelques noms à avancer comme Ferré, Reclus, Blanqui, Lissagaray et tant d’autres héros de la Révolution anarchiste, mais tout ça me parait encore bien sanglant. Jean-Baptiste Clément alors... ou Rimbaud : Elles ont pâli, merveilleuses, Au grand soleil d'amour chargé, Sur le bronze des mitrailleuses ; À travers Paris insurgé !

Ton truc contre le stress ?
Écrire.

Que fais-tu dans la vie ? Explique…
Ma vie n’a pas été un fleuve tranquille. Issu d’une famille de tocards sympathiques, je n’ai hérité que de rhumatismes et d’hypertension artérielle. Et Caïn s’installa dans le pays de Nod à l’est d’Eden. A 16 ans à l’usine, j’ai dû faire de nombreux métiers pour m’en sortir (ouvrier, menuisier, dessinateur industriel, secrétaire, comptable, contrôleur d’une multitude de choses). J’attends ici ma levée d’écrou en écrivant des rapports financiers très sérieux Pour une administration très puissante dont je tairai le nom puisque je suis encore en activité.

Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
Il n'y a pas si longtemps le 16 janvier 2011 à 17 heures trente minutes après avoir contemplé la reproduction de la toile d'une amie sur son blog. Le nom prémonitoire de l'œuvre était "septembre déjà". Un choc émotionnel. A l’instant de cette vision, j’ai ouvert une page de traitement de texte et je n’ai plus cessé d’écrire.

As-tu déjà publié quelque part ? Et quoi ? Quel genre ?
Non mais j'ai une jolie collection de lettres types

As-tu déjà remporté des prix ou obtenu une reconnaissance quelconque ?
Petit j'ai obtenu un premier prix à l'école (comme on faisait avant avec couronne de laurier, estrade, Madame l’adjointe à la culture et un livre « Mussi, Mussou raconte » que j'ai toujours gardé et que je relis parfois).

Pourquoi Chloé des Lys ?
Pour sa mauvaise réputation. De toute façon n’étant ni un vieux chanteur, ni un journaliste ou un politique sur le retour ; n’étant pas non-plus un agrégé ou le fils de quelqu’un, je n’avais aucune chance de me faire publier chez qui que ce soit. Mais Chloé des Lys n’est pas qu’un pis-aller. Elle est en dehors du circuit de la bobo-sphère et de la jetset éditoriale. Vous êtes les seuls à m’avoir lu du premier au dernier mot. J’ai été touché par cette marque d’attention, de respect. C’était la première fois que quelqu’un me lisait. La plupart des éditeurs français n’ouvrent même pas les manuscrits (mettre une pointe de colle entre deux pages). J’aime les gens qui font leur travail sérieusement. Je travaille sérieusement. La poésie, c’est du boulot, la musique, la dramaturgie, la tension, la couleur... et tout ça dans quelques alexandrins... 300 pages de roman concentrés dans un sonnet, ça mérite qu’on vous lise... non ?

Quel ouvrage vas-tu publier ? Quel genre ? Résumé ?
Un ouvrage de poésies plutôt classiques de forme encore que. Des souvenirs en vrac, sans chronologie. La lance d’Achille et de son père qui blesse et guérit en même temps (Dante l’Enfer 31). J’ai beaucoup pensé à mon père et de nombreux poèmes y font allusions. En fait, c’est un album d’images. L’avantage du bipolaire c’est qu’il change automatiquement d’ambiance, lorsqu’il change d’humeur. Comme tout schizophrène, on est toujours au minimum deux à écrire... ça aide !

Comment fais-tu pour essayer de te faire connaître ?
Je n'essaie même pas. J’ai 58 ans... J’ai voulu être publié pour effacer ma honte d’enfant d’avoir été un cancre et toute ma vie un bon à rien. Mon grand-père, Italien n’a jamais demandé sa naturalisation. Lorsque je baragouinais le Piémontais dans ses montagnes, il se mettait en colère « zé né pas fait tou za pour qué tou parle ze sarabia ». Avec un peu de chance ce recueil vivra mon éternité sur le rayon d’une bibliothèque... scolaire parmi les poésies de Fort, de Verhaeren, de Lecomte de l’Isle que je n’ai jamais su apprendre par-cœur... comment être plus français (ou Belge : Carême, Verhaeren, Maeterlinck, Rodenbach) qu’en devenant poète ? Nous sommes tous les deux la tristesse d'un port ; Toi, ville, toi, ma sœur douloureuse qui n'as ; Que du silence et le regret des anciens mâts ; Moi, dont la vie aussi n'est qu'un grand canal mort ! Georges Rodenbach à propos de Bruges.

Projets pour la suite ?
Écrire. J’écris de la poésie essentiellement mais également des poèmes en prose et quelques saynètes à deux personnages ou plus. Dans la veine du théâtre de l’absurde. Parfois des dialogues avec des oiseaux (Saint François d’Assise, Aristophane ou Messiaen)... Il m’est arrivé de faire parler des mouches... J’ai un grand projet en cours d’un poème épique en terza rima selon la tradition des Chrétiens de Troy, Virgile ou Dante.

Pourquoi écris-tu et comment ?
Lorsque j'écris je ne pense plus... enfin plus aux mêmes choses. J’écris entre deux drames, entre deux crises, à la hâte, en cachette, en loucedé. Je m’en fous, lorsque je ne peux pas écrire, je pense que j’écris, ça fait pareil.

Tes influences, tes maîtres, tes coups de cœur en littérature, cinéma, peinture, musique…
Bosch, Mantegna, Altdorfer (Saint Georges), Schiele, Dix. En fait quasi tous les peintres depuis la préhistoire. Je suis plus sélectif avec les écrivains. Dante, Céline, Baudelaire, Saramago, Houellebecq... Huysmans est mon père en écriture. Je suis souvent en promenade en Enfer en compagnie de Virgile, Dante et Baudelaire. Je regarde chaque rediffusion du château de ma mère (avec Caubère et Roussel) et je pleure. J’assiste depuis quelques années à l’éclosion d’un cinéma Belges poétique, rageur, anarchiste et gai et je vous envie et attendant la sortie des "visiteurs 11".

Un ami ou une amie dont tu aimerais qu’on parle ?
Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.

Tes hobbys ? Musique, dessin, peinture…
Écrire.

As-tu un blog ou un site ? Adresse… qu’y proposes-tu ?
Oh non et les quatre amis que j'ai abandonné sur FarceBeurk ne me manquent pas.

Qu’est-ce qui te fout en rogne ?
Je suis né en râlant, je mourrai en râlant. Des types comme moi ne sont à l’abri qu’enfermés dans des asiles pour éviter d’être contaminés par les fous de l’extérieur. L’écriture est mon asile, la confiture dont Alice badigeonne sur le nez du loir pour l’apaiser.

Ta citation favorite ?
Une de Cioran (éminent râleur) me revient, que j'ai placé en dédicace d'un de mes ouvrages : L’anecdote est à l’origine de toute expérience capitale.

Une qualité et un défaut ?
Toutes les qualités et tous les défauts. Goethe disait de Beethoven qu’il était « un être effréné », je crois ressembler à ça « pas de demi-mesure ». Adagio ou fortissimo. Bavard ou silencieux. Poète ou poète...

Un souhait ?
Rencontrer une jolie fée qui me demanderait si j’ai un souhait à exprimer

Quelle est la question la plus stupide qu’on pourrait te poser ?
Seules les réponses sont stupides... Si tu as une question, n’hésite pas. Je te répondrai immédiatement.