Quand ACTU-tv parle des grands auteurs belges...

Maurice Maeterlinck

Une chronique de Marc Quaghebeur. Un texte de Jean François Foulon


Vidéo: Marc Quaghebeur parle de Maurice Maeterlinck


Maurice Maeterlinck (Gand, 1862, Nice, 1949), prix Nobel de littérature en 1911.

Cet écrivain célèbre, figure de proue du symbolisme belge, est surtout connu pour trois de ses oeuvres :
• son mélodrame Pelléas et Mélisande (1892), qui sera mis en musique par Debussy en 1902
• sa pièce pour enfants L’Oiseau bleu (1908)
• son essai inspiré par la biologie La Vie des abeilles (1901)

Il a aussi écrit des essais mystiques (Le Trésor des humbles) et des poèmes (Serres chaudes).

Maurice Maeterlinck est né dans une famille flamande et bourgeoise, ce qui veut dire catholique, conservatrice et …francophone (le flamand, c’est pour le petit peuple). Après son droit, il exerce un peu le métier d’avocat, puis très vite publie des poèmes d’inspiration parnassienne dans La Jeune Belgique. Il part ensuite pour Paris (là où tout auteur francophone se doit d’être) où il rencontre Stéphane Mallarmé et Villiers de l’Isle-Adam. Après sa découverte des écrits du mystique Jean de Ruysbroeck, dit Ruysbroeck l'Admirable (XIVe siècle), qu’il traduit et qu’il fait redécouvrir, il se détourne du rationalisme français au profit du monde germanique, plus intuitif, et s’intéresse au romantisme allemand (Schlegel).

Devenu célèbre grâce à un article d'Octave Mirbeau sur La Princesse Maleine, il fréquente Oscar Wilde, Paul Fort, Stéphane Mallarmé, Camille Saint-Saëns, Anatole France et Auguste Rodin. Opposé à la flamandisation de l’université de Gand, il se réfugie aux États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale.

Notons que Maeterlinck a également écrit des œuvres de métaphysique (Le Temple enseveli, L'Hôte inconnu et Le Grand Secret). Comme le souligne Marc Quaghebeur dans la vidéo, il avait perdu la foi, mais sa démarche ressemble fort à une quête spirituelle. Il reste persuadé que dans la vie et dans le monde, quelque chose nous échappe, et qu’une sorte d’élément irrationnel détermine toute chose.

Il obtient le prix Nobel de littérature en 1911 et sera fait comte par le roi Albert. Notons que ce prix Nobel a une triple signification. Il couronne une œuvre quadruple (poésie, théâtre, essais et traductions), il consacre ensuite l’esthétique symboliste, et enfin il légitime pour la première fois une littérature francophone non-hexagonale. Le choix de la Belgique n’est pas un hasard, car depuis la fin du XIXe siècle ce pays a montré qu’il avait une littérature bien à lui, comportant des éléments nordiques perçus comme exotiques.

Sa poésie (Serres chaudes) se base sur la suggestion, selon le concept cher à Mallarmé. Par la répétition des mots, il parvient à « une résonance intérieure ». Opposé au naturalisme et au Parnasse, il préfère les allégories où l’image, proche de l’iconographie médiévale, tient une place de choix.

Dans son théâtre, il transforme le drame traditionnel pour en faire une peinture de l’âme. Les personnages sont souvent immobiles, passifs,mais sont sensibles à l’inconnu qui les entoure. Fantomatiques, leur langue est elliptique. Il n’y a donc pas ici d’héroïsme (au sens cornélien du terme), car le simple fait de vivre est déjà en soi tragique. L’individu, conscient de la fatalité qui le frappe (la mort omniprésente et inéluctable), doit assumer son destin.

Sa pièce pour enfants « L’Oiseau bleu » (créée en 1908 au Théâtre d'art de Moscou) traduite dans plus de vingt-cinq langues,a été jouée aux États-Unis, en Angleterre, en Russie et Japon. Il s’agit de l’histoire de deux enfants pauvres (leur père est bûcheron) à qui une fée demande d’aller chercher l’oiseau bleu qui devrait guérir sa petite fille malade. Il s’agit donc d’une quêtequi va leur permettre de rencontrer leurs grands-parents morts ainsi que leur petit frère pas encore né.

Dans Pelléas et Mélisande, on est dans une atmosphère de légende. Il s’agit en fait d’une histoire d'amour où la jalousie est bien présente. Golaud, perdu dans une forêt alors qu’il chassait, rencontre Mélisande qui est en pleurs. Il l'emmène avec lui dans son château, où se trouve son demi-frère Pelléas. Ce dernier et Mélisande tomberont secrètement amoureux. Tout est non-dit dans cet amour virginal. Le Moyen Âge aimait ces histoires d'amour contrariées par les convenances sociales (Pyramus et Thisbé, etc.). Pour les représenter, le XIXe siècle emploiera une dramaturgie « symboliste».
La pièce se joue dans une semi-obscurité (les amants et leur « péché » ne doivent pas être vus, mais le monde non plus). La réalité extérieure s’estompe donc au profit d’une vision vers une réalité supérieure. Tout objet est d’ailleurs symbole. La forêt évoque le chaos, la fontaine est source de vie, la chambre est le lieu de l’amour, la perte d’une bague suggère la fin prochaine d’un amour, etc.

Voici ce que Rainer Maria Rilke a dit de Pelléas et Mélisande :
« La scène, chez Maeterlinck, ne tient jamais dans le champ d’une lorgnette. Elle reste large, et, avec une étrange fraternité, la tour et l’arbre doivent agir à côté du héros, et chaque accessoire et chaque bruit doivent conserver et accomplir leur signification. Il s’agit pour chaque comédien de donner des contours, de souligner les limites de son personnage, et non ce qu’il contient. Il n’a pas le droit d'attirer l’attention, de s’isoler par son jeu individuel, il doit jouer comme le visage voilé, humble dans la mêlée des personnages et de leurs anxieuses rencontres. »
Par sa poésie et son théâtre, Maeterlinck devient donc la figure centrale du symbolisme. Cependant son succès reste tout de même limité à une élite littéraire et intellectuelle. C’est par ses essais qu’il va vraiment conquérir le grand public. Il étudie le monde végétal (« L'Intelligence des fleurs ») et celui des insectes (« La Vie des abeilles », « La Vie des termites », « La Vie des fourmis »).

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Maurice Maeterlinck, extrait de « La sagesse et la Destinée », 1908

« N'oublions pas que rien ne nous arrive qui ne soit de la même nature que nous-mêmes. Toute aventure qui se présente, se présente a notre âme sous la forme de nos pensées habituelles, et aucune occasion héroïque ne s'est jamais offerte a celui qui n'était pas un héros silencieux et obscur depuis un grand nombre d'années. Gravissez la montagne ou descendez dans le village, allez au bout du monde ou bien promenez-vous autour de la maison, vous ne rencontrerez que vous-même sur les routes du hasard. Si Judas sort ce soir, il ira vers Judas et aura l'occasion de trahir, mais si Socrate ouvre sa porte, il trouvera Socrate endormi sur le seuil et aura l'occasion d'être sage. Nos aventures errent autour de nous comme les abeilles sur le point d'essaimer errent autour de la ruche. Elles attendent que l'idée mère sorte enfin de notre âme; et quand elle est sortie, elles s'agglomèrent autour d'elle. Mentez, et les mensonges accourront; aimez, et la grappe d'aventures frissonnera d'amour. Il semble que tout n'attende qu'un signal intérieur, et si notre âme devient plus sage vers le soir, le malheur aposté par elle-même le matin devient plus sage aussi. » Pour terminer cet article, voici un extrait du fameux compte rendu de la Princesse Maleine par Octave Mirbeau (paru dans le Figaro le 24 août 1890) et qui rendit Maeterlinck célèbre du jour au lendemain :

« Je ne sais rien de M. Maurice Maeterlinck [...]. Je sais seulement qu’aucun homme n’est plus inconnu que lui et je sais aussi qu’il a fait un chef-d’œuvre [...]. M. Maeterlinck nous a donné l’œuvre la plus géniale de son temps, et la plus extraordinaire et la plus naïve aussi, comparable — et oserai-je le dire ?— supérieure en beauté à ce qu’il y a de plus beau dans Shakespeare. Il se trouve que les petites plaintes et les petits cris de ces petites âmes sont ce que je connais de plus terrible, de plus profond et de plus délicieux, au-delà de la vie et du rêve. C’est en cela que je crois La princesse Maleine est supérieure à n’importe lequel des ouvrages immortels de Shakespeare. Plus tragique que Macbeth, plus extraordinaire de pensée que Hamlet, elle est d’une simplicité, d’une familiarité, si je puis dire, par où Maeterlinck se montre un artiste consommé, sous l’admirable instinctif qu’il est ».