Quand ACTU-tv parle des grands auteurs belges...

Paul Nougé

Une chronique de Marc Quaghebeur. Un texte de Jean François Foulon


Vidéo: Marc Quaghebeur parle de Paul Nougé

Paul Nougé (Bruxelles, 1895 – 1967), est un poète belge. Son père est français (d'origine charentaise) et sa mère est belge. Il fréquentera le lycée français de Bruxelles puis fera des études de chimie et de biologie. Il fera d’ailleurs toute sa carrière comme biochimiste dans un laboratoire médical, ce qui lui assurera un revenu fixe.

En 1919,il participe à la création de la section belge de la IIIe Internationale, qui fonde le Parti communiste belge. En 1924 il crée la revue Correspondance (qui publie des tracts. Ce sont en fait des feuillets de couleur numérotés, qui sont envoyés à quelques dizaines d'exemplaires à des personnes choisies) et l’année suivante il rencontre les surréalistes français, Louis Aragon, André Breton et Paul Éluard, lesquels sont animés comme lui par la révolte. Le nom de Noug éapparaît d’ailleurs plusieurs fois dans La Révolution surréaliste.

Il devient l’ami de René Magritte et fait bientôt partie du groupe surréaliste de Bruxelles (lequel rédige de nombreux tracts écrits en commun). Il ne faut toutefois pas considérer ce groupe surréaliste de Bruxelles comme un simple prolongement du surréalisme français. En effet, les désaccords sont plus nombreux qu’on ne pourrait le croire.

En 1926 à Ixelles, le groupe propose « un concert suivi d'un spectacle » où il s’agit de ridiculiser l'avant-garde musicale de l’époque (Satie, Auric, Milhaud, Stravinski). En 1928 Nougé fonde la revue Distances. Ensuite, il fait une conférence à Charleroi sur la musique (liée à un concert dirigé par André Souris) et préface une exposition de Magritte (qu’il a fait basculer du côté du surréalisme, comme le souligne Marc Quaghebeur dans la vidéo).

Il s’intéresse aussi à la photographie mais ce n’est qu’en 1968 que dix-neuf photographies seront publiées sous le titre Subversion des images. Il est parfois appelé « le « Breton belge », un peu à tort finalement car Nougé a toujours détesté la célébrité. Pour lui, un écrivain n’est finalement pas plus important qu’un plombier (voir la vidéo) et il ne comprend pas qu’on puisse se mettre en avant (désir bourgeois par excellence) et souhaiter devenir célèbre sous prétexte qu’on est écrivain. Il s’est toujours moqué de la notion d’œuvre et se considère comme un « ouvrier des lettres ».Homme discret, il a toujours manifesté peu d’intérêt pour la publication de ses œuvres.

« J’aimerais que ceux d’entre nous dont le nom commence à marquer un peu, l’effacent », a-t-il dit lorsqu’il a pris ses distances avecAndré Breton, le « pape » du surréalisme. Pendant la guerre, il est mobilisé en 1939 à Mérignac puis à Biarritz, comme infirmier militaire. De retour à Bruxelles, il continue à s’intéresser à l’œuvre de Magritte. Il publie des textes de lui, préface des expositions. Il écrira aussi deux chansons pour Barbara. En 1950, il rompt avec André Breton et en 1954, il fonde avec Jane Graverol et Marcel Mariën, la revue « Les Lèvres nues ».

Nougé aime les tracts, les mots percutants et les invectives. Comme les surréalistes, il adore détourner le sens premier des mots, lesquels sous sa plume se veulent révolutionnaires. Pour le reste, il est peu connu du grand public, n’ayant publié que deux courts volumes (Les Images défendues en 1943 et La Conférence de Charleroi en 1946). Le reste, il faut le chercher dans les brochures, les tracts et les articles. Moins passionné qu'Achille Chavée, par exemple, il demeure donc largement inconnu. Il faut noter qu’en 2017 est paru un livre qui reprend tout ce que notre écrivain a écrit de son vivant : Paul Nougé, Au palais des images les spectres sont rois. Écrits anthumes 1922-1967, Paris, Éditions Allia (édition établie et annotée par Geneviève Michel), 2017, 791 pages, 35 €.

Premier paradoxe que met en avant la sortie de ce livre : une œuvre peut exister indépendamment de la volonté de son auteur d’en constituer une. Un autre paradoxe, c’est que des écrits mis bout à bout peuvent se transformer en un ensemble qui a une logique. Ainsi, Nougé voulait manifestement transformer le monde en fonction de ses désirs. Il croyait donc que les hommes sont animés du même désir que lui de transgresser l’ordre établi. Ecrivain de « circonstances (prologues à des expositions de Magritte ou des concertes d’André Souris, pamphlets, tracts politiques, etc.) la plupart de ses écrits sont souvent une réponse à une occasion précise. Ne manifestant aucun intérêt pour sa propre gloire, notre écrivain considère qu’écrire c’est agir, ce qui est plus important que de « faire une œuvre ». Il s’agit donc essentiellement pour lui de comprendre le monde et de le transformer.

Dans ce recueil, l’éditeur nous dit qu’on retrouve « la gouaille du surréaliste ou les convictions radicales d’un communiste en acte, mais aussi un sémiologue exceptionnel, un « aphoriste » de génie, un maître absolu de la métaphore, et donc – car tout cela, in fine, y revient – l’un des plus brillant et émouvant poète qui soit. »

Extraits :

L’
Intérieur de votre tête
n’est pas cette
MASSE
GRISE et BLANCHE
que l’on vous a dite
c’est un
PAYSAGE
de SOURCES et de BRANCHES
une
MAISON de FEU
mieux encore
la
VILLE MIRACULEUSE
qu’il vous plaira
d’
INVENTER

Paul Nougé, extrait de La publicité transfigurée.
Jean François Foulon